Qui a intérêt à alimenter la guerre contre Noël ?

Certains profitent des appels à la privatisation de Noël pour agiter l’épouvantail du multiculturalisme. L’ennui, c’est qu’on a du mal à trouver des Québécois issus de l’immigration qui se formalisent des démonstrations publiques de cette tradition chrétienne.

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Photo : Getty Images

Depuis plusieurs années, des nationalistes conservateurs tentent d’instaurer une nouvelle tradition du temps des Fêtes : la dénonciation de la «guerre contre Noël».
Politique

Ces nationalistes lisent avidement les entrefilets des journaux, dans l’espoir qu’un politicien qui a peur de son ombre décide de ne plus souhaiter «joyeux Noël» à la population, ou alors qu’un gestionnaire zélé choisisse de remiser un symbole de Noël.

Ils étaient comblés en apprenant que l’hôpital d’Ottawa a décidé de ne pas mettre une crèche en dessous du sapin de Noël dans l’entrée principale. Ils auraient évidemment préféré qu’un nouvel épisode de la guerre contre Noël ait lieu au Québec — question de montrer comment le «multiculturalisme» détruit en douce la culture québécoise —, mais il ne faut pas faire la fine bouche : l’important est qu’il y ait une controverse.

Les guerres contre Noël sont déclenchées lorsque des personnes se plaignent de la présence de références à Noël dans l’espace public. Les détenteurs de charges publiques devraient, par exemple, souhaiter «bon solstice d’hiver» ou «joyeux décembre» à la population, et l’iconographie religieuse devrait être absente des décorations du temps des Fêtes dans les organismes publics.

Ces demandes peuvent venir, en théorie, tant des défenseurs d’une laïcité qui ne veut voir aucun signe religieux dans les institutions publiques que de personnes s’identifiant à des religions non chrétiennes.

L’ennui pour ceux qui veulent se servir des appels à la privatisation de Noël pour agiter encore une fois l’épouvantail du multiculturalisme, c’est qu’on a beaucoup de peine à trouver des Québécois issus de l’immigration qui se formalisent des rappels publics de cette tradition chrétienne.

En effet, ce sont souvent les militants athées et les tenants d’une laïcité républicaine qui désirent que les symboles et rituels chrétiens disparaissent des institutions publiques.

Ils n’ont pas toujours tort — pensons, par exemple, à la prière à l’hôtel de ville de Saguenay —, mais les citoyens issus de l’immigration ou le modèle interculturel québécois n’y sont pas pour grand-chose.

En France, c’est la Fédération de la Libre pensée qui revendique le retrait de la crèche à l’hôtel de ville de Vendée et qui a saisi le Tribunal administratif de Nantes au nom de la loi sur la séparation entre l’Église et l’État de 1905. Le tribunal lui a donné raison.

Bien entendu, il peut y avoir des exceptions, mais les Québécois issus de l’immigration avec lesquels j’ai discuté — entre autres pendant les audiences de la Commission Bouchard-Taylor, en 2007 — n’ont rien contre le statut particulier dont jouit la fête de Noël dans notre vie publique. L’attitude de la psychoéducatrice Elsy Fneiche, une Québécoise de confession musulmane, me semble assez représentative :

Tout comme le Nouvel An et d’autres fêtes chrétiennes, nous avons fini par faire une place à cette pratique culturelle dans nos vies… De nombreuses familles musulmanes résidant au Québec réalisent qu’outre le Noël religieux, il existe aussi un Noël culturel porteur de valeurs d’harmonie et de rassemblement. Ainsi, malgré les différences religieuses, certains musulmans ont pris coutume de souligner cet évènement. Que ce soit aux fêtes de bureau ou de façon plus familiale, ceux-ci ont trouvé leur façon d’échanger des traditions du pays d’accueil. De la même façon que bon nombre d’amis non musulmans viendront partager avec nos familles des soupers du mois de Ramadan, mois de la générosité.

Cette attitude admirable est sans aucun doute plus répandue, comme le souligne aussi Lise Ravary, que les demandes de privatisation des symboles de Noël. C’est dans ce genre de comportements que l’idéal interculturel québécois prend vie.

Pourquoi ne pas en parler davantage ? Serait-ce parce que les exemples de partage des références culturelles et de respect des rituels qui comptent pour certains de nos concitoyens sont des faits fâcheux pour ceux qui aiment souffler sur les braises de l’inquiétude identitaire ressentie par certains Québécois ?

Personnellement, je ne crois pas que les élus, dans une société comme le Québec, devraient s’abstenir d’offrir leurs vœux de Noël, et il faut être bien susceptible pour penser qu’une crèche en dessous d’un sapin dans un hôpital contrevient à la laïcité de l’État. En contrepartie, je m’attends à ce que les élus offrent leurs meilleurs vœux aux citoyens de confessions juive et musulmane à Hanoucca et au début de Ramadan.

Rappelons qu’un critère utile pour évaluer si la présence d’un signe religieux dans l’espace public est compatible avec la neutralité religieuse de l’État est de distinguer ce qui appartient au patrimoine historique du parti pris de l’État en faveur d’une religion. La croix sur le Mont-Royal se range dans la première catégorie, alors que le crucifix à l’Assemblée nationale va dans la seconde.

Ceux qui arguent que l’héritage chrétien du Québec aurait été liquidé dans la foulée du processus de sécularisation et d’ouverture à la diversité pourraient nous dire comment ils interprètent le fait que les fêtes chrétiennes de Noël, du jour de l’An, de Pâques et de l’Action de grâce soient des jours fériés, et que notre architecture et toponymie témoignent abondamment de notre passé religieux.

Il est tout à fait correct qu’il en soit ainsi, mais cela nous incite à prendre les discours sur la «déchristianisation» avec un grain de sel. C’est pour cette raison, également, que les accommodements raisonnables sont parfois nécessaires : l’équité exige que les membres de religions minoritaires puissent aussi chômer le jour de leur fête religieuse la plus importante.

Noël approche à grands pas. Ne laissons ni ceux qui ne peuvent souffrir la présence d’un symbole chrétien dans l’espace public ni ceux qui ont intérêt à entretenir les guerres de Noël ternir cette période de rapprochement, de partage et de recueillement.

