Qui bénéficiera du bulletin Legault ?

Avec ses 11 demandes maintenant déposées sur la table électorale, le premier ministre François Legault vient de lancer officiellement la bataille du Québec.

Ryan Remiorz / La Presse Canadienne / Montage L'actualité

Le premier ministre du Québec a finalement déposé jeudi ses 11 demandes électorales aux chefs des partis fédéraux, question de savoir où chacun se situe et ainsi éclairer le choix des Québécois. Soucieux de ne pas donner l’impression que son lit est déjà fait, François Legault a évité de désigner par leur nom les formations moins susceptibles de répondre positivement à ses requêtes. Dans sa déclaration officielle, il a ainsi préféré parler de « deux partis » et ce n’est qu’au détour d’une question de journalistes qu’il a admis qu’il pensait au Parti libéral et au NPD.

Les partis n’ont pas tous encore officiellement répondu au premier ministre du Québec. Mais déjà, sans grande surprise, le Bloc québécois obtiendra une note parfaite aux yeux de Legault, car il s’est s’engagé à transmettre à Ottawa chacune des demandes de son gouvernement, dont celle de 4 milliards de dollars pour construire le troisième lien à Québec.

Le Parti conservateur inscrira lui aussi une note élevée. Étendre l’application de la loi 101, ne pas financer les contestations judiciaires de la Loi sur la laïcité de l’État (« loi 21 »), instaurer une déclaration de revenus unique, limiter le pouvoir fédéral de dépenser : il est d’accord avec tout cela. En immigration, le chef Erin O’Toole se dit ouvert à donner plus de pouvoirs au Québec, « y compris dans le domaine de la réunification familiale », quoiqu’il ne donne pas plus de détails. Et en ce qui concerne les programmes d’infrastructures que François Legault juge trop complexes, le chef conservateur est prêt à les rendre « plus flexibles ». Il s’engage à financer le troisième lien.

En logement comme en environnement, Erin O’Toole se dit aussi « ouvert à de nouvelles ententes pour répondre aux ambitions de Québec ». C’est flou à souhait, mais cela lui permet de laisser miroiter les jours meilleurs du « fédéralisme de partenariat » qu’il promet. Enfin, en matière de santé, le chef de l’opposition officielle à Ottawa s’engage à faire progresser d’au moins 6 % par année les transferts budgétaires fédéraux. C’est la moitié de la demande des provinces, qui exigent en premier lieu qu’ils bondissent de 65 % d’un seul coup, pour atteindre 60 milliards de dollars par année.

Par contre, les conservateurs résilieraient les ententes signées entre Ottawa et les provinces sur les services de garde. Québec obtiendra 6 milliards de dollars en vertu de cette entente. Le chef conservateur plaide la cohérence, lui qui dit ne pas vouloir perpétuer l’ingérence fédérale dans les champs de compétence provinciale. Mais dans la mesure où, comme l’a si bien dit François Legault jeudi, « on n’est même pas obligé d’investir l’argent dans les garderies », il s’agit dans les faits de priver Québec d’un gain financier net sur lequel il compte beaucoup.

Le NPD arrive loin derrière, quoique devant les libéraux car si les deux formations proposent d’importantes intrusions en santé, le chef Jagmeet Singh s’est engagé à permettre l’asymétrie afin que le Québec touche sa part sans condition. Le Parti libéral a pratiqué une telle asymétrie dans le passé, mais trois jours après avoir promis l’embauche de médecins, Justin Trudeau n’a toujours pas dit s’il la permettrait cette fois-ci. Le NPD s’oppose au financement du troisième lien tandis que les libéraux, qui disent désormais attendre une soumission officielle avant de se prononcer, avaient laissé entendre que seule la portion transport en commun serait financée. Les deux partis s’opposent également à la déclaration de revenus unique.

En apparence, François Legault favorise le Parti conservateur ou le Bloc québécois. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, car rien ne dit que les priorités sur le plan fédéral des électeurs québécois sont les mêmes que celles du gouvernement Legault, tout populaire soit-il. Les positions conservatrices sur les changements climatiques, par exemple, les moins ambitieuses des quatre principaux partis, pourraient peser plus lourd dans la balance. 

En outre, il est clair que le premier ministre québécois se gardera d’afficher ses préférences, question de ne se mettre personne à dos. « Je vais travailler avec le gouvernement que les Canadiens vont choisir. » Son influence pourrait donc demeurer limitée.

Chose certaine, Yves-François Blanchet a déjà trouvé la manière de tirer profit de la situation. Pour clouer le bec à ses adversaires qui plaideront que l’appui du Bloc québécois à François Legault ne servira à rien dans l’opposition, il réclame la réélection d’un gouvernement minoritaire. Scénario que l’élection de députés bloquistes rend plus probable. « Les chances du Québec d’obtenir gain de cause dans ces demandes-là avec une forte délégation du Bloc québécois et, qui sait, la balance du pouvoir seront d’autant accrues. A contrario, un gouvernement majoritaire, quel qu’il soit, risquerait d’aller à l’encontre des demandes du Québec. » On appelle ça l’art d’essayer de se rendre incontournable.

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