Qui profiterait le plus d’une convergence souverainiste?

Une chose semble sûre: la CAQ serait la grande perdante d’une alliance entre le Parti québécois et Québec solidaire.

Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne

Dans une lettre ouverte publiée juste avant son départ comme chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau a réitéré son enthousiasme pour une convergence des forces souverainistes. La lettre, cosignée par Véronique Hivon, ne proposait pas une alliance officielle avec les autres partis, notamment Québec solidaire, mais suggérait que la division du vote souverainiste était en grande partie responsable des récentes victoires libérales: «Le moment est venu de nous mobiliser et de travailler ensemble pour mettre un terme à cet hiver sans fin dans lequel les politiques du gouvernement libéral nous emprisonnent.» Mais est-ce réellement le cas? Une alliance entre le Parti québécois et Québec solidaire aurait-elle pu reléguer le Parti libéral de Philippe Couillard aux banquettes de l’opposition? Pas tout à fait.

Si on ne fait qu’ajouter les votes pour Québec solidaire à ceux recueillis par le PQ lors de la dernière élection, le PQ aurait 18 sièges de plus à l’Assemblée nationale. Ce nombre ne change pas si l’on ajoute Option nationale, ses appuis étant négligeables. Mais cela n’aurait pas empêché l’élection d’un gouvernement libéral: le PLQ n’a remporté que 7 des circonscriptions en question, alors que la CAQ en a remporté 11. Ainsi, même sans aucune division du vote souverainiste, Philippe Couillard aurait été élu avec une majorité à l’Assemblée nationale.

Élection 2014 PLQ PQ + QS CAQ
Résultats réels  70  30 + 3  22
Convergence PQ + QS (somme des votes)  63  51  11

Le problème évident avec cette analyse est qu’un candidat unique n’amasserait pas forcément le total des votes recueillis par le PQ et QS. Certains électeurs opteraient pour une autre formation ou ne voteraient tout simplement pas.

Afin d’évaluer les effets d’une telle convergence souverainiste, il faut plutôt estimer combien d’électeurs de chaque parti seraient prêts à voter pour un candidat unique ou une coalition. Un récent sondage Léger indique que 87 % des électeurs du PQ soutiendraient une telle coalition, alors que 75 % des partisans de QS feraient de même. Respectivement 10 % et 15 % opteraient plutôt pour la CAQ. Léger avait déjà posé la question d’un hypothétique candidat unique en 2013 et les résultats avaient été semblables: 80 % des partisans du PQ suivraient et 62 % le feraient du côté de QS (avec respectivement 14 % et 21 % de «ne sait pas»). Le dernier sondage Léger montre également qu’environ 10 % des électeurs du PQ et de QS ne voteraient pas (ou annuleraient leur vote) en cas d’une telle coalition.

Élection 2014 PLQ PQ + QS CAQ
Résultats réels  70  30 + 3  22
Convergence PQ + QS (répartition selon sondages)  72  44  9

Selon ces calculs, la CAQ serait la grande perdante d’un regroupement des forces souverainistes. En effet, la CAQ ne conserverait qu’entre 60 % et 77 % de ses électeurs, le reste allant soit au PLQ, soit au PQ-QS. Une polarisation de la politique québécoise ne serait de toute évidence pas une bonne nouvelle pour le parti de François Legault et il n’est pas étonnant de le voir critiquer une telle alliance.

Au final, ces chiffres montrent que, malgré certaines réticences des dirigeants de ces formations politiques, les électeurs souverainistes sont en grande partie prêts à soutenir une telle entente. Regardons donc si cela aurait un effet important si une élection avait lieu aujourd’hui. Pour ces calculs, nous utiliserons les résultats des plus récents sondages Léger et CROP. Les deux montrent essentiellement la même situation: le PLQ est en tête avec 33-35 % des appuis, devant le PQ à 26-30 %, la CAQ à 21-25 % et QS à 10-14 %. Les projections de sièges à partir de ces résultats sont présentées dans le tableau ci-dessous.

