Raïf Badawi, l’Arabie saoudite et nos politiciens

Pendant que le blogueur saoudien Raïf Badawi se bat pour avoir le droit de dire ce qu’il pense, nos politiciens, eux, disent et pensent un peu n’importe quoi. Un billet de Mathieu Charlebois.

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Photo : Ryan Remiorz/La Presse Canadienne

PolitiqueOn ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raïf Badawi, lui, a été condamné à 1 000 coups de fouet et à 10 ans de prison pour avoir blogué.

Amnistie internationale n’aura pas à lancer une pétition réclamant ma libération. Des blogueurs québécois n’auront pas besoin d’amorcer un billet de blogue avec la phrase qui a ouvert celui-ci.

Au pire, on mettra mon billet dans une poubelle métaphorique, en me reprochant d’avoir tenu des «propos tout à fait personnels». Parce que des opinions dans le billet d’un blogueur humoristique ? Mais où s’en va le monde, je vous le demande ?

 poubelle

Le blogueur saoudien Raïf Badawi (lauréat 2014 du prix Reporters sans frontières pour la liberté de la presse), lui, est accusé d’apostasie et de blasphème pour avoir prôné la liberté de religion et critiqué les autorités religieuses sur son blogue.

L’Arabie saoudite l’a condamné à 10 ans de prison et à 1 000 coups de fouet, soit 50 par semaine jusqu’à épuisement des stocks de cruauté.

Sa femme et ses trois enfants sont réfugiés à Sherbrooke depuis novembre 2013. Si le Canada et le Québec manquaient de raisons d’agir, en voici une bonne. Et, justement, nos élus québécois en parlent, de l’Arabie saoudite. Dommage que ce ne soit pas pour dire quoi que ce soit de vraiment brillant.

En faisant référence aux quelques années qu’a passées Philippe Couillard en Arabie saoudite, il y a 20 ans, le chef intérimaire péquiste Stéphane Bédard a lancé ceci :

«Il semble très imprégné de ces valeurs, de cette réalité, de cette façon de vivre ensemble. Au Québec, c’est différent. On peut voir ce qui se passe ailleurs, mais en même temps, on lui demande de ne pas importer cette réalité ici.»

On va le dire : Philippe Couillard gère le dossier de la laïcité et de la lutte contre l’intégrisme avec l’aisance d’une ballerine qui a les quatre membres dans le plâtre. Il semble autant savoir ce qu’il fait que ma mère en train de brancher un cinéma maison.

Voilà. Il est poche. Très poche.

Mais «imprégné» des valeurs de l’Arabie saoudite, le pays qui applique la peine de mort par décapitation à des mineurs, en public ? Le pays qui veut fouetter un blogueur 1 000 fois ?

C’est charrier pas mal, mais ils ont le droit de le dire — c’est la liberté d’expression. Comme le disait Voltaire : «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez avoir l’air d’un épais en le disant.»

Pour ne pas être en reste dans le manque de mesure et le relativisme, Philippe Couillard a lui aussi parlé de l’Arabie saoudite et de Raïf Badawi.

«Le premier ministre ne comprend pas pourquoi [le candidat à la direction du PQ, Alexandre Cloutier] l’enjoint d’intervenir à Davos auprès d’un prince saoudien, ancien ambassadeur invité à l’événement, alors qu’il n’a pas vu le député péquiste “lever le petit doigt” dans ce dossier

«Pour M. Couillard, il est assez ironique de voir le PQ, qui s’est distingué par son attaque “sans précédent” contre les libertés individuelles avec son projet de charte des valeurs, faire la leçon aux autres sur la liberté

Si vous vouliez une preuve que nous vivons dans une société formidable, ne cherchez pas plus loin. Nous vivons dans un endroit où on peut dire ce genre de profondes stupidités sans avoir à craindre un seul coup de fouet.

«C’est presque dommage», a-t-on quasiment envie d’ajouter.

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Blague à part, allez signer la pétition d’Amnistie internationale pour libérer Raïf Badawi. Les actions d’Amnistie internationale ont une portée réelle, contrairement aux pétitions Avaaz et Change.org, dont on nous abreuve sans cesse sur Facebook.

Il faut refuser les actes inhumains et les punitions injustes du régime saoudien. L’Arabie saoudite veut faire de Badawi un symbole ? C’est important que nous le fassions aussi.

Merci au blogueur Savignac, dont l’initiative m’a poussé à trouver une façon de parler de cette histoire, même si ce n’est pas facile d’en faire quoi que ce soit d’un peu drôle.

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À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. On peut aussi l’entendre faire des chroniques à La soirée est encore jeune, lire ses anticritiques culinaires sur le blogue Vas-tu finir ton assiette ? et le suivre sur Twitter :@OursMathieu.

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Si un homme d’une telle éducation et d’une si vaste culture comme le neurochirurgien Couillard a pu être contaminé par le wahhabisme, mouvement politico-religieux très peu savoureux, qu’en sera-t-il du commun des mortels, exposé à des modes de pensée qui ne correspondent à ceux du terroir la paranoïa ou le complexe de l’assiégé, par exemple? En effet, nous ne disposons pas des mêmes outils intellectuels que notre premier ministre. Écouter Bernard Drainville ou Stéphane Bédard parler de laïcité suffit d’ailleurs à nous en convaincre. Ils nous ressemblent tant.

En attendant que le PQ, enfin au pouvoir, puisse prendre des mesures prophylactiques pour combattre ce danger qui nous guette, l’imprégnation culturelle, je crois qu’il nous faut agir avec les moyens du bord. J’invite donc nos jeunes à réfréner leurs ardeurs dans l’exploration du monde et même à écourter leurs séjours en terre étrangère. J’implore les téléspectateurs trop collés au petit ou grand écran, à limiter leur écoute d’émissions étrangères, d’autant plus, signe évident d’un intention subversive, si elles sont doublées avec l’accent québécois. J’invite enfin les internautes à ne pas échanger avec ces quidams aux noms étranges qui naviguent sur la Toile, et qui expriment des opinions hétérodoxes. Je supplie enfin les enseignants de cesser l’enseignement d’une autre langue, qui risque de jouer de mauvais tours à la pensée féconde de l’homo quebecensis.

Restons alertes, l’imprégnation nous guette.

Si on suit votre idée, ne reste plus qu’a fermer nos oreilles avec des bouchons, nos yeux avec un bandeau et notre bouche avec du duck tape!!!!

Petite note: pourquoi salir Avaaz er Change.org au passage? Si vous en entendez parler autant sur Facebook n’est-ce pas la preuve que ça marche?! Avaaz ne passe pas inaperçu auprès des gouvernements et des compagnies : c’est quand même un regroupement de 41 millions de personnes dans 194 pays, qui véhicule une tonne d’informations pertinentes sur les sujets concernés. L’information n’est-elle pas en elle-même une arme redoutable et efficace? Quant à Change.org, je ne les connais pas assez pour en parler, mais nous recevons tous de leurs pétitions. Alors à chacun de juger…