Qui a peur de Philippe Couillard?

Couillard aura bientôt autant de priorités que Paul Martin en avait à l’époque où sa popularité effrayait les députés bloquistes du Québec.

Photo: Graham Hughes/Presse canadienne
Photo: Graham Hughes/Presse canadienne

Je me souviens encore très clairement de cette soirée d’automne, en 2003, dans le bureau de Gilles Duceppe au 5e étage du Parlement fédéral. Nous étions trois conseillers autour de lui, devisant tranquillement en sirotant un verre après une longue journée de travail.

À ce moment-là, Paul Martin s’en venait remplacer Jean Chrétien à la tête du PLC et comme premier ministre du Canada. Le futur PM était alors auréolé d’une popularité sans précédant dans les sondages. Les analystes prédisaient un balayage libéral au Québec, lors des élections fédérales. En juin, un sondage Léger leur donnait pas moins de 62% des intentions de vote. C’était du jamais vu.

La majorité des députés du Bloc étaient terrorisés à l’idée d’aller en élections contre le surhomme Martin. On peut les comprendre. Pourtant, ce soir d’automne, Gilles Duceppe n’avait pas peur. Ses trois conseillers non plus. Nous n’avions pas peur de Paul Martin. Nous devions être les seuls à Ottawa à cette époque à ne pas croire qu’il était un politicien si formidable. Sauf, peut-être, Jean Chrétien…

Il faut dire que M. Duceppe connaissait parfaitement Paul Martin, pour avoir siégé 13 ans face à lui. Nous savions, nous sentions presque physiquement que Martin n’était pas à moitié aussi coriace que Jean Chrétien. Nous connaissions ses points de vulnérabilité. Le chef du Bloc s’imaginait déjà, huit mois d’avance, au débat des chefs face au sauveur libéral. Les élections eurent lieu en juin 2004 et c’est finalement le Bloc qui a balayé le Québec, avec 49% des voix et 54 député sur 75.

L’année dernière, lorsque Philippe Couillard s’est lancé dans la course au leadership libéral, plusieurs dans son camp ont vu en lui un sauveur, l’homme providentiel qui allait ramener les libéraux au pouvoir. Plusieurs dans le camp péquiste se sont inquiétés. Il faut dire que l’homme a des qualités indéniables. Son intelligence et son calme peuvent intimider. En juin, un sondage de Léger le plaçait en tête des politiciens les plus appréciés des Québécois, le journal Le Devoir titrant «Couillard, chouchou des Québécois

C’est chou, mais ça ne suffit pas d’être chouchouté. Encore faut-il passer le test du leadership dans la vie politique réelle. Or, jusqu’à maintenant, à chaque fois que Philippe Couillard a eu à passer un test de leadership, il a échoué. Ses défis étaient pourtant clairement identifiés. Il devait:

  1. Renouveler l’équipe libérale et faire le ménage au sein d’un parti entaché par de multiples histoires de corruption
  2. Imprimer sa marque comme chef avec une idée, un projet, un enjeu qui lui soit propre
  3. Faire la démonstration de son jugement en tant que leader

Le Parti libéral présente aujourd’hui la même équipe usée qui a été rejetée par les Québécois en septembre 2012. Il a reconduit Jean-Marc Fournier dans ses fonctions de chef de l’Opposition officielle. Il n’y a tellement pas de changement que le caricaturiste du Soleil, Côté, a proposé ce jeu à ses lecteurs:

Le jeu des 8 erreurs

Non seulement le chef libéral est entouré des mêmes élus qui applaudissaient Tony Tomassi il n’y a pas si longtemps, mais il n’a rien trouvé de mieux pour incarner le changement que de nommer Daniel Johnson au poste de président de la campagne électorale libérale. Pour le sang neuf, il faudra repasser.

Chef d’un parti associé à la corruption, Philippe Couillard nous annonçait depuis des mois que ça allait changer au Parti libéral grâce à un code d’éthique qu’il allait faire adopter cet automne. Or, il a été incapable de faire adopter ce simple code d’éthique par son parti.

Le Québec au grand complet a éclaté de rire quand on a su que le premier principe consistait à respecter les lois. Quand on a entendu le président du Parti libéral affirmer qu’avec ces principes, les libéraux allaient «perdre des amis», nous avons été nombreux à nous pincer. On peut dire que Philippe Couillard aura montré l’exemple, lui qui a dû renier «un ami très proche» actuellement emprisonné au Panama.

Le Québec s’est bidonné, mais au bout du compte, ce qu’on a vu, c’est un chef incapable de changer le Parti libéral et de renouveler son équipe.