* * *

À propos de Jocelyn Maclure

Jocelyn Maclure est professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval. Il a publié, avec Charles Taylor, Laïcité et liberté de conscience (Boréal), qui a été traduit en plusieurs langues.

 

 

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À l’automne 2002, à Toronto, des employés de la ville ont de leur propre gré décidés de nommer l’arbre de Noël traditionnel érigé devant l’hotel de ville, « a Holiday tree » (un arbre de fête) pour s’éloigner du nom traditionnel de « Christmas tree » (arbre de Noël), qui renvoie au Christ et, plus précisément, à sa naissance. C’est motivés par le sentiment de ne vouloir offenser personne dans cette ville des plus cosmopolites du monde, qu’ils ont agi de la sorte. Devant la vive réaction de protestation, le maire de l’époque, Mel Lastman, a vite corrigé la situation. Il conclut qu’il s’agissait d’un conformisme politique excessif (« political correctness gone too far »). Le conseil de ville a donc voté unanimement pour conserver le nom de « Christmas tree » (arbre de Noël).

Tout au long de leur primaire, mes fils ont été dans des classes multiethniques où la fête de Noël était célébrée sans problème. Décorations, chants, crèches et voeux, l’atmosphère y était. Les seuls élèves qui participaient peu ou pas étaient Témoins de Jéhovah et le choix de leurs parents était respecté à travers tout ça. C’est que ce n’était pas Noël mur à mur dans les classes mais bien en 1 ou 2 périodes choisies au cours des semaines précédant la Nativité et avec l’assentiment des parents concernés. Aucun parent n’a demandé à ce que l’esprit de Noël soit évacué des classes de leurs enfants sauf peut-être quelques pressions de parents militants dans un mouvement laïque. Les parents religieux autres que catholiques utilisent discrètement leur droit de retrait.

Voilà la réalité des classes de Montréal. Joie, Fraternité, mesure et discrétion au temps de Noël.

Bonjour Monsieur, j’aime bien votre texte, traité avec précision et nuances, je partage votre pensée.
Denis Demers

Enfin une réflexion intelligente et compatible avec tous les habitants de notre beau Québec!! Félicitations! Ce sont des hommes comme vous qu’on devrait voir et entendre sur la place publique. Pour créer l’harmonie entre nous tous..merci! Shalom! Feliz Navidad! Merry Cristmas!…et Joyeux Noel!!

Certains Québécois veulent fortement qu’on se souvienne de 1534, 1608, 1642 ,1760, 1763, 1776, 1791, 1837, 1840, 1867, 1917, 1940, 1982, 1995….
Mais, curieusement, se rappeler de notre passé religieux…. Silence radio! Pourquoi? Moi, j’ai été éduqué et instruit en 18 ans de scolarité et toujouirs on a fait appel à la mémoire pour m’inculquer diverses notions… Originant d’auteurs du passé. Le Christ et le Jésuis de la crèche en font partie!

M. Maclure
Ainsi, la crèche serait donc un objet du patrimoine historique québécois! Au même titre sans doute que l’est le Père Noël pour l’Amérique du Nord. Pour être logique avec vous-mêmes, vous devriez donc vous ranger derrière la motion gouvernementale qui a affirme la même chose à l’égard du crucifix de l’Assemblée nationale.
Que des immigrants croyants et pratiquants n’aient rien contre la présence de signes religieux confessionnels dans les établissements publics (municipaux ou gouvernementaux) n’a rien de bien surprenant et n’éclaire en rien le débat sur la laïcité de l’État.
Je vous souhaite un très joyeux Noël (une fête que je célébrerai [ainsi que le solstice] de façon tout à fait païenne comme la vaste majorité des Québécois).

Ma mère a toujours fait des crèches. Elle la faisait le 8 décembre et la remisait le 7 janvier
Le Père Noel venait chez nous à chaque année avec sa poche de cadeaux.
Oui, le père Noel et la crèche font partis de notre patrimoine québécois: nous sommes le produit de l’histoire nord-américaine et occidentale.
Par contre, les turbans, les voiles, les kippas et le ramadan ne font pas du tout partis de notre patrimoine québécois. Ils sont le produit du multiculturalisme canadian.

«Je vous souhaite un très joyeux Noël (une fête que je célébrerai [ainsi que le solstice] de façon tout à fait païenne.»

Tiens, anthropologue biologique ET néo-païen en même temps : voilà une configuration « en tenaille » des plus intéressantes.

Je suis d’accord avec une bonne partie de ce texte, il y a des athées qui se servent de la crise des musulmans/arables et des extrémistes pour menacer de poursuite les institutions et les représentants publics qui mettent des crèches, disent des Joyeux Noël et Bonne et Heureuse Année et/ou des prières avant des réunions, des congés associés à nos fêtes religieuses. Les politiciens et les juges tombent dans leur piège bien ficelés et ainsi on met tout sur le dos des immigrés qui sont venus changer nos modes de vie quand ce sont des non-croyants pour la plupart qui font se grabuge. Il est temps que le gouvernement mette ses culottes et fasse cesser ces enfantillages de gens non croyant et mal dans leur peau.

Ah, l’épouvantail des méchants athées! Pourquoi pas les Franc-maçons un coup parti?!?! Dans votre monde une théocratie serait probablement le meilleur choix de gouvernement et pourquoi pas l’Inquisition en extra!

Beau paradoxe. En français, contrairement à l’anglais ou l’espagnol, nous fêtons toujours en utilisant le mot Noel qui n’a rien de chrétien. c’est une fête celtique, héritée de nos lointains ancêtres gaulois d’une époque préchrétienne. C’est toujours la fête du solstice d’hiver, que l’église a récupérée, mais qui ne change rien au fait que l’hiver commence et qu’il faut bien se remonter le moral… D’ailleurs on fête le nouvel an pour des raisons finalement assez similaires..

c’est la même chose pour le sapin de Noel, qui utilise l’arbre qui reste vert qui se rappeler que l’été reviendra. cela n’a de sens que dans les pays nordiques (ou austraux) où les nuits deviennent longues et froides. Elles sont aussi longues et froides pour les musulmans et les bouddhistes que pour les chrétiens et les athées.

seule la crèche est très chrétienne, même si c’est une belle invention romantique qui a peu à voir avec la réalité d’il y a 2000 ans. On en voit d’ailleurs de moins en moins, contrairement aux sapins et au temps des fêtes. c’est conforme au fait que l’on délaisse la religion, mais heureusement pas les fêtes!

