Référendum écossais : petits complots entre amis

Depuis des mois, un discret ballet diplomatique se joue entre Ottawa, Londres, Québec et Édimbourg… Les stratégies tirées du manuel canadien sauveront-elles le Royaume-Uni ou feront-elles naître un nouveau pays ? La tension monte dans l’attente du vote du 18 septembre.

Illustration: Sébastien Thibault
Illustration: Sébastien Thibault

Lorsque l’Écossais Alistair Carmichael débarque au Canada, fin avril 2014, il est investi d’une mission secrète dont l’objectif n’est rien de moins que de contribuer à sauver le Royaume-Uni.

Officiellement, le secrétaire d’État pour l’Écosse du gouvernement britannique vient nouer des contacts dans les milieux des affaires de Montréal, Ottawa et Toronto, et souligner le passage au Canada de la flamme des Jeux du Commonwealth. Son horaire ne mentionne toutefois pas les rencontres discrètes qu’il aura pour discuter tactiques et stratégies avec les fédéralistes québécois qui ont combattu dans les tranchées référendaires en 1980 et 1995. À l’approche du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, le 18 septembre, Londres ne souhaite pas ébruiter les manœuvres en coulisses de son état-major.

Alistair Carmichael, 54 ans, visage rond et cheveux grisonnants, a alors multiplié les rendez-vous avec l’ancien premier ministre canadien Jean Chrétien, le député libéral fédéral Stéphane Dion, le chef de cabinet de l’ex-premier ministre Daniel Johnson, John Parisella, et le ministre conservateur des Affaires intergouvernementales, Denis Lebel.

« Ils veulent savoir ce qu’on a vécu ici, comment on l’a emporté et quels arguments on a utilisés. Quoi faire et ne pas faire », raconte John Parisella, qui a dirigé le comité de liaison entre les politiciens provinciaux et fédéraux dans le camp du Non en 1995.

La visite d’Alistair Carmichael, en avril, est loin d’être unique.

Depuis la victoire majoritaire des nationalistes du Scottish National Party (SNP) au Parlement d’Édimbourg, en mai 2011, et l’annonce de leur volonté de tenir un référendum sur la séparation de l’Écosse du Royaume-Uni, le ballet diplomatique est incessant dans le quadrilatère Québec-Ottawa-Londres-Édimbourg. Tactiques, arguments, stratégies, réflexions post-référendum… Les nationalistes écossais consultent les souverainistes québécois, les unionistes s’informent auprès des fédéralistes canadiens, tous avec le même espoir : dénicher l’idée qui leur permettra de l’emporter.

Le SNP n’a pas perdu de temps. À la mi-août 2011, à peine trois mois après la victoire électorale du parti, une délégation de souverainistes écossais atterrissait à Montréal pour rencontrer des ténors du camp du Oui québécois de 1995.

Professeur de droit international et constitutionnel à l’Université de Montréal, Daniel Turp a participé à ces rencontres. Depuis plusieurs années, il est au cœur des échanges entre les souverainistes écossais et québécois. Il s’est également rendu en Écosse pour conseiller les stratèges du premier ministre et chef charismatique du SNP, Alex Salmond.

« Ils veulent comprendre notre expérience ; il n’y a pas eu beaucoup de référendums sur l’indépendance dans les pays occidentaux depuis 20 ans », dit Daniel Turp, qui était à la tête de la commission politique du Bloc québécois en 1995 et qui a assuré le lien entre le Bloc, le PQ et l’ADQ lors du référendum. Il refuse de dévoiler les noms des personnes présentes à ces rencontres. « Ce sont des gens haut placés, je dois respecter leur volonté de confidentialité. »

Au fil des échanges, les nationalistes écossais ont retenu plusieurs leçons des souverainistes québécois, la première étant la durée de la campagne référendaire. Plus elle est longue, plus il est facile d’expliquer un bouleversement politique aussi complexe, affirme Jonathan Mackie, porte-parole de la campagne « Yes Scotland », joint à Édimbourg entre deux rassemblements militants. « Les gens sont moins bousculés. Ils ont le temps de comprendre les chiffres, de digérer les arguments. Nos recherches montrent que plus ils sont informés, plus ils ont tendance à voter oui. »

Le SNP a dévoilé son livre blanc sur la souveraineté en novembre 2013, 10 mois avant le scrutin référendaire. Une brique de 670 pages qui explique dans les moindres détails ce que souhaite négocier et accomplir le gouvernement écossais au lendemain de la victoire du Oui, de la monnaie jusqu’au maintien de la monarchie en passant par les traités internationaux. Un long passage est même consacré à la BBC, à laquelle les Écossais sont très attachés, afin de rassurer ceux qui craignent de perdre leurs émissions favorites !

