Réflexions prébudgétaires

Depuis des mois, le Parti québécois a clairement fait le choix de se battre sur son aile droite. La tendance se maintiendra-t-elle avec le budget ? demande le blogueur Jérôme Lussier.

Photo: Jacques Boissinot/La presse canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La presse canadienne

Le gouvernement Marois déposera son budget ce jeudi. Sans les crédits budgétaires, toutefois. «C’est habile comme stratégie, mais pour la transparence, il faudra repasser», écrivait Gilbert Lavoie.

Au cours des dernières semaines, on s’est d’abord demandé si le Parti québécois (PQ) déposerait un budget. On a cru un instant que les élections viendraient avant. Maintenant qu’on sait qu’il y aura un budget, on se demande ce qu’il contiendra.

Depuis l’ouverture de la présente fenêtre électorale, le gouvernement cherche sans doute à éviter que la prochaine élection se joue principalement sur le terrain de l’économie et des finances publiques, des thèmes historiquement défavorables au PQ. Pour les troupes de Pauline Marois, il serait plus avantageux de passer les prochaines semaines à débattre (encore) de la Charte des valeurs, qui semble avoir été politiquement rentable pour le PQ.

Stratégiquement, il s’agissait donc de déterminer — entre le dépôt d’un budget ou l’absence de budget — ce qui était le plus susceptible d’évacuer les enjeux économiques de la campagne électorale qui sera vraisemblablement déclenchée dans deux semaines.

Sans budget, les partis d’opposition et plusieurs commentateurs n’auraient pas manqué d’accuser le gouvernement de cacher son jeu et de préparer des mauvaises surprises. Le reproche aurait été inlassablement (et légitimement) répété, et il aurait pu devenir le principal cheval de bataille de la campagne. Le PQ risquait ainsi de passer un mois sur la défensive, cherchant à justifier son omission, et incapable de changer de sujet pour revenir à ses thèmes de prédilection.

En déposant un budget, par contre, le gouvernement fait lui-même le choix de placer la question de l’économie et des finances publiques au cœur de l’actualité — et ce, quelques semaines avant le déclenchement probable des élections.

Les médias et les partis d’opposition parleront abondamment du budget pendant les prochains jours. Puis la nouvelle refroidira inévitablement, juste à temps pour une campagne électorale pendant laquelle — mis à part la question (pertinente) des crédits budgétaires — on pourra moins facilement reprocher au PQ de dissimuler ses intentions.

Le Parti libéral (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) martèleront le thème de l’économie et des finances publiques tout au long de la campagne, mais sans omission à défendre, le PQ pourra plus facilement changer de sujet.

Que trouvera-t-on dans ce budget ?

Personne ne le sait, évidemment. Nicolas Marceau s’est borné à indiquer cette semaine que son budget serait «responsable» et qu’il ne contiendrait pas de hausses de taxes ou d’impôts, une promesse cohérente avec ses commentaires récents voulant que le Québec soit «peut-être allé trop loin» sur le plan de la fiscalité.

Au-delà de ces vagues indications, à quoi peut-on s’attendre ?

À la veille d’une campagne électorale, le Parti québécois pourrait être tenté de déposer un budget qui évite le plus possible les redressements douloureux, tout en balayant les problèmes économiques du Québec sous le tapis.

Le retour réaliste à l’équilibre budgétaire serait remis aux calendes grecques. Ce serait un budget anti-austérité, destiné à plaire aux alliés syndicaux et à l’aile gauche du PQ.

À l’inverse, le PQ pourrait opter pour un budget «lucide», qui annonce des réformes structurelles et des compressions importantes dans les dépenses publiques. Ce budget plairait à l’aile conservatrice du PQ et aux agences de notation, en plus de couper l’herbe sous le pied de la CAQ et du PLQ.

Si l’on en croit un sondage de 2012, ce serait aussi le budget favorisé par une majorité de Québécois, dont 83 % jugeaient les taxes et les impôts trop élevés, et 59 % souhaitaient une réduction des dépenses publiques.

Selon toute vraisemblance, le budget sera lucide.

Déjà, grâce à sa Charte des valeurs, le PQ s’est considérablement éloigné de Québec solidaire, pour qui ces mesures identitaires répressives constituent «la caricature d’un nationalisme fermé et frileux que l’on croyait disparu depuis l’ère Duplessis».

Les compressions dans l’aide sociale du printemps dernier, bien que déjà lointaines, ont profondément choqué une partie de la gauche québécoise, alors même qu’elles étaient applaudies à droite. Les dernières semaines de la commission Charbonneau ont rendu les syndicats — la FTQ en particulier — plus infréquentables que jamais. Et la décision récente (et apparemment populaire) d’engager le Québec dans l’exploration pétrolière à Anticosti a aliéné les environnementalistes et réjoui le Conseil du patronat.