Parlant de pleutre, pas plus tard que l’année dernière Ferrandez du Plètô avait accroché des fanions sur la rue Mont-Royal souhaitant « Joyeux Décembre » à ses citoyens.

Dur à « topper » celle-là non?

Dire « Joyeux Décembre » est aussi plein de sens, et de cordialité que de dire à quelqu’un, » joyeuse tonte de pelouse » ou « joyeux ramassage de feuilles » ou encore « joyeux pelletage de neige », et nos politiciens possèdent si bien ce sens de l’insensé, ne croyez-vous pas ?

J’ignore dans quel esprit a été créé le « Joyeux décembre » mais cela n’a peut-être aucun lien avec les frileux de Noël. Possible que ce soit un mois ciblé pour une promotion des commerces du quartier et qu’on a allié Noël et décembre en un Joyeux décembre! Si c’est l’explication, il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

Je pense aux voeux de « Joyeuses Fêtes! » qui donnent l’urticaire à certains. Ils pensent, à tort, que c’est pour éviter de prononcer le mot Noël. Joyeuses Fêtes se dit depuis toujours. C’est une formule qui comprend toute l’époque des fêtes, de Noël à la fête des Rois le 6 janvier.

C’est fou au Québec l’importance que l’on attache a certains courants de pensé, souvent soutenu par quelques individus seulement. Ou est ce la peur de s’affirmer comme peuple? En décembre 2004, mon épouse et moi, étions en voyage au Bangladesh, pays ou la religion musulmane est religion d’état. Nous pouvons compter sur les doigts d’une main, le nombre d’occidentaux rencontrés après un mois a sillonner le pays. Pourtant, de nombreuses hôtels et d’endroits publiques arboraient leur décorations de Noel. Alors! ou est notre problème?

J’aurais aimé que monsieur Maclure nous dise à quel critère appartient la « crèche en dessous d’un sapin dans un hôpital » ? À celui « qui appartient au patrimoine historique » ou à celui « du parti pris de l’État en faveur d’une religion » ? J’aurais tendance à opter pour le deuxième critère.

Même, si au figuré le mot patrimoine peut signifier « ce qui est transmis à une personne, une collectivité, par les ancêtres, les générations précédentes, et qui est considéré comme un héritage commun » (CNRTL), il n’en demeure pas moins que les hôpitaux sont sortis du giron des institutions religieuses depuis un bon moment et une crèche dans un hôpital, n’a rien de particulier pour être considérée comme un héritage commun ou un patrimoine historique.

À tous ceux et celles que les religions dérangent et aux athées de tout poil, soyez logiques jusqu’au bout. Exigez alors que la datation à travers le monde soit changée car elle débute en l’an 0 soit l’année (supposée) de la naissance du Christ et que nous vivons à l’ère chrétienne. Bonne chance !

Cher monsieur Vachon,

Quoi que vous affirmiez pour des raisons stratégiques évidentes, laïcisme et athéisme sont tout à fait deux choses (et l’anticléricalisme en est encore une troisième).

Quelles que soient les contrefaçons mensongères de la laïcité que l’on trouve de part et d’autre – chez certains de ses partisans séparatistes comme chez certains de ses ennemis se réclamant de la prétendue « laïcité ouverte » – la laïcité concerne uniquement les rapports entre les cultes et l’État et son principe régulateur (formulé par Mazzini pendant le Risorgimento) est L’ÉGALITÉ DE TOUS LES CULTES.

C’est pour cela, et non pour les raisons comiques données par Jocelyn Maclure, que le crucifix situé dans l’enceinte même du Parlement à Québec a tout à voir là-dedans. C’est pour cela, et non pour les raisons risibles données par Jocelyn Maclure, que le crucifix du Mont-Royal n’a rien à voir là-dedans, comme tant d’autres crucifix visibles au Québec, ou comme, disons, une statue de Bouddha dans un parc ou une étoile de David sur un building. Comme tant d’autres expressions des cultes religieux – catholiques ou autres, peu importe – ces symboles ne se trouvent pas du tout dans cette sphère spécifique – et au demeurant fort restreinte – où l’État se trouve dans ses pompes et ses œuvres. Même chose avec le turban à porter ou nom sur un terrain de soccer: on ne se trouve pas du tout dans la sphère de l’État, ni dans la sphère privée, mais dans la vaste sphère de la vie sociale, « là où tout est désordre et vie » comme disait le comte Sforza, et donc il ne sert à rien d’invoquer la laïcité pour ce cas. Alors raison de plus pour le calendrier…

Monsieur Maclure, de toute évidence, a repris la division binaire profondément défectueuse « espace privé/espace public », conception prétotalitaire qui engouffre la société dans l’État – ou pour le dire autrement, qui étend la sphère de l’État jusqu’au seuil de ma maison. Alors qu’en fait, il est question de la sphère privée, de la sphère de l’État et entre les deux, de la sphère de la vie sociale, où je m’attrique comme je veux. Mais M. Maclure a intérêt, en tant que militant, à maintenir cette division profondément défectueuse: afin de faire passer quiconque réclame la laïcité pour quelqu’un voulant éliminer les symboles religieux en général, partout et en tout temps, alors qu’en réalité il s’agit seulement de concessions symboliques dans quelques lieux et moments au demeurant fort peu nombreux et tous situés dans la sphère restreinte de l’État.

Dans sa version de 1860 (droite historique, monarchie constitutionnelle) comme dans celle de 1905 (gauche radicale-socialiste, république) la laïcité concerne uniquement les rapports entre les cultes et l’État, et certes pas les rapports entre les cultes et la société en général.

Pour la même raison qu’il est malséant de déployer un drapeau « national » dans une église ou un temple, de même il est malséant de trouver un crucifix au mur du Parlement. Mais entre ces deux points – des lieux et moments au demeurant fort peu nombreux – les gens font comme bon leur semble.

Vous ne semblez pas comprendre que le principe laïque de base « Des Églises libres dans un État libre » (libera chiesa in libero stato) protège À LA FOIS les religions et l’État. Il protège les premières contre la politisation du religieux, qui dégrade la foi en militantisme identitaire; il protège l’État contre la spiritualisation du politique, qui l’exalte et l’exacerbe indûment.