Ce degré de précision aide à promouvoir l’option, et les souverainistes québécois devraient s’en inspirer, affirme Alexandre Cloutier, député péquiste et ancien ministre délégué à la Gouvernance souverainiste, qui a fait plusieurs voyages à Londres et à Édimbourg depuis 2011 pour rencontrer des ministres du SNP et des stratèges souverainistes. « Le contexte référendaire de l’Écosse et celui du Québec sont différents. Leur projet de pays est clair. On a beaucoup à apprendre d’eux », dit-il.

Autre stratégie partagée : mener une campagne positive, à l’image du référendum de 1995 au Québec, avec les pancartes colorées du Oui. « C’est plus facile de mobiliser les gens. Ils sont plus enclins à participer », dit Jonathan Mackie. C’est l’une des raisons pour lesquelles la lutte s’est resserrée, estime-t-il. Le camp du Non a vu son avance de près de 25 points fondre graduellement en un an. Au début août, les unionistes étaient encore en tête, mais par une marge d’environ 10 points, alors que 20 % des Écossais sont encore indécis.

Daniel Turp a toutefois prévenu les souverainistes écossais du risque de se concentrer uniquement sur leur propre campagne, sans tenter de contrer celle de l’adversaire. Être positif ne suffit pas. « À mesure que la lutte se resserre, la campagne devient plus difficile, plus sale. Il faut prévoir ce que l’autre camp fera, voir venir les coups fourrés ! » dit-il en citant le grand rassemblement du Non à Montréal en 1995, le fameux love-in qui avait vu des milliers de Canadiens anglais venir montrer leur attachement au Québec à quelques jours du scrutin.

Une tactique qui ne risque pas d’être reprise, si on se fie aux fédéralistes québécois, qui ont vivement déconseillé au camp du Non d’outre-mer d’en faire autant ! « Les Canadiens anglais pensent que ce rassemblement a permis de gagner le référendum, alors qu’on a bien vu dans nos sondages internes qu’on a failli le perdre à cause de ça ! » explique une source politique québécoise active au référendum de 1995 et qui a demandé à garder l’anonymat. « Les Québécois ont eu l’impression qu’on leur disait comment voter. Ils n’ont pas aimé. Surtout dans l’électorat féminin. »

Message entendu à Londres. « Ça ne se produira pas ici », dit une source diplomatique du camp du Non contactée par L’actualité. Les Écossais auraient la même impression d’intrusion.

De plus, les Anglais ne voient pas le départ possible de l’Écosse comme une tragédie, contrairement aux fédéralistes canadiens en 1995. Cette région représente seulement 8 % de la population de la Grande-Bretagne (contre 25 % pour le Québec à l’époque) et elle ne coupe pas géographiquement le pays en deux. « Le symbole serait fort, on tente vraiment de gagner. Après tout, le bleu sur le drapeau du Royaume-Uni, c’est en référence à l’Écosse ! Mais je ne vois pas comment nous pourrions mobiliser les Anglais à se rendre massivement dans un love-in », explique cette même source.

Le plus important conseil que les fédéralistes québécois — traumatisés par les longues questions ambiguës de 1980 et 1995 — ont donné aux unionistes concerne le libellé de la question, qui devait être le plus directe possible. Chose faite, les deux camps s’étant entendus pour que la question posée le 18 septembre fasse à peine six mots (en anglais): « L’Écosse devrait-elle devenir un pays indépendant ? »

Une question claire qui enchante le député et ancien ministre libéral Stéphane Dion, qui a rencontré à plusieurs reprises depuis deux ans les élus britanniques et écossais. Il a conseillé au camp du Non d’être le plus franc possible avec les électeurs.

