Reconstruction libérale : d’abord la cuisine

Le congrès biennal libéral démarre aujourd’hui, à Ottawa. Ce détour obligé est devenu un exercice essentiel pour un parti qui a craint pour sa vie le 2 mai dernier.

En fait, la rencontre arrive au bon moment, tout juste après un automne où les libéraux ont su tirer avantage du talent de leur chef intérimaire Bob Rae, des détours imprévus de l’actualité et de la malchance des autres, en particulier du décès du chef néo-démocrate Jack Layton dont l’absence se fait douloureusement sentir au NPD.

Le rôle de Bob Rae n’est pas à négliger, ce qui explique d’ailleurs les conjectures incessantes sur ses ambitions d’être chef officiel. Parlementaire habile, il est doté d’un flair indéniable. Il a utilisé ses atouts pour exploiter chaque ouverture laissée béante par le NPD.

Cela a fait en sorte qu’un parti que certains donnaient pour mort en mai a gardé une certaine vie, a réussi à être présent dans les médias en faisant preuve de pertinence au bon moment dans certains dossiers importants. Résultat, ce ne sont pas des libéraux complètement démoralisés qui se présentent à Ottawa.  Encore secoués par la raclée historique du 2 mai, oui, mais désireux d’abattre le travail nécessaire pour reprendre pied.

Le congrès ne servira pas tant à mesurer leur détermination qu’à voir s’ils ont tiré les leçons de dix dernières années de luttes intestines, de complaisance, d’arrogance, de désorganisation qui les ont menés au bord du précipice.

Les premiers signes semblent indiquer que oui. Une grosse part du congrès sera consacrée à l’organisation et à la formation des militants, mais aussi à la modernisation des structures désuètes d’un parti encore incapable de faire face aux machines politiques modernes et bien rôdées du NPD et du Parti conservateur. Cette dernière surtout, la plus riche et redoutable de toutes, qu’il s’agisse de solliciter des fonds, de recruter des membres ou de tenir ses adversaires sur le qui-vive.

Si les libéraux ne veulent pas se faire manger tout rond pour la énième fois en 2015, ils ne doivent pas que se choisir un chef solide, ils doivent aussi lui fournir une machine digne de ce nom.

Le travail de modernisation des structures et de l’organisation a commencé sous Paul Martin, mais on a dû procéder par étapes tant la résistance à certaines propositions étaient grandes. Le parti n’a toujours pas, par exemple, un fonds libéral national similaire au vieux Fonds PC Canada, dirigé par un directeur national, ce qu’on espère corriger en fin de semaine. Plusieurs propositions visent aussi à renforcer le rôle des membres qui ont le sentiment, depuis longtemps, de n’être que des pions.

Exsangue, le parti sait qu’il doit élargir sa base et raviver l’intérêt dans la population. Il espère donc innover en proposant la création d’une nouvelle catégorie de supporteur moins engageante que celle de membre, celle des partisans. Ils ne seront pas membres, mais seront tenus au fait des activités du parti et, surtout, pourront participer au choix des candidats et du chef.  Cette idée vient avec celle touchant le mode de sélection du chef. La direction du parti aimerait que membres et partisans ne votent pas tous le même jour, que le scrutin soit étalé sur plusieurs semaines. Elle suggère tout au plus six jours de scrutin, à dix jours ou plus d’intervalle, tenu dans plusieurs régions en même temps. Un peu à l’instar des primaires américaines.

Permettre à des partisans de voter et étaler le vote a ses avantages. Ça permet de créer un événement qui suscite l’intérêt du public en général et garde les projecteurs sur le parti des semaines durant, ce qu’une course menée entièrement à l’interne, comme le vit le NPD, arrive difficilement à faire.

Mais telle que formulée, la proposition de la direction du parti comporte quelques dangers que plusieurs libéraux n’ont pas manqué de souligner sur la Toile, où le projet est débattu. Le problème le plus flagrant : laisser au comité responsable du scrutin le soin de décider de l’ordre dans lequel les régions voteront.

Voilà la recette parfaite pour relancer les guerres de clans. Chaque aspirant candidat se démènera pour contrôler le dit comité afin d’imposer une séquence qui l’avantage. Après tout, si les premières régions à se prononcer sont celles où un candidat domine, celui-ci pourra créer l’impression qu’il a pris les devants. Plusieurs militants aimeraient que la séquence soit fixe et déterminée à l’avance. Le congrès en décidera.

Tout cela est de  la cuisine partisane, mais si le buffet est mal mis pour le futur chef en titre, ce dernier court le risque de traîner plusieurs des mêmes boulets qui ont lesté ses prédécesseurs et coûté si cher aux libéraux.

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pour renaitre de ces cendres ce parti aurait du bruler au complet mais il y a encore trop de squelettes et de revenants dans ce parti moribond

C est quand meme drole que c est
quelqu un qui a oeuvre la majeure partie de sa vie
dans le NPD qui detient
le poste interimaire de chef des Liberaux
et qui dirige la reconstruction.

Comment peut-on se transformer en Liberal
alors qu on est baigne de sang NPD ?

Et que penser de la récente acquisition de Mme St-Denis annoncée en grande pompe par ces deux loustics: Rae et Coderre. Une véritable transfusion d’adn.

Et la tuyauterie et l’électricité en premier…

Je cite brièvement le président dans son rapport remis aux membres hier : « Nonobstant la position financière améliorée dans laquelle le Parti se trouve aujourd’hui, sa capacité à concurrencer politiquement entre les élections au niveau national continue d’être paralysée par le fait que sa capacité de financement est éclipsée par celle de son adversaire principal. »

Ce qui a dramatiquement changé en effet c’est que la concurrence politique se fait surtout ENTRE les élections et que les moyens pour financer cette constante campagne ne sont plus celles de l’époque où les députés membres du PLC avaient une bonne chance de former le gouvernement.

Je vous reviens sur les tiers parti avec un exemple concret qu’un copain libéral me montrait hier : Ethical Oil.

SI ce parti veut se renouveler, il devrait commencer par amener du sang neuf, du vrai. Actuellement, je ne vois pas de relève au PLC. Et si vous me dites que Justin Trudeau fait partie de la relève : ouch, on a un gros problème ici!

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