«C’est pour cette raison, également, que les accommodements raisonnables sont parfois nécessaires : l’équité exige que les membres de religions minoritaires puissent aussi chômer le jour de leur fête religieuse la plus importante.»
Et pour être tout à fait équitable, puisque ces gens chôment et sont payés lors des congés religieux, est-ce la majorité sera aussi payée pour chômer lors de ces fêtes des religions minoritaires. On ajoute 5 ou 6 congés additionnels chômés et payés au calendrier?

Jocelyn Maclure: « …question de montrer comment le «multiculturalisme» détruit en douce la culture québécoise…»

Je constate avec plaisir que monsieur Maclure a fait des progrès : il met des guillemets au prétendu « multiculturalisme » !

L’idéologie multiculturaliste – doctrine identitaire d’État à ne surtout pas confondre avec la diversité culturelle elle-même, qui existait ici depuis belle lurette, bien avant que l’État fédéral n’entreprenne de classer les gens en piles bien nettes depuis les hauteurs de l’État – l’idéologie multiculturaliste, dis-je, ne détruit pas seulement la « culture québécoise » (que pour ma part j’ai tendance à appeler plutôt « culture canadienne-française » ou « culture francophone ») : en réalité, elle détruit toute culture, point, en lui substituant une théorie de l’hérédité collective, donc le délire de la race. Le prétendu « multiculturalisme » est la négation de la culture sous son apparente affirmation. Le prétendu « multiculturalisme » n’a de culturel que le nom. Le prétendu « multiculturalisme » identifie comme Italien quiconque a des ANCÊTRES italiens, peu importe qu’il soit de CULTURE italienne ou non. Or on peut avoir des tas d’ancêtres italiens et ne pas être italien du tout ; et vice-versa, on peut n’avoir pas le moindre ancêtre italien et être tout à fait italien (Tomas Milian, Catherine Spaak…). Malgré son appellation trompeuse, le prétendu « multlculturalisme » ne comprend pas du tout que la diversité humaine est bel et bien culturelle: il la tient au contraire pour naturelle-biologique et substitue l’hérédité à la culture. Si je lui enlève ses guillemets, cette chose est un multinaturalisme qui transforme les peuples en races.

Apprenons à repérer:

1) Les euphémismes de race: « descent », « ancestry », « bloodlines », « lineage », « ethnic stock », « ascendance » (ce dernier notamment dans le rapport Bouchard-Taylor).

2) Les notions défectueuses car oscillatoires (dont le sens oscille entre deux sens contraires, soit culture et nature). Les trois principales sont « heritage », « souche » et last but not least, bien sûr, « ethnie », une notion réactivée dans la seconde moitié du 19ème siècle par les pseudosciences anthropologiques`: polygénisme, raciologie etc.

3) Les oxymorons révélateurs (alliages de contraires): « cultural origin », « cultural ancestry »… sans parler d’une officine fédérale censément chargée de lutter contre le racisme et qui s’appelle Fondation des relations… raciales (race relations) !!

Bien sûr, il est plus difficile de combattre un polygénisme mixophile que le polygénisme « classique », qui était d’une mixophobie maladive. Et il évident que c’est parce que son polygénisme est mixophile que le gentil Canada confond cette contrefaçon avec un antiracisme. Mais il n’en reste pas moins que personne n’a jamais été de prétendu « mixed racial heritage » car il n’existe pas de « racial heritage » in the first place. Personne n’est déjà juif à la naissance, déjà arabe à la naissance, déjà juif-arabe à la naissance, déjà canadien-français à la naissance, déjà camerounais à la naissance, déjà africain, ou déjà slave, ou déjà latin, ou déjà asiatique à la naissance, et ainsi de suite pour tous les peuples de la Terre: un peuple, une nationalité, c’est toujours quelque chose que l’on DEVIENT, pas quelque chose qu’on est déjà à la naissance. Bref c’est culturel par opposition à naturel. Cela tient de ce que Hannah Arendt appelle si justement « la vie au sens non-biologique du terme ».

Le Canada anglophone a toujours pris le fait français pour un fait racial (« descent », « ancestry »et cette radicale négation des peuples est un carburant non négligeable du nationalisme québécois: c’est ce que signifie, selon moi, la sempiternelle exclamation: « Notre culture n’est par reconnue ». En fait, dans cette mentalité, ce sont les cultures en général qui ne sont pas reconnues en tant que telles, puisque prises pour des faits naturels-biologiques héréditaires (races) par nos soi-disant antiracistes en peau de lapin.

Maclure semble partir du principe que toute critique du prétendu « multicuralisme » est le fait du nationalisme (ou plus exactement du nationalisme adverse, c’est-à-dire québécois) : or je suis un antinationaliste patenté.

Au même titre, au même niveau que l’E.I. (l’État Islamique), ces fanatiques du politiquement laïc ne font aucune distinction entre le bon sens et le ridicule (qui ne tue pas assez pour moi). Je me considère depuis des décennies comme sincèrement athée, mais jamais je ne rejetterai les racines qui m’ont forgé et ces racines sont d’origines religieuses. Ce n’est pas parce que je ne crois plus en Dieu que les enseignements de charité du Christ n’ont plus de valeur. Et chaque religion a le droit de croire en ses valeurs, sans cependant avoir le droit de les imposer contre la volonté des autres. Je suis pour la laïcité dans les fonctions de l’État mais je n’ai rien contre les traditions qui ont fondé ces États. Alors, un très joyeux Noël, Hanoukka, Ramadan ou autre fête quelconque.

Ajoutez à la liste une éventuelle « Fête de Garibaldi » (qu’on pourrait astucieusement appeler le « Jour Arthur Buies Day » vu qu’Arthur Buies fut de l’Expédition des Mille, lesquels combattaient les Bourbons vermoulus, les Autrichiens patibulaires et, last but not least, les forces pontificales!) et je suis votre homme.

Cependant, vous confondez laïcité et athéisme. Le grand Manzoni était très croyant, mais ça ne l’a pas empêché de se traîner jusqu’au Sénat, très-vieux et très-malade, pour voter l’abrogation des maudits territoires pontificaux !