« Dire la vérité, ce n’est pas mener une campagne de peur, dit-il en entrevue à son bureau d’Ottawa. Les leaders indépendantistes québécois ont eu tendance à faire des promesses irréalistes afin de convaincre les électeurs de voter oui. Ils ont laissé croire que les Québécois pourraient obtenir des sièges dans une panoplie d’institutions. » Il cite les accords de libre-échange ou un siège à la Banque du Canada. « Il faut dénoncer de telles chimères et expliquer à la population que la sécession est une rupture. »

Depuis six mois, le camp du Non en Écosse a appliqué cette stratégie : incertitude sur la monnaie commune, exclusion de l’Union européenne, départ possible des chantiers navals militaires créateurs d’emplois, renégociation de certains traités internationaux, etc. Comme à Montréal lors des référendums, les patrons des grandes entreprises sont invités à prendre position contre la séparation au nom du dynamisme économique. Au point que les médias ont révélé qu’elle était surnommée « campaign of fear » (campagne de peur) à l’interne.

Les unionistes tentent maintenant de recentrer leurs actions. « On doit aussi envoyer un message plus positif », reconnaît le ministre Alistair Carmichael dans un échange de courriels avec L’actualité. Le slogan de la campagne du Non, « Better Together » (mieux ensemble), avait d’ailleurs été choisi pour lancer un signal rassembleur.

Dans les dernières semaines, le camp du Non écossais s’est inspiré d’un discours de Pierre Elliott Trudeau à Montréal lors du référendum de 1980, où une banderole portant l’inscription « Non merci » flottait derrière le premier ministre canadien. Un message direct que la formule de politesse « merci » permet d’adoucir. Une version reprise par les politiciens unionistes et qui semble plaire davantage aux Écossais. « Nous croyons que nous avons le meilleur des deux mondes, dit Alistair Carmichael. Un Parlement écossais fort qui a l’autorité sur l’éducation, la santé et les transports, mais dans une économie britannique plus vaste qui peut mieux absorber les chocs. »

« La ligne est mince entre une campagne négative et une campagne fondée sur la vérité. Il ne faut pas laisser penser que le projet souverainiste n’est pas légitime », affirme John Parisella, qui a conseillé à ses interlocuteurs britanniques de changer de ton. « Il faut que le Non devienne un Oui à quelque chose. »

Depuis quelques semaines, les politiciens du camp du Non insistent davantage sur la proposition « dévo max » — pour « dévolution maximum de pouvoirs » —, qui verrait Londres céder plus de terrain politique au Parlement d’Édimbourg au lendemain du référendum en cas de victoire du Non. Une vision autonomiste très populaire chez les Écossais. « Si “dévo max” avait été sur les bulletins de vote, le raz-de-marée aurait été total », affirme une source britannique.

La bataille référendaire est d’ailleurs largement dominée par le partage des pouvoirs politiques, ainsi que par l’économie, notamment la mainmise sur les ressources naturelles et le pétrole. Les nationalistes du SNP jouent très peu la carte identitaire, même si le sentiment d’appartenance à l’Écosse est fort. La langue n’est pas un facteur déterminant. Le camp du Oui redoute d’être associé à du nationalisme ethnique et préfère les arguments rationnels. « L’histoire est importante, mais nous voyons notre mouvement avant tout comme un moyen de prendre nos propres décisions plutôt que de subir les choix politiques des autres », dit Jonathan Mackie.

C’est l’une des difficultés du camp du Non. Le chef de la campagne « Better Together » en Écosse, le travailliste Alistair Darling, est un politicien local plutôt terne, et le premier ministre britannique, David Cameron, n’est pas très populaire. Son parti conservateur n’a fait élire qu’un député sur 59 en Écosse, largement dominée par les travaillistes de centre gauche. Ce qui a donné naissance à une blague : il y a plus de pandas en Écosse que de conservateurs. Le zoo de la capitale en héberge deux…

« L’Écosse se perçoit comme une région sociale-démocrate qui veut faire des choix différents d’une Angleterre plus conservatrice », dit Jonathan Mackie.

Une ressemblance avec le Québec dans le Canada, et pourtant, les souverainistes écossais ne citent jamais cet exemple. Au contraire, en privé, les nationalistes aiment dire qu’ils s’inspirent du Canada par rapport à la Grande-Bretagne : s’émanciper de la mère patrie, tout en restant dans le Commonwealth.

Les politiciens écossais ne s’affichent pas avec des souverainistes du Québec pour une autre raison, selon Daniel Turp. « Nous avons perdu deux référendums. On peut les comprendre de ne pas vouloir nous donner en exemple. »

La visite à Édimbourg de la première ministre Pauline Marois, en janvier 2013, illustre cela à merveille. Sa rencontre discrète avec le premier ministre, Alex Salmond, n’a pas débouché sur une conférence de presse commune.

