Reconstruction libérale : vieux réflexes, innovations et incohérence

L’adoption des politiques futures du Parti libéral du Canada n’était pas la priorité du congrès de ce weekend. Trop d’eau va couler sous les ponts d’ici la prochaine élection générale, m’a expliqué un organisateur. Le parti devra se choisir un chef et tenir un autre congrès biennal d’ici là. Et bien des choses peuvent changer au pays entre temps.

Vendredi et samedi, les délégués ont donc débattu de toutes sortes de sujets, mais sans prendre de décision. On explorait et, surtout, on se rassurait en constatant que les idées longtemps défendues par ce parti ralliaient toujours les troupes, qu’on n’était pas seul à y croire.

Bien sûr, il ne peut y avoir un congrès politique sans quelques résolutions soumises à l’avance et devant faire l’objet d’un vote. On y a donc eu droit, mais on leur avait réservé une portion congrue du congrès, une plénière bien matinale ce dimanche. Le gros du menu était prévisible, de la tarte aux pommes typiquement libérale adoptée sans débats et qui confirme que ce parti n’a pas perdu ses réflexes. À chaque problème ou presque, son programme national.

Trois résolutions ont toutefois réussi à mettre du piquant dans la soupe. Il y avait celles promues par les jeunes libéraux sur l’abandon de la monarchie (défaite) et la légalisation, et non seulement la décriminalisation, de la marijuana, qui a été approuvée par 77 % des délégués. Une autre, défendue par les libéraux de la Saskatchewan, portait sur l’adoption d’un mode de scrutin préférentiel pour élire les députés. Fait très intéressant, elle a obtenu l’appui de 73 % des délégués présents.

Cette résolution se lit comme suit :

ATTENDU QUE l’on reconnait qu’un système uninominal majoritaire à un tour ne reflète pas adéquatement la volonté de la population dans un pays à régime multipartiste;

ATTENDU QUE le système en place ne donne pas lieu à des victoires électorales claires (les candidats l’emportent rarement avec plus de 50 % des voix);

ATTENDU QUE le Parti libéral du Canada utilise déjà un mode de scrutin préférentiel pour choisir son chef et ses candidats dans les diverses circonscriptions au pays;

IL EST RÉSOLU QUE le Parti libéral du Canada instaure un mode de scrutin préférentiel pour toutes les élections nationales à venir.

L’idée est attrayante, bien qu’on soit encore loin d’un vrai mode de scrutin permettant une représentation fidèle de la volonté populaire. Le vote préférentiel corrige toutefois un problème, celui de voir des députés élus sans avoir l’appui d’au moins la moitié des électeurs de leur circonscription. Avec un vote préférentiel, les électeurs pourraient indiquer sur le bulletin l’ordre dans lequel ils appuient les candidats. Si aucun de ces derniers n’obtient plus de 50 % des voix, celui arrivé dernier est écarté et le second choix de ses supporteurs est pris en considération et on procède ainsi jusqu’à ce qu’un candidat réunisse plus de 50 % des voix.

Bien des libéraux auraient aimé aller plus loin et se prononcer sur un mode de scrutin proportionnel, mais plusieurs ont vu ce vote préférentiel comme un premier pas intéressant. Le plus ironique, cependant, est que ce parti qui veut voir le choix des députés refléter la volonté de la population est le même qui applaudit l’arrivée dans ses rangs de la transfuge Lise Saint-Denis, élue sous la bannière néo-démocrate il y a seulement huit mois. Qu’en est-il de la volonté de ses électeurs à elle?

(À cet égard, c’est le NPD qui a raison d’exiger que les députés qui veulent changer de parti siègent comme indépendant jusqu’à la prochaine élection générale ou démissionnent pour se présenter à nouveau devant l’électorat qui prendra la décision finale. Simple question de respect.)

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Je ne voit pas où se trouve la prétention que le parti a choisis les vieux réflexes comme solution aux problèmes que connait le parti actuellement. au contraire, je considère que le parti a choisi le bonne route afin de gagner les prochaines élections. Harper et sa politique de droite n’est certe pas la solution, il est en train de changer le Canada en un pays guerrier qui se fout de l’environnement. Tous les pauvres du Canada vont y goûter car ,pour Harper, tous les programmes sociaux sont des CANCERS quil faut éliminer à tout prix. Étant pauvre, je ne peux me convaincre de voter pour un tel gouvernement.

L’instauration d’un système de vote préférentiel ne nécessiterait pas de modification constitutionnelle alors que la mise en place d’un mode de scrutin proportionnel requiert impérativement un amendement à la constitution.

Une différence de taille et un défi insurmontable!

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