Quelles positions environnementales extrêmes ?

Avec l’annonce libérale sur les émissions de GES de l’industrie pétrolière, le climat devient plus favorable au débat sur l’environnement dans cette campagne. 

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Les extrêmes d’hier deviennent parfois la norme d’aujourd’hui. Ainsi en va-t-il de l’exploitation pétrolière et gazière au Canada. Lors de l’élection de 2015, une candidate-vedette du NPD à Toronto, Linda McQuaig, avait candidement lancé que, si le Canada voulait respecter ses cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES), il lui faudrait probablement laisser dans le sol, inexploités, les sables bitumineux. Un certain Justin Trudeau, alors chef du troisième parti en importance, avait dit que cela démontrait que le NPD et le Parti conservateur avaient des « positions extrêmes » en matière d’environnement. Six ans plus tard, M. Trudeau le premier ministre fait sienne cette « position extrême ».

Le Parti libéral a en effet annoncé dimanche que, s’il est réélu, il plafonnera à leur niveau actuel les émissions de GES produites par le secteur pétrolier et gazier. Par la suite, le niveau de ce plafond sera abaissé tous les cinq ans. Greenpeace, notamment, salue ce geste. « Personne n’était allé aussi loin jusqu’à présent », note son porte-parole Patrick Bonin.

L’exploitation pétrolière et gazière est responsable du quart de toutes les émissions de GES au Canada (26 % selon l’inventaire le plus récent, qui date de 2019). C’est le secteur émettant le plus de GES au pays, tout juste devant celui des transports. Il faut dire toutefois que ces émissions stagnent depuis quelques années. Elles avaient bondi de 20 % de 2004 à 2014, mais sont demeurées à peu près stables depuis, si on fait abstraction d’un fléchissement en 2016 qui a depuis été gommé. L’annonce n’en est pas moins importante, car elle sous-entend que le secteur ne pourra plus prendre de l’expansion ou alors que tout accroissement de la production devra s’accompagner d’importants gains d’efficacité ou de l’achat de crédits pour polluer.

Les libéraux s’engagent aussi à exiger que 50 % de tous les véhicules neufs vendus au Canada en 2030 soient électriques et que la proportion atteigne 100 % cinq ans plus tard. 

Avec cette annonce, les libéraux donnent véritablement le coup d’envoi à un débat sur les changements climatiques dans cette campagne. Et Erin O’Toole pourrait trouver le temps long. 

Lundi, l’ancien écologiste devenu ministre du Patrimoine canadien Steven Guilbeault s’est amusé à dénoncer sur Twitter, dans une série de 15 gazouillis, autant de députés ou candidats conservateurs ayant exprimé des doutes à propos des changements climatiques. Cela va de la citation prise légèrement hors contexte (comme celle de Leslyn Lewis, ex-aspirante chef et détentrice d’un doctorat sur les énergies vertes, qui a dit qu’à certains égards, la crise climatique est exagérée) à la déclaration-choc (comme celle de Céline Lalancette, candidate dans Shefford : « L’humain n’est pas responsable des changements climatiques »), en passant par des phrases pour le moins étonnantes (comme celle de Sabrina Zuniga, selon qui les déversements pétroliers seront tout simplement absorbés par la terre).

Le chef conservateur a répliqué à ces attaques en assurant que tous ses députés adhèrent à son plan de lutte aux changements climatiques et devront continuer à y adhérer pour demeurer au sein du caucus. Mais ce plan, justement, est considéré comme le moins ambitieux de tous ceux présentés lors de cette campagne électorale. Vous ne l’entendrez jamais utiliser ce chiffre, mais Erin O’Toole promet une diminution de 30 % des GES du Canada d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 2005. C’était la cible du Canada jusqu’en avril dernier, quand le gouvernement libéral a annoncé qu’il la revoyait à la hausse, à 40-45 %. Le chef conservateur refuse d’admettre que son plan constituerait un retour en arrière. Le NPD promet de réduire les émissions de 50 % par rapport à leur niveau de 2005, et le Parti vert, de 60 %.

Erin O’Toole pourrait aussi devoir expliquer pourquoi il serait prêt à imposer un pipeline dans l’ouest du pays alors qu’il s’est engagé à ne pas en faire autant au Québec. En entrevue à Radio-Canada dimanche soir, il a dit qu’il croyait que seulement deux autres pipelines étaient nécessaires, soit le Trans Mountain acheté par Ottawa et le Northern Gateway, que Justin Trudeau a bloqué en arrivant au pouvoir. Le Northern Gateway était vivement contesté en Colombie-Britannique.

Cet enjeu offre aux libéraux le double avantage de mettre sur la sellette non seulement Erin O’Toole, mais aussi Yves-François Blanchet. Steven Guilbeault s’est fait un malin plaisir à rappeler que le chef bloquiste avait appuyé l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti lorsqu’il était ministre de l’Environnement dans le bref gouvernement de Pauline Marois. Et c’est sans compter son appui au projet de troisième lien à Québec qui fait des mécontents même dans les rangs péquistes.

Les libéraux ne sont pas sans contradictions non plus : le gouvernement Trudeau a tout de même acheté le pipeline Trans Mountain. Toutefois, le chef libéral estime que les électeurs ont déjà eu l’occasion en 2019 de le juger à ce sujet.

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M. Trudeau avait également promis une réforme électorale, de l’eau potable pour toutes les reserves autochtones avant la fin de son premier mandat, de planter 2 milliards d’arbres en 5 ans, il est rendu à 800k en 2 ans. Il avait aussi promis de respecter l’entente de Paris concernant le gaz à effet de serre. Depuis qu’il est premier ministre la production de GES a augmenté à chaque année. Depuis deux semaines il promet des milliards à tous les sujets qui font la une des journaux. Bref, vous croyez sincèrement qu’il va respecter ces promesses ambitieuses concernant l’environnement? Permettez-moi d’en douter.

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Les libéraux de M. Trudeau sont au pouvoir depuis 6 ans et auraient pu mettre en œuvre ces politiques mais ils ne l’ont pas fait, choisissant plutôt de renier des promesses qu’ils avaient faites en 2015 dans le cadre des «sunny ways». Ils ont fait le contraire avec l’achat du pipeline TMX et en augmentant les subventions aux industries fossiles. Il faudrait être vraiment naïf pour croire à ces promesses d’élection et si les émissions de GES stagnent ces dernières années c’est justement grâce aux Autochtones et aux écologistes qui ont bloqué ou retardé la construction de plus de pipelines – sans eux on ne peut augmenter l’exploitation des sables bitumineux car c’est le marché international qu’on vise et la capacité de transporter le pétrole aux frontières est limitée sans ces oléoducs.

Vous en connaissez certainement d’autres promesses brisées, comme le vote proportionnel, ou encore la réconciliation avec les nations autochtones alors que cela ne reste que des belles paroles mais les bottines n’ont pas suivi les babines. On fait des lois qu’on n’applique même pas comme la loi sur la protection des langues autochtones qui ne veut strictement rien dire dans le concret non plus que la loi intégrant la Déclaration des NU sur les droits des peuples autochtones qui est restée une coquille vide sur papier. Pendant ce temps, le fédéral continue à mettre des bâtons dans les roues aux aspirations légitimes des peuples autochtones en les bloquant devant les tribunaux pendant des années voire des décennies.

Les promesses de Trudeau et des libéraux? Bof…

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