Un autre facteur entre dans l’équation : les Écossais du Canada. Cette diaspora compte quatre millions de personnes, largement favorables à l’indépendance de l’Écosse, mais défavorables à celle du Québec. « Alex Salmond ne veut pas les froisser en s’affichant avec les souverainistes du Québec. Il aura besoin d’eux pour faire pression sur le Canada afin que le pays de l’Écosse soit reconnu en cas de référendum gagnant », explique une source diplomatique britannique.

Les camps fédéraliste et souverainiste du Québec ont d’ailleurs donné un conseil identique à leurs alliés d’outre-mer : préparer l’après-référendum, peu importe le résultat.

Les unionistes devraient éviter le statu quo politique et proposer des changements dans la relation entre Londres et Édimbourg, afin d’éviter la menace constante d’un autre référendum — ce que certains ont baptisé « neverendum » (référendum sans fin) —, ont suggéré les fédéralistes. Les souverainistes québécois, outrés par des manœuvres comme le rapatriement de la Constitution, en 1982, et la loi sur la clarté référendaire, en 2000, ont plutôt formulé une mise en garde à leurs amis écossais : si le Non l’emporte, ne pas se faire écraser par les changements politiques qui vont suivre et laisser la porte ouverte à un match revanche.

À la lumière des résultats électoraux du 7 avril dernier au Québec, le message du camp souverainiste à l’endroit des nationalistes écossais s’est fait plus clair et plus pressant : « Gagnez dès maintenant, car vous ne savez pas si, ni quand, l’occasion se représentera. »

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Toujours intéressant de voir le Canada Anglais accepter la nationalisation de l’Écosse, de l’Irlande et des Catalans mais accuser le Québec de fascisme pour vouloir se gérer lui-même.

Si le non gagne, ce qui est probable selon tous les pronostics, Londres devra consentir à transférer plus de pouvoirs au parlement d’Édimbourg, tôt plutôt que tard. Présentement, le Québec dispose d’un plus grand nombre de pouvoirs que l’Écosse. Il y a donc de la place à la « dévolution ».

Fort intéressant. Entre autres cela nous éclaire grandement sur les magouilles et le double langage du clan fédéraliste lors de nos référendums.

1-« Une question claire qui enchante le député et ancien ministre libéral Stéphane Dion, qui a rencontré à plusieurs reprises depuis deux ans les élus britanniques et écossais. Il a conseillé au camp du Non d’être le plus franc possible avec les électeurs. » … » Dire la vérité, ce n’est pas mener une campagne de peur… »
2-« « La ligne est mince entre une campagne négative et une campagne fondée sur la vérité. Il ne faut pas laisser penser que le projet souverainiste n’est pas légitime », affirme John Parisella, qui a conseillé à ses interlocuteurs britanniques de changer de ton. « Il faut que le Non devienne un Oui à quelque chose. »

Dire la vérité, être honnête, faire en sorte que le Non devienne un oui ????????????????????????????????????????????

Comment être claire et son contraire?
Comment dire la vérité et son contraire?
Comment dire ni oui, ni non, ou ni non, ni oui, mais tout en même temps, en autant que l’on gagne, n’est-ce pas ça l’important?

Gagne de….l’ultime insulte: gagne de politiciens!
Ça résume et comprend tout…et son contraire.
Parisella est allez à la bonne école, le maître en la matière: Robert Bourassa!
Chrétien, eh bien, la main sur la bible, il vous jurera en bon catholique, tout ce qu’il avance. Les mafieux aussi!

Dommage que l’Écosse ait refusé net de recevoir officiellement votre Pauline non?

Elle aurait pu les faire profiter de ses précieux conseils en matière d’indépendance…

Très bon texte, bien documenté, bien rédigé et très équilibré.

Je connais assez bien l’Écosse et les archipels nordiques avoisinants (Orkney et Shetland), je dois dire que j’ai vraiment apprécié ces séjours. J’ai même failli immigrer dans les iles Shetland, car les gens du coin (Ile de Bressay) m’avaient adopté.

Les paysages écossais sont vraiment superbes, la lumière polaire à certains endroits est élégiaque tout en renforçant les contrastes, leurs whisky pur malt sont vraiment excellents et j’ai visité bien des gens attachants. Je ne sais pas quel sera l’avenir de ce coin de pays au lendemain du 18 septembre. Je leur souhaite de tout cœur la meilleure des chances quelque soit le résultat du référendum.