On s’attend aussi d’un nouveau chef qu’il imprime sa marque d’une façon ou d’une autre. Philippe Couillard nous promettait un changement de ton. Fini les attaques personnelles et le ton hargneux auxquels les libéraux de Jean Charest nous avaient habitué. Mais rien n’a changé à l’Assemblée nationale. Les insultes libérales (maudite folle, mange de la ma…) ont continué de fuser, tandis que les propos méprisants de Jean-Marc Fournier (La première ministre est assise sur son steak) ouvrent ponctuellement la période des questions. Le chef libéral n’a pas réussi à faire changer de ton à ses députés.

On sait qu’il entend devenir premier ministre, mais pour faire quoi? Au départ, il voulait signer la Constitution canadienne, un projet maintenant relégué au second plan. Puis, ce fut une réforme de la fiscalité, un code d’éthique, une stratégie maritime et, en fin de semaine, il est revenu avec une grande nouveauté: le Plan Nord! À ce rythme-là, Philippe Couillard aura bientôt autant de priorités que Paul Martin à l’époque, lui qui avait réussi à en identifier des dizaines. Cette semaine, notre priorité sera de…

Comme son prédécesseur, il répète maintenant que la priorité, c’est l’économie. Mais quelle crédibilité a-t-il sur cette question? Quelle expérience? En face de lui, il a une femme qui a occupé les fonctions de ministre des Finances, de présidente du Conseil du trésor et maintenant, de première ministre. Il y a François Legault, auréolé de son passé de chef d’entreprise qui a réussi, alors que les incursions de M. Couillard en affaires sont toutes controversées. De son passage de ministre de la Santé à une firme privé oeuvrant dans le même domaine et jusqu’à son association avec Arthur Porter, avec lequel il a fondé une entreprise, la route fut cahoteuse.

Philippe Couillard veut devenir premier ministre pour faire quoi? Jusqu’ici, il n’a pu répondre à cette question.

Et puis, il y a le jugement politique qu’on attend de quelqu’un qui aspire à devenir premier ministre. Il nous a donné un échantillon assez étonnant de son jugement le printemps dernier. Philippe Couillard avait alors exigé que le calendrier des élections à date fixe soit fixé en fonction des fêtes religieuses, notamment pour qu’elles ne coïncident pas avec Roch Hachana, le nouvel an juif. Le lendemain, les organisations juives refusaient de l’appuyer!

Il a décidé de garder secrète la descente de l’UPAC au siège du Parti libéral en plein été, au lieu de prendre les devants, ce qui aurait été une démonstration de sa volonté de transparence. Surpris comme le chevreuil devant les phares d’une voiture, il s’est fait prendre les culottes à terre, ayant l’air de se cacher.

Il a mentionné son ouverture à l’idée que Nathalie Normandeau se présente à nouveau pour les libéraux!?!

Sur la charte des valeurs, il s’oppose à l’interdiction des signes religieux, même pour les juges, prenant une position si radicale qu’il s’est lui-même isolé, seul dans son coin. Il s’est en quelque sorte auto-disqualifié du débat.

Que dire de sa réaction de mollesse suite aux écarts de conduite de l’obscur député Pierre Marsan, pris à distribuer une lettre dans une synagogue qui sollicitait des dons en rappelant grossièrement l’attribution d’un permis de garderie. On aurait voulu rappeler le scandale des garderies et le triste souvenir de Tomassi qu’on aurait pas fait mieux. Le député est encore là, comme si de rien n’était. À toutes les occasions qui se présentent d’exercer son jugement politique, Philippe Couillard échoue le test.

Ceux qui doivent sérieusement commencer à avoir peur de Philippe Couillard, ce sont les libéraux eux-mêmes.

Laisser un commentaire

— Avoir peur c’est aimer. Donner peur c’est haïr. – Felix Leclerc

Vous faites fort bien de rappeler que nous aurons probablement au minimum 9 années de pouvoir Conservateur (Réformiste) grâce au Québec et tout particulièrement par la grâce du Bloc Québécois. Il ne faut guère s’étonner en cette occurrence qu’aux dernières élections fédérales, il y ait eu un balayage NPD chez nous.

On dit quelquefois que le remède peut être pire que le mal. Le remède à Paul Martin, c’était Stephen Harper. Quelle stratégie brillante en effet. Je n’y aurais jamais pensé !