Projection (mai 2016) PLQ PQ + QS CAQ
Sans convergence  56  48 + 3  18
Convergence PQ + QS (répartition selon sondages)  52  64  9

Pour l’élection de 2014, la majorité libérale serait toujours là. Dans les faits, le PLQ gagnerait même deux sièges de plus (Lévis et Montarville) en raison du déplacement des voix vers la CAQ. À noter que ces deux circonscriptions n’étaient pas dans la liste des 18 où une division de vote souverainiste laissait la voie libre à un autre parti. Présenter un candidat unique dans chaque circonscription n’est donc pas forcément optimal pour une alliance souverainiste.

Pour ce qui est de la situation d’aujourd’hui, les sondages montrent que le PQ sous la direction de Pierre Karl Péladeau n’était pas dans une position idéale. Malgré un taux d’insatisfaction de plus de 60 % envers son gouvernement, Philippe Couillard aurait été le favori pour remporter une deuxième élection de suite. Le départ de PKP pourrait donc s’avérer une bonne nouvelle pour le PQ.

Une coalition souverainiste PQ-QS serait certes favorable pour remporter plus de sièges, mais on est loin d’une victoire garantie. Et comme en 2014, le PLQ ne serait presque pas touché par la présence d’un candidat unique. C’est plutôt la CAQ qui en subirait les contrecoups.

En l’absence d’une coalition en bonne et due forme, un retrait mutuel de candidat pourrait permettre à ces deux formations de ravir de 5 à 10 sièges de plus. Déterminer les circonscriptions desquelles l’un ou l’autre parti devrait se retirer n’est toutefois pas évident (sauf dans certains cas, comme à Laurier-Dorion). Est-ce une solution que la ou le prochain chef du PQ devrait étudier? Peut-être, mais il n’y a pas là une solution miracle qui garantirait aux souverainistes de prendre le pouvoir à la prochaine élection, même si ces 5 sièges additionnels peuvent s’avérer fort utiles dans un contexte où le PQ peine à dépasser la barre des 35 % d’appuis.

Avec une course qui s’annonce des plus ouvertes, les candidats à la chefferie péquiste vont devoir se différencier, et un rapprochement des forces souverainistes est l’une des propositions les plus facilement envisageables. Un tel scénario viendrait sceller l’empreinte que Pierre Karl Péladeau aura laissée au PQ.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

9 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Martine Ouellet veut recentrer le Parti Québécois !

Il faut absolument que le Parti québécois se recentre… le vrai centre !

Une union de l’électorat PQ-CAQ devient de plus en plus nécessaires pour déloger les libéraux une fois pour toute, la division des québécois a assez duré. La seule facon de reprendre le pouvoir c’est de s’unir contre ce parti d’opportuniste qui s’en mettent plein les poches et appauvrie tout le Québec.
François Legault est dans les câbles et le PQ va récupérer la moitier de l’électorat de la CAQ. Ils sont plus indépendantistes que ceux de QS. C’est de l’électorat de la CAQ dont on a besoin pour faire l’indépendance.

Voilà ce qui inquiète monsieur Legault!

Une union de l’électorat PQ-CAQ, de la centre-gauche et de la centre-droite comme en ’76 avec Lévesque et Bourgault, devient de plus en plus nécessaires pour déloger les libéraux une fois pour toute et faire l’indépendance du Québec. La division des québécois a assez duré ! La seule façon… c’est de s’unir contre ce parti d’opportuniste qui s’en mettent plein les poches et appauvrie tout le Québec.
Effectivement… la gauche absolutiste de QS est le 2% qui nous fait perdre de 10 à 15% à la centre-droite (CAQ) (jeunes et vieux) pour faire l’indépendance!

« Qu’on cesse de Tataouiner! » – Jacques Parizeau

40%-2%+15%=53%

Comme à l’époque de René Lévesque-Pierre Bourgault!

Le PQ est la clef!

Voilà ce qui inquiète monsieur Legault!

Le PQ attire un caquiste sur deux !

Pour moi, c’est simple! C’est un pays que je veux!!!!

