Qui a encore peur de Maxime Bernier ?

Si la tendance se maintient, la fragmentation de l’électorat à gauche des conservateurs aura davantage d’effet sur la composition du prochain Parlement que le chant des sirènes libertariennes du parti de Maxime Bernier.

Photo : Daphné Caron

Si l’Institut Fraser, à l’époque de la succession de Stephen Harper, avait dressé le portrait-robot d’un chef conservateur fédéral idéal, celui-ci aurait correspondu au profil de Maxime Bernier.

L’organisme, qui se spécialise depuis 1974 dans les recherches en matière d’économie et d’éducation, se targue d’être le groupe d’experts le plus influent au Canada et, du moins pour ce qui est du mouvement conservateur, ses prétentions sont fondées.

Les membres de l’Institut sont d’irréductibles conservateurs, avec un net penchant libertarien. Au sein de la droite canadienne, les recherches de l’organisme sont souvent des ouvrages de référence.

Parmi les 13 candidats sur les rangs, le député de Beauce était celui dont la vision économique collait le plus à la philosophie du groupe de spécialistes. Mais depuis que Maxime Bernier a quitté les rangs du Parti conservateur pour aller fonder son propre parti, l’Institut l’a progressivement perdu de vue.

On aimait bien et on aime encore le discours économique qui était au cœur de sa campagne au leadership. On aime moins les créneaux plus identitaires qu’il a ciblés depuis qu’il a quitté le caucus d’Andrew Scheer ou encore le peu de nuances qu’il met parfois à défendre ses politiques.

De façon générale, les ténors de la droite canadienne n’ont guère manifesté d’appétit pour les élucubrations de Maxime Bernier sur un éventuel plan de Justin Trudeau pour assujettir le Canada à un gouvernement mondial.

Pas question pour eux de faire leur la croisade récente du chef du Parti populaire contre la suggestion fédérale de fournir gratuitement des produits menstruels sur les lieux de travail.

Pas question non plus de sacrifier une once d’influence auprès d’un possible gouvernement conservateur fédéral à la balade en solitaire du député de Beauce.

Au cours d’une grand-messe préélectorale organisée par l’Institut Fraser à Vancouver le mois dernier pour discuter avec un trio de journalistes des éléments à surveiller en vue de la campagne fédérale, le Parti populaire a à peine été évoqué.

Dans les cercles conservateurs, l’idée que Maxime Bernier ne sera pas un facteur incontournable dans l’équation de la prochaine élection fait de plus en plus consensus. À moins de six mois des élections, les résultats anémiques du Parti populaire dans les sondages témoignent de sa marginalité.

Selon l’analyste Philippe J. Fournier, qui fait la moyenne des sondages sur les intentions de vote, notamment pour L’actualité, le Parti populaire vivotait sous la barre des 3 % à l’échelle pancanadienne le mois dernier. Au cours de la même période, la société Nanos rapportait qu’à peine un Canadien sur six estimait que Maxime Bernier avait les qualités d’un chef.

Ceci expliquant cela, le chef du Parti populaire n’a pas ses entrées dans les nouveaux lieux de pouvoir conservateurs en Ontario ou en Alberta, ou encore dans les rangs caquistes au Québec. Au sein de l’establishment conservateur au sens large, il est persona non grata.

Avant d’être coiffé au fil d’arrivée par Andrew Scheer au moment de la course à la succession de Stephen Harper, Maxime Bernier avait remporté 12 tours de scrutin. Un membre conservateur sur deux (49 %) avait rallié le camp du député de Beauce.

Pour autant, son départ n’a pas eu l’effet d’entraînement appréhendé par son ancien parti. Au cours des huit mois qui se sont écoulés depuis que Maxime Bernier a commencé à tirer à boulets rouges sur son ancien rival au leadership, les conservateurs se sont installés en tête du peloton fédéral dans les intentions de vote.

Au premier trimestre de l’année, le parti d’Andrew Scheer a recueilli davantage d’argent que les libéraux.

Depuis qu’ils ont pris les devants dans les sondages, les conservateurs s’inquiètent moins de la présence sur l’échiquier électoral du nouveau parti de leur ex-collègue député. Dans bien des cas, le regret de le voir claquer la porte a cédé la place au soulagement de ne pas l’avoir comme chef.

Pour la vaste majorité des sympathisants conservateurs, la priorité absolue d’ici octobre consiste à déloger Justin Trudeau du pouvoir. Jusqu’à présent, Maxime Bernier n’a pas réussi à les convaincre que, ce faisant, ils se préparaient à changer quatre trente sous pour une piastre.

Si la tendance se maintient, la fragmentation de l’électorat qui se situe à gauche des conservateurs aura davantage d’effet sur la composition du prochain Parlement que le chant des sirènes libertariennes du parti de Maxime Bernier.

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