Lorsqu’on souhaite du changement, il y a une façon cosmétique de procéder, elle consiste à changer les têtes. On regarde d’autres faces et on brasse les mêmes vieilles idées. Il existe d’autres méthodes, plus charismatiques, je dirais. Elles consistent à garder les gens et insuffler de nouvelles idées. Dans un cas le changement est cosmétique et relève des apparences (voir notamment le projet de Charte des valeurs québécoises) dans le second cas, la chose vient de l’intérieur. L’une nous est apportée par la convoitise et la recherche de l’intérêt particulier, la seconde nous est apportée par l’esprit. Ce qui relève d’une toute autre dimension, je dirais encore.

Une même personne peut être quelquefois malade et idéalement le plus souvent en bonne santé. Allez-vous remplacer systématiquement un corps malade ou bien aller vous chercher à remettre les gens sur le chemin de la santé, le chemin du devoir, le chemin du travail bien fait, le chemin du partage et celui de la liberté ?

— Nous avons le choix et le choix c’est encore cela ! Vivre libre et en santé. Pour moi ces deux valeurs sont non négociables et n’ont pas de prix. La liberté, le bonheur, la santé c’est aussi de l’économie.

Malgré tout cela, les derniers sondages laissent présager que la base électorale du PLQ est désespéremment intacte. J’en suis venu à penser qu’une bonne proportion d’électeurs libéraux n’aiment pas le Québec. Ils sont conscient qu’un Québec qui gagne, qui réussit et qui s’enrichit avantage d’abord le mouvement souverainiste. Ils ne veulent pas cela. Alors, ils n’ont aucun scrupule à accorder leur appui à un parti qui est non seulement fondamentalement corrompu mais qui, comme vous l’avez démontré, ne fait rien pour changer.

C’est d’une tristesse…

Le fait que le pourcentage de voteurs ne change pas c’est, je pense, qu’une grande partie de cet électorat est anti-souverainiste. Leurs votes ne sont plus en faveur du fédéralisme canadian ou en faveur de tel chef ou tel candidat de comté. Non.
Ces gens votent contre le souverainisme québécois.
Si vous y regardez de près, vous verrez que leur haine vis-à-vis l’émancipation du peuple québécois est si profonde qu’ils sont pr^ts à voter pour n’importe qui en autant qu’il ou elle ne soit pas séparatissssse.

Monsieur Lachaine a entièrement raison. Combien de fois a-t-on entendu le commentaire, venant surtout de la communauté non francophone de Montréal, qu’il valait mieux voter pour un parti corrompu que pour les « séparatistes », il n’y a pas de discussion possible? C.est viscéral, autant que la souveraineté du Québec est un passage obligatoire pour certains, la séparation du ROC pour d’autres est absolument impensable. J’en viens qu’a penser qu’on ne doit plus identifier le citoyen comme étant souverainiste ou fédéraliste, mais comme souverainiste ou non-souverainiste. Cela vient expliquer également l’effritement de l’appui à la CAQ dans les sondages, plusieurs Québécois francophones vont se pincer le nez et voter libéral plutôt que pour la CAQ simplement pour assurer la défaite des « séparatistes ».

Si le gouvernement Marois met en branle un certain nombre d’engagements dans les conditions d’un gouvernement minoritaire. S la voie du déficit zéro est ralentie au nom de la délivrance soutenue des services de l’État. On ne voit pas comment les libéraux de P.Couillard arriveront à destination du pouvoir.

Parce que selon la tradition québécoise, une équipe de gouvernement ou d’opposition officielle se maintient autour de 6 à 10 ans. Les libéraux appartiennent toujours au parti qui à régné pendant 9 ans dans une gestion du type du favoritisme sans l’ombre d’une vision pour le Québec. Et comme P.Couillard est l’ombre de la continuité celle de J.Charest.

Ce qui donne des chances à P.Couillard d’être p.m entre 33 et 37% des voix sondés s’appelle Q.S puisque le parti de gauche a cassé le rassemblement des suffrages de la gauche souverainiste dont la dernière trace s’est trouvée dans les succès passés du Bloc Québécois en 2004. Puisque le bloc péquiste-bloquiste n’a pas su maintenir sa dynamique de 1993-1995 entre 1998 et 2012 dont la culbute du Bloc québécois est le point retentissant.

P.Couillard croit en ses chances malgré la brume de ses expériences en Arabie saoudite et dans le service de renseignement canadien, l’usure de l’équipe libérale parce qu’il y aurait cette gauche solidaire plus proche du NPD multiculturaliste que du mouvement souverainiste développé depuis 1960. Si le fédéralisme de gauche inavoué se renforcerait au Québec par QS, les libéraux pourraient retrouver le pouvoir à court terme. Un enseignement pour Pauline Marois, la charte doit avoir sa part de modulation, le gouvernement ne doit pas trop gouverner au centre droit.