Réconciliation palestinienne : une mesure indispensable pour une paix juste et inclusive

L’Organisation de libération de la Palestine et le Hamas ont conclu un accord de réconciliation historique, après plus de sept années de conflit. Si ce geste a immédiatement été critiqué par les responsables américains et surtout israéliens, il était en revanche très attendu par les Palestiniens et le camp de la paix…

Reconciliation agreement in Gaza

L’auteure, Joan Deas, est doctorante à Sciences Po Grenoble, financée par la région Rhône-Alpes.

PolitiqueÀ quelques jours de la fin officielle des négociations en cours entre le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne (fixée au 29 avril), Mahmoud Abbas a décidé de jouer une nouvelle carte de son jeu.

L’Organisation de libération de la Palestine, dominée par le Fatah, et le Hamas — son rival politique gouvernant la bande de Gaza depuis sa victoire contestée lors des élections législatives de 2006 — ont conclu un accord de réconciliation historique, après plus de sept années de conflit.

Si ce geste a immédiatement été critiqué par les responsables américains et surtout israéliens, il était en revanche très attendu par les Palestiniens et le camp de la paix. C’est en effet un pas indispensable vers le renforcement de la légitimité du gouvernement palestinien et le rééquilibrage de puissance à la table des négociations, avec, à long terme, l’espoir d’une paix plus juste et inclusive pour toutes les parties.

Un accord attendu de longue date

Souhaité de longue date par une population qui a été la première victime de cette rivalité entre dirigeants palestiniens, cet accord fait suite à plusieurs tentatives, initiées en 2011 au Caire puis, en 2012, à Doha, mais qui avaient avorté, faute de courage politique de la part des deux factions palestiniennes.

Les circonstances actuelles sont cependant différentes, et les conditions pourraient bien, cette fois, être réunies pour que cet accord aboutisse.

Il bénéficie au Fatah et, en premier lieu, à Mahmoud Abbas, affaibli au sein de son propre parti par des accusations de corruption et critiqué par sa population pour son incapacité à apporter des changements concrets à un quotidien de plus en plus difficile dans les territoires occupés.

Il sert également le Hamas, isolé politiquement et financièrement du fait de la chute des Frères Musulmans en Égypte, de son éloignement de l’arc chiite Syrie-Iran, du repli stratégique du Qatar et d’un blocus aggravé par les politiques sécuritaires anti-islamistes du nouveau régime égyptien. Le parti islamiste était ainsi demandeur depuis plusieurs semaines d’un tel accord, alors même qu’il traînait des pieds à la table des négociations en 2011.

La réconciliation prévoit la reprise des activités du Conseil législatif palestinien et la formation d’un gouvernement d’unité nationale dans un délai de cinq semaines, ainsi que la tenue d’élections présidentielles, législatives et au sein de l’OLP dans un délai de six mois.

Elle permet également de réactiver el huryat el aama, le comité des libertés publiques permettant de libérer les prisonniers politiques des deux camps, légaliser les activités politiques des deux partis, ou encore supprimer les restrictions de voyage et d’expression.

Théoriquement, cet accord permettrait également de réactiver la Mission de l’Union européenne pour l’assistance aux frontières (EUBAM), créée en novembre 2005 avec le consentement d’Israël pour superviser le checkpoint de Rafah — point de passage clé entre la bande de Gaza et l’Egypte.

Même si elle demeure très hypothétique, la réouverture (même partielle) de ce checkpoint, fermé depuis la prise de pouvoir de l’armée en Égypte, redonnerait aux Gazaouis un minimum de liberté de mouvement qui leur fait cruellement défaut.

Un geste en réaction à l’impasse des négociations

Le synchronisme de cet accord ne doit rien au hasard. Le processus de négociations, relancé en grande pompe quelques mois plus tôt par l’administration Obama (qui entamait son second mandat), est un nouvel échec cuisant.

Le processus se retrouve une nouvelle fois dans l’impasse, en raison de la dissymétrie des rapports de force entre les deux camps et l’incapacité d’Israël de respecter sa promesse de relâcher un quatrième groupe de prisonniers palestiniens.

L’État hébreu avait simultanément annoncé la construction de 700 logements illégaux supplémentaires dans les colonies, prouvant une nouvelle fois sa préférence pour une stratégie de temporisation afin de préserver à tout prix le statu quo et continuer de profiter d’un rapport de force qui lui est clairement favorable.

L’autorité palestinienne, affaiblie par des années de guerre fratricide, sa dépendance financière à l’aide internationale et un processus d’Oslo en ruines, n’a jamais été capable de se dégager de marge de manœuvre suffisante pour peser dans la balance, ni rassurer suffisamment Israël sur sa capacité à faire respecter un hypothétique accord de paix.