Longue et belle vie à l’Écosse et aux écossaises et aux écossais.

Le « flop » québécois n’en finit plus d’agoniser à Ottawa (mais ses goinfres de députés s’assurent de bien profiter de tous les privilèges que leur confère notre appartenance au Canada qu’ils veulent détruite!), le Parti québécois qui rasent les bas-fonds dans les sondages et l’Écosse qui s’apprête à dire NON à l’indépendance malgré les bons conseils de Drainville qui est récemment passé chez-eux…

Bref, le futur des indépendantistes est déjà DERRIÈRE eux.

La cerise? La cote du Québec est maintenue grâce aux Libéraux fédéralistes qui ont le courage, EUX, de s’attaquer aux vraies affaires, ET surtout grâce au fait que le Parti québécois est loin derrière dans les sondages.

Les rocheuses, le roc qui nous aime tant, le plus beau pays du monde, quoi demander de plus pour être heureux?
Vous m’avez convaincu François 1.
Tant mieux si le PQ et surtout cette option que vous dénoncez avec autant de vigueur et de savoir faire disparaissent.
Une fois pour toutes on en sera débarrassé!

Vous qui êtes un érudit réputé, pourriez-vous me dire si les écossais portent des sous-vêtements en dessous de leur kilts?
Par dessus, ça je connais la réponse!

Toujours très intéressant de vous suivre.
Continuez votre beau travail.

J’étais en Écosse au mois de mai ,les partisans du OUI semblent plutôt être des gens de villages que des grandes villes ,comme Glasgow où j’ai passé quelques jours avant de me diriger vers Stranraier et Cairnryan ,villages côtiers pour y prendre le traversier pour l’Irlande .

Il est saisissant de lire que la diaspora Écossaise établie au Canada est d’une part favorable à l’idée d’indépendance pour la terre d’origine; mais; désapprouve d’autre part, pareille émancipation de la part du Québec. Comme quoi la volonté d’émancipation des uns est admise et acceptée mais celle des autres est rejetée en bloc; plombant au passage la règle de réciprocité.

Dommage, qu’il semble parfois que l’identité Canadienne se définisse par un rejet systématique et systémique des aspirations d’indépendance du Québec. Comme si l’on était jamais autant canadien que lorsqu’on rejette les aspirations de la nation québécoise à l’indépendance… Curieusement, à mes yeux, et au nom d’un minimum d’honnêteté intellectuelle et en phase avec la règle de réciprocité: le nationalisme canadien, auquel on réfère sous le nom de fédéralisme et le nationalisme québécois, auquel on associe le projet d’indépendance, sont des options qui se valent tout autant l’une que l’autre.

Il serait urgent et salutaire pour les deux camps de faire ressortir véritablement ce qui différencie les deux projets, tout autant que ce qu’il souhaite mettre en place.

Enfin, le résultat du référendum de 1995, le rejet de Meech et le rapatriement de 1982; réunissent toutes les conditions objectives favorables à une révision des rapports entre la province de Québec et le Canada. Au final, l’initiative de référendums sans fin ou de « Neverendum » est entre les mains du gouvernement fédéral. Il leur revient de démontrer leur volonté de conserver intact l’ensemble confédéral actuel et s’il advient que cette volonté ne s’exprimait pas, comme c’est actuellement le cas, ce sera au Québec de choisir entre le statut-quo actuel ou une réelle émancipation.

Au delà du blâme, au delà du « c’est la faute à un tel », la volonté d’émancipation du Québec ne didparaîtra pas du jour au lendemain, comme semble le suggèrer l’attentisme et l’inertie des gouvernements fédéraux qui se sont succédés à Ottawa depuis 1995, aussi serait-il sage de négocier… sans quoi arrivera ce qui doit arriver…

Si le Québec s’est dit non par deux fois, un triste précédent, il n’en demeure pas moins que l’idée d’indépendance habite, bon an mal an, environ 40% de la population de l’actuelle province. Un tel pourcentage, fluctuant certes, suggère bien une volonté de revoir le statut du Québec et sa place dans l’ensemble confédéral, tout le reste est affaire de vision – selon celle à laquelle nous adhérons – et de volonté essentiellement.

Le tout étant de savoir si nous aspirons à plus ou moins, qu’au confort et à l’indifférence.

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