Reconstruction libérale : le sentiment d’urgence des nouveaux venus

En juin dernier, quand la direction du Parti libéral du Canada a décidé que le congrès biennal aurait lieu en janvier 2012, bien des gens craignaient préparer un enterrement de première classe, avec faces longues à l’appui. Cela ne s’est pas confirmé. Les quelques 3100 délégués libéraux qui ont fait le voyage à Ottawa en fin de semaine sont étonnamment sereins et décidés à rebâtir leur parti.

Le plus frappant est le nombre de jeunes présents – environ le tiers des délégués ont 30 ans ou moins – et le nombre de membres de fraîche date. Dans une session de travail vendredi, la moitié de la salle a levé la main lorsque le président d’assemblée a demandé, par curiosité, combien de gens assistaient à leur premier congrès.

Certains étaient des partisans libéraux inactifs qui ont décidé de prendre du service, d’autres, de nouveaux venus au sein du parti. Plusieurs avaient même joint après la raclée du 2 mai dernier. Par sentiment d’urgence.

L’une d’entre elles, Laura Peddle, m’a raconté que les résultats de la dernière élection avaient été pour elle un «électrochoc». Elle qui n’avait jamais été membre d’un parti politique a pris sa carte de membre et s’est démenée pour être délégué au congrès. «Je ne l’ai pas fait avant parce que, comme beaucoup de gens, je ne pensais pas que cela pourrait changer quelque chose.» Et elle ne savait trop comment s’y prendre, mais elle ne pouvait plus «demeurer sur la touche».

Une ancienne enseignante avait commencé à militer pour le parti un peu avant les dernières élections, mais a senti qu’elle ne pouvait plus «rester écrasée sur [son] sofa» et devait faire davantage entre les élections pour assurer la survie d’un véhicule politique reflétant ses convictions. Elle a plongé pour devenir, après l’élection présidente de son association. En fait, 18 des 20 membres de son exécutif ont joint le parti au cours de la dernière année. Une autre déléguée, membre de longue date, a avoué avoir longtemps appartenu au club des libéraux complaisants qui regardaient les choses de loin, sans se mouiller. L’élection du printemps dernier l’a secouée.

Cette détermination ne sera pas de trop tant il y a de travail à abattre. Dans son rapport au congrès vendredi, le président sortant Alfred Apps a dressé un portrait d’une formation mal en point. Un aspect de son bilan était particulièrement révélateur. Ainsi, cinq associations ont vu leur certification retirée par Élections Canada après qu’elles aient été incapables de remettre à temps les rapports que la loi exige. Environ 80 autres sont considérées «dormantes ou inactives par le parti». Au total, 94 associations sur 308 ont 100 membres ou moins et moins de 31 % des associations se servent activement de la banque de données du parti pour rejoindre les membres. Difficile, dans ces conditions, d’élargir la base militante.

Ce qui envenime la situation au niveau des associations est le fait que dans certains cas, des vétérans tiennent à leur position de pouvoir et résistent à toute forme d’ouverture ou réforme. Leur attitude est de tenir les recrues à distance, de n’offrir aucune information sur les modalités d’adhésion. Plusieurs nouveaux membres, comme Mme Peddle, n’ont même jamais reçu un message de bienvenu de leur association locale et ont dû se tourner vers une autre circonscription pour être délégué. De nouveaux donateurs au Fonds de la victoire n’ont jamais eu droit à un simple courriel de remerciement.

Le chef intérimaire Bob Rae parle souvent d’unité à faire, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est plus tant la division entre les anciens clans Martin et Chrétien qui est ainsi visée que le fossé qui sépare encore une partie de la vieille garde et les partisans du changement et les nouveaux venus qui rêvent d’un parti plus accueillant et ouvert.

C’est cet enjeu qui est au cœur des débats autour de la constitution du parti et que les militants devront trancher plus tard aujourd’hui. De la cuisine partisane, comme je le disais dans le billet précédent, mais essentielle à la relance du PLC. À suivre.

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