Je ne confond pas cher monsieur, en tant qu’athée, je ne veux pas m’imposer au même titre que je ne veux pas que les pratiquants de quelle qu’autre croyance m’imposent ou m’étalent leur convictions sous les yeux. C’est ça la laïcité, garder pour soi ses convictions et son dieu. Si quelqu’un veut savoir, alors là, j’expliquerai mais je ne chercherai pas à convaincre. A chacun de choisir pour soi.

@ Christian d’Anjou: «C’est ça la laïcité, garder pour soi ses convictions et son dieu.»

On vous aura mal renseigné. La laïcité, en version Cavour (Italie 1860) comme en version Jaurès (France 1905), concerne les rapports entre les cultes et l’État, et non entre les cultes et la société. Elle concerne la séparation des Églises et de l’État, selon le principe du Risorgimento « Des Églises libres dans un État libre », et non la séparation des Églises et de la société. Dans la vie privée comme dans la vie sociale, je m’attrique comme je veux et j’afficherai bien ce qui me passe par la tête (ainsi mon T-Shirt reproduisant l’affiche de la comédie ‘Tutti a casa » peut être vu comme de la propagande antifasciste). C’est uniquement, c’est seulement quand j’arrive dans la sphère spécifique de l’État, là où l’État est dans ses pompes et ses œuvres, que la question se pose.

Je soupçonne que comme M. Maclure, vous carburez à la notion défectueuse d’ « espace public », qui confond dans un seul pain la société et l’État, qui engouffre la société dans l’État. S’il fallait vous suivre quand vous dites non seulement « m’imposent (leurs convictions) », ce qui est bien le moins dans un contexte laïque, mais encore « m’étalent leurs convictions sous les yeux », alors ce serait une censure mur-à-mur qu’il faudrait imposer, un véritable nettoyage par le vide pour éliminer tout ce qui dépasse de « l’espace privé ». J’ai peine à croire que c’est vraiment ce que vous voulez.

La neutralité laïque dans la sphère restreinte de l’État sert justement à assurer la concorde entre les différentes formes que prend la vie spirituelle des citoyens non seulement dans le fameux « espace privé », mais encore au sein de la vaste sphère de la vie sociale, « là où tout est désordre et vie » (comte Sforza).

Le 10 décembre, l’IHEU qui représente mondialement les humanistes séculiers, c’est à dire athées ou agnostiques, a publié une brique de plus de 500 pages sur les discriminations, voir persécutions, subies par les non-croyants dans le monde. Oui, il y a un chapitre sur le Canada. Or on constate que la question des crèches de Noël dans des institutions publiques n’est même pas un sujet de discussion. Au Québec même, l’Association humaniste du Québec n’a reçu aucune demande ou plainte de ses membres à ce sujet. Quand bien même une telle demande nous parviendrait, nous ne pourrions guère y donner suite, puisqu’il n’y a pas de laïcité officielle ni au Québec ni au Canada. Nous vivons dans un état théiste qui a des velléités occasionnelles de neutralité religieuse, mais sans plus. Alors chers amis chrétiens, dormez en paix, vos crèches sont encore là pour longtemps. Et Joyeux Noël de la part d’un athée convaincu mais qui vous aime pareil.

est loin

Ma fille va dans une des écoles les plus multiethnique de Montréal…Et il ne faudrait surtout pas penser à bannir la fête de Noël, ni même à la renommer! Les enfants de toutes confessions attendent avec impatience ce dernier jour d’école, ou en pyjamas, le Père Noël viendra dans la grande salle, proche du sapin, distribuer des cannes en bonbon! De plus, tous les enfants, sans exceptions, vont écouter à chaque année les Petits Chanteurs du Mont-Royal, dans un concert de Noël, juste pour eux, ou chants avec des anges et étoiles du bergers sont légions! Bien sur, ma fille me dit qu’il y a toujours quelques enfants qui se bouchent les oreilles ou qui disent, comme cette année, en sentant l’odeur de l’encens omniprésente dès qu’on entre dans la basilique de l’Oratoire : « C’est quoi cette odeur étrange? Peut-être que c’est un gaz poison contre les Musulmans? » Mais mis à part ces idées étranges que peuvent se faire parfois les enfants avec trop d’imagination, le tout se déroule dans la joie et l’harmonie! Et cela va ainsi depuis des années!

«L’ennui, c’est qu’on a du mal à trouver des Québécois issus de l’immigration qui se formalisent des démonstrations publiques de cette tradition chrétienne.»

Bien sûr, qui dit le contraire?

Les loufoques âneries comme de remplacer Noël par la « fête du solstice » et autres délires qui présupposent une oppression et s’imaginent du racisme là où il n’y en a pas, ou l’idée jadis lancée en Ontario de concéder la Charia à la « communauté » (sic) musulmane, ne proviennent pas, la plupart du temps, de citoyens ayant un pied (ou les deux) dans une ou plusieurs cultures minoritaires. Ces appels à la censure proviennent presque toujours de lologues universitaires – militants d’autant plus zélés qu’ils prennent leur idéologie pour une science (*) – généralement issus de l’imprégnation politically correct, laquelle a commencé sa reptation sur les campus nord-américains au début des années quatre-vingt-dix.

(*) Les guillemets aux prétendues « sciences » humaines et autres « sciences » sociales me viennent, au choix et en ordre chronologique, de Benedetto Croce, Gaetano Salvemini, Hannah Arendt ou Leonardo Sciascia.

«Ces nationalistes lisent avidement les entrefilets des journaux… »

Serait-il vraiment trop demander à Jocelyn Maclure de préciser « Ces nationalistes québécois » ? Car le nationalisme québécois n’est que la moitié du problème nationaliste que nous avons ici.

Et… refrain ! Ça doit faire dix fois que je plogue ce diagnostic sur le forum de L’Actualité, et je suis prêt à le re-ploguer une autre centaine de fois si nécessaire. Antifasciste libéral de la première heure, Carlo Sforza, alors ex et futur ministre des Affaires étrangères d’Italie, posait fin 1944 (dans un livre paru ici, à Montréal, aux éditions de L’Arbre) le diagnostic qui s’imposait:

«La guerre de 1939 aura montré même aux plus aveugles que rien n’est plus insensé et dangereux que de substituer exclusivement l’idée abstraite de Nation à la réalité de la vie sociale.»

