Quel sera l’héritage politique de Justin Trudeau ?

Le premier ministre a tout au plus deux ans pour concrétiser ce qui lui est absolument essentiel afin de laisser une trace de son passage en politique.  

Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

L’auteur est un ancien stratège conservateur, ayant conseillé l’ex-premier ministre Stephen Harper lors de trois élections générales. Il est vice-président de TACT, une agence de relations publiques.

En date d’aujourd’hui, Justin Trudeau occupe le 10e rang parmi les 23 premiers ministres de l’histoire du Canada pour la longévité à la plus haute fonction du pays. Mais il a peu de chances de gravir plusieurs autres échelons : des élections pourraient survenir d’ici 18 à 30 mois. Il doit ainsi dès maintenant se demander quel genre d’héritage politique il désire laisser — et se mettre à l’ouvrage rapidement. 

Parce que la question se pose déjà : est-ce que Justin Trudeau pourrait être réélu à la tête d’un gouvernement majoritaire — voire d’un gouvernement tout court — dans quelques années, traînant une usure du pouvoir encore plus sentie ? 

La situation minoritaire dans laquelle il se retrouve fait qu’il a tout au plus deux ans pour s’assurer de concrétiser toutes les mesures qui lui tiennent à cœur. S’il bénéficiait de plus de temps au bout du compte, ce serait de l’extra.

Mais à la vitesse à laquelle avance le gouvernement fédéral, deux ans, c’est un sprint. Justin Trudeau devra s’impliquer personnellement, tout en mettant les bonnes personnes aux bons endroits pour réaliser ce qui lui importe vraiment. 

Que veut-il que l’histoire retienne de sa gouverne, au-delà du fait qu’il a été le second d’une même famille à diriger le Canada et qu’il était en poste lors de la pandémie de COVID-19 ? 

Le mandat des résultats ?

Jusqu’ici, on peut dire que le premier mandat Trudeau s’est résumé à avoir un gouvernement surtout efficace sur le plan de l’image, et que le second fut incontestablement celui de la pandémie.  

Il se dégage quand même objectivement un constat : peu de résultats concrets permettraient aux Canadiens de dire dans quelques années que « ça, c’est grâce à Justin Trudeau ».

Quel est l’équivalent de la Charte des droits et libertés de Pierre Elliott Trudeau ou de l’Accord de libre-échange nord-américain de Brian Mulroney pour Justin Trudeau ?

Des amis libéraux m’ont dit que parmi les réalisations majeures, il y avait l’allocation canadienne pour enfants. Il s’agit en effet d’une mesure aussi populaire qu’efficace. Mais peut-on en donner le mérite à Justin Trudeau, alors que la version initiale était en réalité une politique mise en place par Stephen Harper, que son successeur a rendue plus généreuse et non imposable ? Lui en attribuer l’architecture complète serait un peu fort de café. 

La légalisation du cannabis ? Oui, ce sera inscrit dans notre mémoire collective comme un accomplissement du 23e premier ministre, mais ce n’est sûrement pas ce qu’il souhaite voir en tête de liste.

On pourrait dire qu’il a contribué sensiblement à accélérer la prise de conscience de la population canadienne quant à l’importance de lutter contre les changements climatiques. Cependant, les émissions de gaz à effet de serre annuelles continuent d’augmenter et n’atteignent pas encore les cibles que le Canada s’est fixées. Il a fait de même avec la cause des premiers peuples. C’est nécessaire d’en parler, mais les progrès réels restent à être démontrés.

La mise sur pied d’un système de garderies à l’échelle du pays a le potentiel de faire partie de l’héritage Trudeau, mais le premier ministre doit s’assurer que ce sera bien lancé et irréversible avant son départ de la vie politique.

Cinq conseils pour y arriver

Le gouvernement fédéral est un gigantesque labyrinthe administratif. Il est compétent, mais il est également lourd, lent et inefficace.  

Alors voici cinq recommandations au premier ministre pour que son troisième mandat soit celui des résultats.