Depuis des mois, maintenant, le PQ a clairement fait le choix de se battre sur son aile droite. Tout indique que le prochain budget ne renversera pas la tendance.

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Vous oubliez une chose importante, un gouvernement majoritaire qui peut donner les coudées franches dans les réformes comme il les entrevoit et les ferait s’il n’avait pas à faire les compromis que lui imposent les oppositions lorsque minoritaire, peut moduler les crédits de façon bien différente. C’est probablement ce qui motive le PQ à présenter demain une révision du budget sans donner tous les détails sur les crédits, confiant qu’il doit être de sortir majoritaire aux prochaines élections.

La CAQ a de bonnes idées de rationalisation des dépenses par exemple en revoyant complètement le système actuel de crédits d’impôts aux entreprises pour R&D qui sont reconnus comme ne donnant pas les résultats attendus, une bonne mesure que le PQ pourrait adopter, pourquoi pas ?

Du côté économie le PLQ n’a absolument rien à proposer autre que de revenir au plan qu’il suivait avant sa défaite et bien sûr son chef et ceux qui le suivent répètent à ceux qui veulent l’entendre que toute mesure qui diffère de ce qu’ils feraient eux est inapproprié et improvisation ! Rien en économie, rien sur autre chose, ça va pas bien !

Ah non!!!

Le P.Q. qui « flashe » à gauche et qui tourne à « drette »???

Y croyez-vous???

Vous devriez en être heureux de ce petit virage, mais je doute fortement , pour le plus grand bien du Québec, que le PQ vous rejoigne à l’extrême droite qui vous est si cher à vous et vos semblables tels Éric Duhaime et Johanne Marcotte qui ne cessent de vomir leur venin sur tout ce qui est québécois.

Le gouvernement n’a pas d’autre choix que de demander aux citoyens de se serrer la ceinture. Il annoncera donc des mesures de redressement, mais sans spécifier lesquelles, afin de ne pas mécontenter les électeurs. Les surprises viendront plus tard. En attendant, il faudra continuer de faire des promesses bien « ciblées », surtout en région et dans le 450. C’est ainsi que l’on peut s’afficher comme le parti de la « transparence »!

Oui un budget responsable. Responsable d’un déficit de 2,5 milliard, responsable du retour à l’équilibre budgétaire à la semaine des quatre jeudis, responsable d’entretenir notre pauvreté collective…

S’il doit apparoir que ce budget soit à saveur électorale, l’objectif recherché c’est de convaincre le citoyen, bref « nous » le bon peuple que le gouvernement a les choses bien en mains et qu’il est prêt à aller de l’avant. Ainsi, ce budget ne peut être que « responsable », tenir compte de la capacité de payer des citoyens (hormis les hausses de tarif annoncées pour Hydro-Québec) et toute la subtilité (à observer) sera de ménager les ailes tant à gauche qu’à droite.

Hormis le fait qu’après une élection victorieuse et majoritaire, le budget peut toujours être révisé, c’est le budget suivant qui nous en dira certainement plus sur de possibles augmentations des prélèvements (par exemple les garderies à 7 dollars), tout comme une certaine réingénierie à fin de produire des économies d’échelle destinées à réduire la taille de l’État québécois.

Quoiqu’il en soit, le gros point d’interrogation pour l’avenir, c’est l’accroissement des recettes du Trésor public. Comment accroitre ses revenus tout en reportant et/ou en réduisant ses investissements ?

En tout état, l’avenir est rose pour le Québec. Avec notre très prochain referendum gagnant qui nous donnera l’indépendance nationale, le pétrole qui coulera bientôt à flot grâce à la fracturation notamment, ce qui fera de nous le Qatar de l’Amérique du nord (rien de moins), la légalisation de la marijuana avec la promotion du tourisme gai et planant, sans compter l’excellent ciment de Port Daniel pour bétonner et coffrer le tout….

… Nous n’avons strictement aucun souci à nous faire. D’ici 20 ans nous serons collectivement rendus assez riches pour nous payer les Amériques toutes entières 🙂

Je pense qu’on va avoir droit à du gros n’importe quoi. Des nouvelles dépenses et des nouveaux programmes les jours pairs, et des coupures les jours impairs, le tout agrémenté d’un bouquet de nouvelles taxes.

« Réflexion », « Marois » et « Parti québécois » dans un même article?

Eh ben…

Vous avez tout de même bien résumé ici la déchéance de ce parti dont le fondateur même, René Lévesque serait honteux.

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