Substituer l’idée abstraite de Nation à la réalité de la vie sociale, voilà le problème. Que ce soit à l’échelle du Canada ou à l’échelle du Québec, je ne vois pas ce que ça change à l’affaire. Canadiens ou québécois, il s’agit toujours de mes ennemis nationalistes et du débagoulage patriotard qui leur tient lieu de pensée. Le malaise de nombreux Québécois francophones vis-à-vis de l’État fédéral et pas national, le malaise de nombreux Québécois anglophones vis-à-vis de l’État provincial et pas national, ont au moins une source fondamentale en commun: l’étreinte unanimiste, sociopathique de Nation.

À une échelle comme à l’autre, c’est la volonté de faire correspondre la citoyenneté (du Canada, du Québec) à une identité « nationale », alors qu’ici, les frontières culturelles (identité) et les frontières politiques (citoyenneté) ne se correspondent pas.

En aval, c’est le monsieur qui s’exclame : « Je ne suis pas canadien-français car je suis québécois! », alors qu’il est LES DEUX ; c’est la dame qui s’exclame (à l’époque de Meech): « I am not an anglophone, I am a Canadian ! » alors qu’elle est LES DEUX. Et en amont, c’est John A. MacDonald transposant au Canada en 1867 la gaffe historique commise par Massimo D’Azeglio au Parlement italien en 1861, phrase célèbre qui venait de faire le tour du monde.

D’Azeglio en 1861 « Nous avons fait l’Italie, il nous reste maintenant à faire les Italiens ! »

MacDonald en 1867: « Nous avons fait le Canada, nous devons maintenant faire les Canadiens ! »

Un autre et essentiel aspect du problème est rhétorique. Rien n’est plus absurde que d’entendre des nationalistes québécois dénoncer l’idéologie canadienne de la One Nation et du Nation Building . Pourquoi absurde ? Mais parce qu’ils sont eux-mêmes des adeptes du nationalisme, pardi !

Et vice-versa : rien n’est plus absurde, rien ne me fait rire davantage que de lire toutes ces dénonciations du nationalisme québécois par des ahuris qui eux-mêmes croient dur comme fer à la One Nation et au Nation-Building alors que nous sommes dans une fédération. Pourquoi absurde ? Mais parce qu’ils sont eux-mêmes nationalistes, pardi !

Ça me rappelle un vers de Victor Hugo dans ‘Les châtiments’:

«La morphine indignée dénonçant l’arsenic.»

Et chouette, c’est un vers réversible:

«L’arsenic indigné dénonçant la morphine.»

Par contre, moi qui suis antinationaliste, je ne souffre pas ce handicap pour m’attaquer simultanément aux Deux Turpitudes.

Sforza à nouveau: « Le nationalisme n’est pas seulement la caricature et la contrefaçon du patriotisme, mais à proprement parler, son antithèse même. »

Merci, comte Sforza ! Le nationalisme est l’antithèse du patriotisme, voilà une idée qui manquait à mon arsenal. Je vous présente donc le patriotisme antinationaliste, une position puisée à la meilleure source de l’antifascisme historique, et qui permet de penser soit l’unité de notre fédération (et pas « nation », comme on dit souvent par erreur), soit l’indépendance de notre patrie (et pas « nation », comme on dit souvent par erreur), tout en combattant sans merci le nationalisme aux deux échelles.

Faire l’Italie, faire le Canada, faire le Québec : voilà le patriotisme. Faire les Italiens, faire les Canadiens, faire les Québécois : voilà le nationalisme. La citoyenneté n’est pas identitaire ; l’identité est culturelle, et dire qu’elle est culturelle, cela signifie 1) qu’elle n’est pas naturelle (voilà pour le racisme) et 2) qu’elle n’est pas nationale (voilà pour le nationalisme) Et comme dit Benedetto Croce: « Toujours la culture ou civilisation est supérieure à l’État. » C’est pourquoi je m’oppose à toutes ces politiques identitaires qui cherchent à définir, voire à façonner les gens depuis les hauteurs de l’État : multiculturalisme, interculturalisme, « culture publique commune », still MinCulPop to me.

Ce que Jocelyn Maclure appelle « le nationalisme » est en réalité le nationalisme adverse. Une tromperie d’autant plus efficace qu’elle est, de toute évidence, involontaire : car au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

(1)

Comme si le blogueur tentait pas d’instrumentaliser a son tour l’evenement pour s’en prendre aux militant athee et ceux en faveur d’une laicite des institutions.

ou tient les naitonalistes …

(2)

Je suis toujours fasciner par les contradictions … surtout d’un philosophe .. disons qu’on est loin de critique de la raison pure ou de Popper ….

Le blogueur dit :

« n’ont rien contre le statut particulier dont jouit la fête de Noël dans notre vie publique »

Mais ensuite …. le blogueur dit :

« l’équité exige que les membres de religions minoritaires puissent aussi chômer le jour de leur fête religieuse la plus importante. »

puis rajoute :

« En contrepartie, je m’attends à ce que les élus offrent leurs meilleurs vœux aux citoyens de confessions juive et musulmane à Hanoucca et au début de Ramadan. »

Je comprends pas trop l’argument on reconnait e statut particulier mais en meme temps on demande de donner le meme statut a d’autres fetes.

Guy …. tu te contredits en une couple de ligne ….

—-

(3)

Pour ma part, je m’attends a ce que l’etat accorde aucun ciboire de conge supplementaire ….

Si du monde veulent feter peut importe qu’ils le fasse avec leur banque de conge that’s it that’s all ou prendre un jour non paye.

Justement notre societe a ete modeler par x ou y confession pis le calendrier … on fait avec …. on va pas ajouter des fetes selon la confession de joblo pis de chose …

En plus de se retrouver avec la situation absurd qui se defend selon aucun critere d’equite de monde avec plus de conge que d’autres ….

—-

(4)

Mais remarque en passant …

Moi j’ai hate de vous voir defendre la liberte de conscience des enfants avec la meme vigueur et leur droit a l’education ….

@Ian: «Comme si le blogueur tentait pas d’instrumentaliser à son tour l’événement pour s’en prendre aux militants athées et ceux en faveur d’une laïcité des institutions… ou tiens,aux nationalistes.»