  1. Dresser une courte liste de priorités absolues pour lui, qui doivent être réglées avant son départ, et être intransigeant sur leur réalisation.   
  2. Lors de la formation de son prochain Cabinet, en plus de toutes les considérations habituelles, s’assurer de nommer ses meilleurs ministres à la tête des ministères stratégiques, pour y faire atterrir les priorités. Faire de même avec les sous-ministres et le personnel politique.
  3. Mettre l’accent sur ces priorités dans le discours du Trône. Même si l’exercice peut sembler futile, il est fondamental dans l’administration gouvernementale parce qu’il donne les lignes directrices à tout l’appareil.
  4. S’assurer que les lettres de mandat destinées aux ministres sont également très claires sur ces priorités. Le premier ministre devrait imposer des dates limites de mise en œuvre pour ce qui fera ultimement partie de son héritage politique. Il devrait aussi organiser des réunions régulières avec les ministres pour les garder responsables du progrès des travaux.
  5. Finalement, faire en sorte que le comité du Cabinet qui s’occupe de l’avancement du programme gouvernemental, comité dirigé par le premier ministre, soit composé des meilleurs gestionnaires parmi les ministres. Il s’agit de l’entité la plus puissante du gouvernement du Canada. Le premier ministre a besoin d’avoir à cette table celles et ceux qui sauront faire aboutir les chantiers. Tant mieux si ces personnes communiquent bien avec le public, mais ce n’est pas le plus important. Le temps est venu de tenir ses promesses.     

Un exploit vieux de 113 ans

Il faut remonter à Wilfrid Laurier, en 1908, pour voir un chef de parti canadien remporter quatre élections consécutives. Les temps ont changé et les élections sont plus difficiles à gagner aujourd’hui.

Justin Trudeau pourrait défier les probabilités et choisir de tenter sa chance d’obtenir ce quatrième mandat, mais j’en doute. Un scénario — le plus plausible — serait qu’il gouverne encore pendant une période de 18 à 24 mois puis qu’il quitte la vie politique.  

Si tel est le cas, il devrait demander au Parti libéral de déclencher une course à la chefferie vers la fin de l’année 2022 ou au début de l’année 2023. Cela permettrait aux libéraux d’avoir une nouvelle personne aux commandes en 2023, alors que les élections seront imminentes. D’ici là, son héritage est à bâtir et à consolider.

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Pourquoi devrait-il quitter car il est jeune et la retraite serait une erreur je crois qu’avec l’aide du NPD les élections que vous semble être pour dans 24 mois pourrait durer le temps d’un mandat de 4 ans qui lui donnerait tout le temps pour réaliser ses projets. Personne ne veut retourné en élection générale et les canadiens seraient compréhensibles pour laisser gouverner cette période car la pandémie sera présente encore pour au moins 2 ans.

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Je ne suis pas d’accord avec vous pour que M.Trudeau quitte dans 2 ans je crois que il peut surprendre les électeurs avec l’appui des partis de l’opposition et faire un mandat de 4 ans. Rien ne l’oblige à quitter et déjà le chef du PC devra quitter son poste pour être remplacé et le chef du NPD ne veut pas de nouvelles élections $$$. Trudeau a les mains libres pour faire des réalisations et surtout la pandémie va lui demander beaucoup de travail pour que la population puisse être satisfaite de ses programmes avec une équipe ministérielle qui lui permettra de réaliser des projets pour les personnes âgées et les garderies. Votre texte est tout simplement regrettable car vous avez été fait pour le départ de ce premier ministre qui a réussi quand même à être réélu 160 sièges à peine 10 sièges d’une majorité.

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Nul besoin de chercher ce qui ferait que Trudeau passe à l’histoire, c’est déjà fait depuis un an. La dette du Canada a bondi de plus de 300 milliards depuis la pandémie et ses cadeaux de PCU qui encouragent les bénéficiaires à rester assis sur leur steak parce que c’est plus payant que d’aller travailler. Et on veut nous faire croire à une pénurie de main-d’œuvre en forçant une plus grande immigration pour combler les postes vacants.
Non seulement nous, mais nos enfants, petits enfants et arrière petits-enfants devront porter ce fardeau toute leur vie. Alors, comme héritage, la cour est pleine.
Quant à votre phrase : ¨ Le gouvernement fédéral est un gigantesque labyrinthe administratif. Il est compétent, mais il est également lourd, lent et inefficace. ¨ elle me semble contradictoire. On dit de quelqu’un qu’il est ¨compétent¨ justement parce qu’il est ¨efficace¨.

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« La légalisation du cannabis ? Oui, ce sera inscrit dans notre mémoire collective comme un accomplissement du 23e premier ministre, mais ce n’est sûrement pas ce qu’il souhaite voir en tête de liste » (sic).

Qu’en savez-vous au juste? En avez-vous parlé au premier ministre? D’après moi, cette phrase est davantage révélatrice de votre propre état d’esprit envers le cannabis que du fond de la pensée du premier ministre à cet égard.

Pour ma part, j’estime que la légalisation du cannabis n’a rien de honteux ni de déshonorant. C’est peut-être même le point fondamental qu’on retiendra du règne de Justin Trudeau : remplacer la répression policière anti-cannabis coûteuse et inefficace par une légalisation audacieuse que beaucoup redoutaient au départ mais qui s’est révélée globalement pertinente.

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