L’absence du Hamas à la table des négociations — résultat du refus combiné des parties de se reconnaître mutuellement, et révélateur des politiques de conditionnalité du médiateur américain qui n’a jamais fait l’effort de l’intégrer dans le dialogue — est un non-sens absolu pour qui souhaite véritablement un accord de paix juste et inclusif entre les parties.

Cette absence est en partie responsable de la faiblesse du camp palestinien, ironiquement accusé par Israël de manquer de légitimité. Elle est également aggravée par l’incapacité des États-Unis à répondre à l’impératif minimum de neutralité requis par leur rôle de médiateur.

Sentant se profiler un énième échec des pourparlers qu’il ne peut plus se permettre, Mahmoud Abbas a donc décidé de faire usage de ce que l’on nomme en négociation son «BATNA», à savoir sa meilleure idée de rechange à une solution négociée.

Cette alternative possède deux aspects distincts. D’abord un aspect légal et communicationnel, avec une recherche de reconnaissance au niveau international par l’entremise d’une demande d’adhésion — redoutée par Israël —  à plusieurs organisations et protocoles internationaux ; ensuite, un aspect politique et stratégique, avec le renforcement du camp palestinien par une réconciliation interne.

Une porte de sortie inespérée pour Israël

Dans l’immédiat, l’accord sert cependant d’alibi parfait à Israël pour se dédouaner de sa responsabilité dans l’échec des négociations en cours, alors que les États-Unis eux-mêmes — cela est assez rare pour être souligné — ont publiquement blâmé, ces derniers jours, le manque de volonté de l’État hébreu à faire la paix.

Benjamin Netanyahu peut donc désormais reprendre à sa guise sa rhétorique préférée, qui consiste à accuser le camp palestinien de ne pas être un «partenaire pour la paix», dépourvu du «courage du compromis» et ayant «préféré la terreur à la paix».

Si ces propos constituent un summum d’hypocrisie politique et dupent de moins en moins d’observateurs, ils demeurent malheureusement toujours une stratégie de communication efficace dans l’effort israélien de diabolisation du camp palestinien et de maintien du statu quo.

Les États-Unis, plus prudents dans leur réaction, ont d’ores et déjà posé des conditions strictes à leurs relations avec ce futur gouvernement palestinien. Pour être considéré comme un interlocuteur acceptable, celui-ci devra faire preuve de son renoncement à la violence et de son adhésion aux précédents accords (notamment le très critiqué modèle d’Oslo), en plus de reconnaître l’existence de l’État d’Israël.

Il est encore trop tôt pour dire quelle direction prendra ce nouveau gouvernement, ni si les deux parties auront le courage politique d’aller au-delà de l’effet d’annonce et de mettre concrètement en place les mesures annoncées.

La route est encore longue avant une réconciliation effective. Elle l’est encore plus avant un accord de paix équitable — de plus en plus hypothétique à mesure que le nombre de colonies s’accroît sur les collines de Palestine.

Photo : Getty Images

Joan Deas
Membre de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Chaire @RDandurand @UQAM
Doctorante à Sciences Po Grenoble, financée par la région Rhône-Alpes
Suivez-la : @Joan_Deas

* * *

À propos de la Chaire Raoul-Dandurand

Créée en 1996 et située à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques compte plus de 30 chercheurs issus de pays et de disciplines divers et comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand.

Laisser un commentaire

Quand je lis un article qui critique Israel et le décrit 2 fois comme « état hébreu » mais 0 fois comme « état juif », je sais que l’article est dépourvu de toute objectivité et de toute empathie. Il y a tout de même des limites à ne pas même accepter la résolution 181 de l’ONU en 1947, qui divisait la Palestine occidentale en un « état juif » et un « état arabe », et non en un « état hébreu » et un « état arabe ».

La réconciliation palestinienne n’est NI indispensable NI nécessaire pour une paix juste et inclusive:

Ni indispensable: on peut très bien imaginer un état palestinien en Judée-Samarie et un autre à Gaza. On peut également imaginer une Jordanie agrandie, qui inclurait une partie de la Judée-Samarie et une Egypte agrandie, qui inclurait Gaza.

Ni nécessaire: la réconciliation présente entre l’autorité palestinienne et le terrorisme du Hamas ne conduit nullement à une paix juste et inclusive, mais nous en éloigne.

Que la chaire Raoul-Dandurant ne saisisse pas ces évidences démontre un activisme désolant de la part de cette chaire subventionnée par les deniers publics.

Il est honteux qu’un tel article provienne de la chaire Raoul-Dandurant et peu honorable que l’Actualité en face la publicité.