Réfugiés : le projet de loi C-31 et les Roms

C’est la gorge nouée et la voix parfois brisée que Gina Csanyi-Robah, directrice du Centre communautaire rom de Toronto, a témoigné jeudi devant le comité parlementaire de l’immigration qui étudie depuis une semaine, et de façon intensive, le projet de loi C-31. Gina Csanyi-Robah a peur. Pour les Roms qui attendent, au Canada, qu’on réponde à leur demande d’asile. Elle craint aussi pour ceux qui rêvent de se réfugier au Canada pour fuir la discrimination systémique et le harcèlement souvent violent des groupes néo-fascistes, en Hongrie et dans d’autres pays européens.

Ce projet de loi modifie en profondeur le système de détermination du statut de réfugié et son impact sur les Roms attire particulièrement l’attention parce que le ministre de la Citoyenneté et de l’immigration, Jason Kenney, a souvent offert leur cas en exemple pour justifier de serrer la vis aux demandeurs d’asile venant de pays considérés démocratiques.

Après qu’il ait publiquement dit que la majorité de leur demande était sans fondement, le taux d’acceptation des demandes d’asile des Roms a chuté et nombre d’entre eux ont abandonné leurs démarches. Depuis, le ministre se sert de ces abandons comme preuve du manque de légitimité de leurs demandes. Il a cessé depuis peu de viser nommément les Roms, mais il continue à parler de demandes frauduleuses de la part de ressortissants européens, de gens qui veulent seulement profiter de l’aide sociale ou qui viennent joindre des organisations criminelles.

Gina Csanyi-Robah ne peut croire que ces stéréotypes qui servent à diaboliser les Roms dans leurs pays d’origine soient repris ici, même de façon sous-entendue, pour les repousser de nouveau. Et selon l’avocate Maureen Silcoff, qui l’accompagnait, c’est une minorité qui abandonnent ou retirent leurs demandes et souvent, parce qu’ils sont victimes d’avocats et de conseillers sans scrupules. Si leur intention était d’abuser du système d’aide sociale, a-t-elle dit au comité, ils feraient le contraire et étireraient les procédures. Et la plupart n’ont jamais eu accès à l’éducation nécessaire pour se retrouver dans les méandres bureaucratiques et juridiques ou n’arrivent pas, après des années de discrimination dans leur pays d’origine, à surmonter leur méfiance face aux institutions.

Deux cinéastes canadiens, Karl Nerenberg et Malcolm Hamilton, ont produit un documentaire sur la communauté rom de Hamilton. Présenté récemment à Ottawa en première nord-américaine, Never Come Back décrit la réalité et les angoisses quotidiennes des Roms, mais aussi la situation précaire qui est la leur en Hongrie et en République tchèque. Désireux de vérifier ce que les Roms disent fuir, les deux réalisateurs sont en effet allés sur place. Les images et les témoignages qu’ils en ont rapportées font frémir et démontrent que la situation s’est aggravée depuis quelques années avec la montée des partis néo-fascistes. Ces derniers ont pris les Roms pour boucs émissaires. Ils n’hésitent pas à parader et camper dans leurs quartiers et villages pour les intimider et même mettre le feu à des maisons.

Et cela est possible parce que le dénigrement public des Roms est devenu acceptable dans la plupart des pays européens. Dans certains pays d’Europe de l’Est, des lois et programmes pour lutter contre la discrimination ont vu le jour, mais la police ne prend pas au sérieux les menaces proférées contre les Roms. Trouver un emploi ou un logement décent est extrêmement difficile pour eux. Leurs enfants sont généralement cantonnés dans des écoles séparées où souvent on n’offre qu’un programme allégé destiné aux enfants souffrant de troubles mentaux.

Mais pourquoi craindre le C-31 dont l’étude en comité est presque terminée? Parce que ce projet de loi permettra d’établir une différence entre des groupes de demandeurs d’asile à qui on réservera des traitements différents. L’une de ces catégories sera celle des demandeurs de «pays d’origine désignés». La liste de ces pays sera établie, au final, par le ministre. Les critères pour y inscrire un pays sont entre autres que leurs ressortissants présentent un faible taux de réussite de demande d’asile ou un taux élevé de retrait ou d’abandon de leur demande.

Ces demandeurs auront moins de temps pour préparer leur dossier en vue de l’audience qui décidera de leur sort. Ils n’auront pas accès à la section d’appel des réfugiés. Un refus sera immédiatement suivi d’un renvoi, sans possibilité de sursis pour attendre, par exemple, le résultat d’une demande de contrôle judiciaire de la Cour fédérale. Ils seront aussi privés de permis de travail pendant 180 jours.

Le gouvernement ne cache pas qu’il veut ainsi décourager les demandes en provenance de pays comme le Mexique, la Hongrie, la République tchèque. Les Roms se sentent visés car ils représentent la quasi totalité des demandeurs d’asile originaires de Hongrie, de la République tchèque et de plusieurs pays d’Europe de l’Est. Et comme certains changements seront rétroactifs, plusieurs demandeurs qui attendent de connaître leur sort pourraient frapper un mur.

Le film Never Come Back ne parle pas du projet C-31, mais il arrive à point nommé pour mettre en lumière l’envers du discours gouvernemental et donner une voix à une communauté autrement marginalisée et vulnérable. Il sera diffusé en anglais, à 21h00, dimanche, par la chaîne multiculturelle OMNI, qui n’est malheureusement pas disponible au Québec. Des discussions sont en cours toutefois pour qu’il soit diffusé sur les ondes d’une chaîne de télé francophone.

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On a arrêté cette semaine un gang de 17 fraudeurs qui installaient des faux lecteurs de cartes magnétiques dans les commerces. Ils en auraient fait pour 2,700,000$.

http://www.montrealgazette.com/touch/arrests+clone+card+crackdown/6546059/story.html?rel=813072

Dans le nombre, on trouve 2 revendicateurs du statut de réfugiés qui ont séjourné dernièremetn dans leur pays d’origine!!! Hors, s’ils font une demande de réfugié c’est parce que leur vie est menacée dans leur pays.

La même farce avait été prouvée avec les tamouls arrivés à Vancouver à bord d,un bateau parti…de Thailande!

Bref, il est temps de faire le ménage dans l’un des dossiers les plus pourris au Canada

Toutes les raisons, tous les faux-fuyants, tous les subterfuges sont bons à être utilisés afin que les conservateurs puissent réussir à faire passer leur «agenda».

Et ils en ont tout un…