Malheiureusement, vous avez raison. Laïciste convaincu, j’ai moi-même dans mon collimateur certains militants athées ou laïcistes,qui sont tout aussi capables de strumentalizzazione que monsieur Maclure – d’ailleurs vous-même, Ian, ne l’excluez pas,, puisque vous écrivez bien « instrumentaliser À SON TOUR ».. Cela dit, je dois vous donner raison sur ce point. Et le premier indice qui éveille ma méfiance se trouve dans le titre lui-même. C’est la formule « Qui a intérêt à…? »

La question « Qui a intérêt à…? », est la question militante par excellence, celle qui permet de détourner ou crochir un débat. En demandant non pas « Est-il vrai ou faux que…? », mais plutôt « Qui a intérêt à…? », non seulement, la question « Qui? » se substitue à la question « Qu’est-ce que? », ce qui est déjà un problème, mais en outre, cette histoire d' »intérêt » vient suggérer que le plus important,n’est pas qu’une affirmation soit vraie ou fausse, mais que l’ennemi idéologique s’en serve. Le fait que l’ennemi se sert d’un fait dans sa propagande est en soi la preuve que ce fait ne s’est jamais produit. « Qui a intérêt à » est la question d’un propagandiste qui s’en prend à d’autres propagandistes.

Cela m’est arrivé dans un train qui revenait d’Ottawa. La militante du PLC assise en face de moi, de retour d’un événement organisé par son parti, et sans doute un peu exaltée par tout un week-end de formulettes militantes, me lance au cours de la conversation que « les séparatisses, c’est une gang de fascisses ». Je lui répond froidement qu’à mon avis, le PQ est loin de remplir les conditions du minimum fasciste. Tout en restant cordiale, spontanément elle réplique : « Ah, vous les séparatistes… » Sauf que voilà, je ne suis pas séparatiste, je suis fédéraliste, Mais peu importe, car « Qui a intérêt à » affirmer que le PQ, est loin de remplir les conditions du minimum fasciste? Ben un séparatiste, pardi !

Maudite mentalité.

Aux yeux d’un membre de parti, ce qui compte, c’est d’abord ce qui est payant à marteler dans un but tactique, peu importe que ce soit vrai ou faux. On en a vu d’innombrables exemplles de part et d’autre au cours de la très malsaine polarisation qui a suivi le référendum de 1995 (accompagnée bien sûr du mensonge tant fédéraliste que séparatiste « il n’y a pas polarisation »).

En demandant « Qui a intérêt à…? », le citoyen Maclure se rabaisse au niveau, par exemple, de ces vieux communistes et de leur usage fumigène de l’adverbe « objectivement ». Les hommes de gauche Zamiatine, Salvemini, Orwell, par exemple, étaient « objectivement de droite », puisqu’ils passaient le communisme à la moulinette, or « qui a intérêt à » passer le communisme à la moulinette? Et voilà le travail.

Enfin, citoyen Ian, si vous lisez attentivement le texte de M. Maclure, vous y trouverez quelque chose qui ressemble fort au jeu du bonneteau. En substance, et en réponse à la question de son titre, M. Maclure dit: « Ce ne sont pas les citoyens issus de l’immmigration, mais les militants laïques » qui demandent de retirer les symboles chrétiens du fameux « espace public » (notion défectueuse mais je ne reviendra pas là-dessus). Ce seraient soit les uns, soit les autres, suggère le texte. Or, c’est une attrape. En effet, oui, ce ne sont pas, ou rarement, des citoyens « issus de l’immmigration » qui ont ce genre de lubies: mais si on fait un inventaire, un petit travail d’archives dans les journaux – notamment ontariens – on va découvrir que ce sont des scholars, des universitaires du genre maîtrise en « cultural studies » et autres lologues à la cervelle déconstruite, qui prétendent aller au devant de demandes que les citoyens de foi ou de culture minoritaire n’ont en effet jamais formulées ! Mais l’univesitaire Maclure ne nous souffle mot de ces universitaires-là.

Maclure: «Pourquoi ne pas en parler davantage ? Serait-ce parce que les exemples de partage des références culturelles et de respect des rituels qui comptent pour certains de nos concitoyens sont des faits fâcheux pour ceux qui aiment souffler sur les braises de l’inquiétude identitaire ressentie par certains Québécois ?»

Pas exactement. Ce que vous appelez « partage de références culturelles » nous rappelle qu’en réalité, les cultures sont des influences et non des groupes, ce pourquoi il est vain – et très probablement dangereux – d’essayer de classer les citoyens en piles bien nettes par « ethnicity ». La diversité humaine tant culturelle, par opposition à naturelle comme c’est le cas au sein du règne animal, elle est par conséquent immatérielle et ne saurait donc être déterminée biologiquement. Il n’existe pas, il n’a jamais existé de prétendu « sang anglais » ou de prétendu « sang french », contrairement à ce que croyait Trudeau, le fondateur du prétendu « multiculturalisme », ou encore son égérie Sheila Copps (je nomme ces deux-là car j’ai des exemples sous le coude). Aucune culture n’est transmise par le « sang ». Ou comme l’écrivait Jean-Pierre Faye dans « La raison narrative »: : « Comment ce liquide coloré est censé se transformer en culture, ça n’est pas précisé. » Croce : « L’Homme réel n’existe qu’éduqué ».

Étant acquises et non innées, étant culturelles et non naturelles, les nationalités, « faits spirituels et historiques » (Croce) « faits culturels et historiques » (Arendt) sont donc acquérables et transmissibles. Il s’agit toujours de quelque chose que chaque individu DEVIENT, non de quelque chose qu’il ou elle serait déjà à la naissance.