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10153328035758140&set=a.232916908139.169388.652793139&type=1&theater

Convergence souverainiste? Rêvez en couleurs…

Question qui tue: pourquoi diable des souverainistes convaincus voteraient-ils pour un autre parti que le PQ sensé être LE parti séparatiste au Québec? Hein?

«Une chose semble sûre: la CAQ serait la grande perdante d’une alliance entre le Parti québécois et Québec solidaire.»

Pas d’accord. Loin d’être sûr en fait, le virage à gauche que représenterait une alliance avec les socialistes de QS ferait à mon avis fuir un bon nombre d’électeurs qui pourraient alors se tourner vers la CAQ.

Pour ma part je pense que le PLQ va être dans le trouble aux prochaines élections, et c’est mérité, ce n’est pas l’austérité le problème, c’est que dans le fond ils n’ont rien changé, rien réformé, ils ont juste rationné un peu partout justement pour ne rien changer, pour ne rien brusquer et garder ainsi le pouvoir, c’est pathétique et surtout insoutenable. Les gens ne sont pas dupes, la fonction publique (et parapublique) doit changer, d’importantes réformes sont nécessaire pour rétablir la productivité dans les secteurs public et parapublique.

Seule la CAQ envisage quelque chose dans ce sens, le PQ (allié des syndicats) en aucun cas et je serais surpris que ça change, surtout si on parle d’alliance avec QS.

Les Québécois vont finir par exiger du vrai changement, des réformes structurelles, une vraie modernisation du «modèle», un peu comme l’ont fait les scandinaves par le passé. Pour le moment seule la CAQ, malgré tous ses défauts, offre un peu cet espoir.

Oui et le récent sondage Léger montre cela. Mais l’effet ne semble pas être suffisant pour combler les départs de la CAQ au PLQ. Aussi, la CAQ a juste davantage de sièges vulnérables à une alliance PQ-QS.

Pourquoi pas une entente PQ, QS et CAQ pour déloger le PLQ. Une entente dans le but de modifier le mode de scrutin pour un qui se rapprocherait d’un mode proportionnel !

Qui profiterait le plus de la convergeance………? C ‘est simple ce serait les gauchistes, les socialistes, les trocsistes, les syndicalistes, les environnementalistes extrêmes ect….. Tous mouvements qui finient par iste !!!!! Pour ce qui est des caquistes , c’ est à eux à se démarquer et c’ est la population qui va jauger cela !

Erreur : ceux qui profiteraient ( et profitent toujours de tout, au pays du Québec — pardon dans la Province de Québec ) ce sont bien les Dépendantistes, ceux qui n’aiment pas quelque force de changement que ce soit… Lisez bien les sondages, et surtout portez un peu plus d’attention aux « tendances lourdes » du vote populaire, encore et toujours obnubilé par « tout ce qui brille » et semble si désirable, au point de renoncer à tous les acquis durement gagnés, depuis quelques décennies… Une société a toujours le choix, mais la régression, pas plus que le suicide, n’est un bon choix… J’espère que notre société saura s’en apercevoir… pendant qu’il en est encore temps !

Très bon article. Je tente de faire publier un article qui parle des effets de la division du vote des souverainistes. Il recoupe certaines de vos analyses. J’ai ajouté la division du vote de 2012 qui est beaucoup plus évidente que celle de 2014. La division de 2012 a coûté la majorité aux souverainistes. Il ne faut pas oublier que la convergence pourrait faire sortir le vote et créer une synergie des forces souverainistes. Cet effet est difficile à mesurer par les statistiques. Personnellement, je ne trouverais pas très difficile de trouver 20-25 comtés à cibler et à partager entre le PQ-QS et ON. La plupart de ces comtés sont au PLQ et à la CAQ actuellement. Pour moi, l’enjeux le plus compliqué est de déterminer combien de comtés pour le PQ, pour QS et pour ON?

Lorsque mon article sera publié, j’aimerais vous l’envoyer pour avoir vos commentaires.
Au plaisir.