Du simple fait qu’ils fréquentent une école soit en anglais, soit en français, les enfants d’immigrants qui sont nés ou ont grandi ici deviennent anglophones ou francophones, parfois les deux, parfois le deviennent en plus d’être déjà devenus italophones, arabophones, etcé Et chemin faisant, ils s’imprègnent de l’influence canadienne-anglaise ou canadienne-française et donc deviennent canadiens-anglais ou canadiens-français – toujours, je le répète, dans une mesure hautement variable selon chaque individu (un peu, beaucoup, moyennement), ce pourquoi la culture ne saurait être alignée par un « isme » d’État (« multiculturalisme », « culture publique commune »), qui reviendra toujours à vouloir aligner l’inalignable..On parle ici des moeurs, des mentalités, des récits, de l’humour, de la tradition, de la façon de voir la vie, d’un million de choses grandes ou petites, ou encore, pourquoi pas, de telle ou telle fête. Ainsi Noël, par exemple, s’impose dans les moeurs de citoyens d’une foi autre que chértienne, ou des citoyens athées aussi, en raison des deux principales influences culturelles locales, dont l’existence découle et a toujours découlé du fait qu’il y a deux lingua franca, et non à ces répugnantes sornettes qui définissent le fait d’être d’un peuple ou d’un autre par l’hérédité (« French descent », « British ancestry », « Latin complexion ». « Asian racial heritage »).comme si les peuples, les nationalités étaient séparés non par leur ignorance mutuelle, qui est franchissable, mais par un obstacle PHYSIQUE qui, s’il existait, serait infranchissable.

Les nationalistes canadiens, qui ne sont pas moins chauvins et patriotards que leurs homoloigues québécois, parlent parfois de la « mosaîque canadienne ». Il faut rappeler que dans une mosaîque, les morceaux de verre sont séparés par d’épaisses lisières de plomb.

Le prétendu « multicuturalisme » est un racisme qui se prend pour un antiracisme.

L’échantillon de Maclure semble bien pauvre («les Québécois issus de l’immigration avec lesquels j’ai discuté»). Tout survol honnête de l’actualité internationale révèle que les conflits violents concernant les religions et leurs symboles pourrissent partout les relations humaines. Mais dans la tête de notre philosophe inclusif, la menace à la paix sociale viendrait plutôt d’«extrémistes laïques» apparemment…

Ce texte est caricatural et chaque coin et recoin est rond.

Je suis d’accord pour affirmer qu’il y a une surenchère autour de cette idée qu’il y aurait une « guerre contre Noël », mais ce texte obscurci plus qu’il éclaire le phénomène.

M. Maclure est tenté d’en faire un particularisme québécois alors que dans les fais, cette question est bien peu présente chez nous si on compare à ce qu’il en est par exemple en France ou aux États-Unis. Ce phénomène est occidental et le Québec est loin d’en être l’épicentre. Ne pas le considérer comme tel, c’est mal considérer sa nature même.

Par quel chemin M. Maclure en est-il arrivé à décréter que la croix du Mont-Royal est un artefact du patrimoine historique alors que le crucifix à l’AN est un parti pris de l’État en faveur d’une religion? D’emblée, ça me semble être un raccourci boiteux. J’aimerais comprendre.

Je me demande aussi… Si « l’équité exige que les membres des religions minoritaires puissent aussi chômer le jour de leur fête religieuse la plus importante », alors doit-on exiger d’eux qu’ils travaillent à Pâques et à Noël? De plus une telle assertion implique que Noël, au Québec, soit une fête que l’on reconnaît pour son essence qui serait d’abord et avant tout religieuse. Vous êtes bien naïf ou encore complètement déconnecté. Un peu d’empirisme ne ferait pas de mal à votre réflexion on dirait.

«Par quel chemin M. Maclure en est-il arrivé à décréter que la croix du Mont-Royal est un artefact du patrimoine historique alors que le crucifix à l’AN est un parti pris de l’État en faveur d’une religion? D’emblée, ça me semble être un raccourci boiteux. J’aimerais comprendre.»

C’est en effet une excellente question. Parmi les observations à ajouter, il semble que dans la tête de M. Maclure, allez savoir pourquoi, ça puisse seulement être l’un OU l’autre, ce qui est bien étrange. Par exemple, le crucifix installé par Duplessis au Salon Bleu en 1936 dans le droit fil des accords du Latran : l’objet me semble à l’évidence être À LA FOIS un artefact de haute valeur artistique et historique ET l’indication d’un parti-pris de l’État envers une religion particulière, ce qui demande, toujours selon moi, qu’on le déplace de quelques mètres, dans une autre aile des bâtiments parlementaires (non pour le cacher mais au contraire le mettre en valeur). En quoi une dimension de cet object exclurait l’autre, je me fouille encore pour essayer de comprendre ce qu’il entend par là.

Mais (j’en reviens à ma marotte), ce qu’il y a de bien plus étrange, c’est que M. Maclure semble croire que le crucifix du Mont-Royal, ou tout autre signe religieux situé HORS DE LA SPHÈRE DE L’ÉTAT – serait censé être visé ou concerné par la laïcité, comme si celle-ci était censée viser l’ensemble de la société et non la seule sphère de l’État. Or, MÊME dans le malencontreux projet du PQ, que je trouve d’ailleurs bien trop « mur-à-mur » pour rien, il n’est pas question de s’étendre hors de la sphère de l’État. Donc le crucifix du Mont-Royal, ou une statue de Bouddha dans un parc, et combien d’autres, n’ont JAMAIS été concernés par le principe de laïcité, qui concerne uniquement les rapports entre les cultes et l’État.

Un élément de réponse : M. Maclure, comme pas mal d’autres lologues, se sert continuellement de la notion dangereusement défectueuse « espace public », qui fusionne en une seule bouillie moniste la société et l’État, qui engouffre d’emblée la société dans l’État. Et par conséquent, M. Maclure ne distingue pas du tout entre la sphère restreinte de l’État (qui seule est concernée par le débat sur la laïcité) et la vaste sphère de la vie sociale, où je m’attrique comme je veux. À l’instar de bien des lologues, otre philosophe confond systématiquement les deux choses, via la notion d' »espace public ». et je subodore qu’il y a du Hegel là-dessous, même si je serais bien incapable, pour le moment en tout cas, de vous dire si ça provient « de l’épaule droite ou de l’épaule gauche de Hegel », selon disait Leonardo Sciascia.

J’estime quant à moi que seule, la neutralité laïque dans la sphère restreinte de l’État, démarcation non pas systématique mais symbolique du politique et du religieux, peut à terme assurer la concorde entre les différentes formes que prend la vie spirituelle des citoyens au sein de la vaste sphère de la vie sociale, « là où tout est désordre et vie » (comte Sforza).