Répétition générale

Il est rare qu’une partielle suscite autant d’intérêt et de convoitise de la part des partis d’opposition. Le siège vacant de Marie-Victorin, au sud de Montréal, servira à tous de répétition générale pour les élections d’octobre. Voici ce que les forces en présence peuvent y espérer. 

Image tirée des communications officielles du Parti Conservateur du Québec. Cette photo, prise dans le cadre de l'annonce de candidature de Mme Casabonne, a suscité d'intenses discussions en raison de la proximité physique et l'absence de masque des deux politiciens

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

Après l’annonce spectaculaire cette semaine de la candidature d’Anne Casabonne pour le Parti conservateur du Québec (PCQ), il ne manque plus que le représentant de la Coalition Avenir Québec (CAQ) pour compléter le portrait de l’élection partielle dans Marie-Victorin. Et dès qu’on le connaîtra, on pourra entendre les presses imprimer les pancartes électorales de tout un chacun : les tie wraps sont déjà alignés et regroupés, prêts à servir. Il ne faut qu’une date. 

Cette partielle revêt un caractère particulier : ce sera le premier test électoral depuis le début de la pandémie, et je suis convaincu que le gouvernement voudra surpasser les attentes. 

Laissée vacante par le départ de Catherine Fournier, désormais mairesse de Longueuil, la circonscription de Marie-Victorin présente plusieurs visages. Les quartiers ouvriers traditionnellement péquistes côtoient les habitations neuves et les maisons ancestrales du Vieux-Longueuil. Il y a là un peu de matière pour chacun des partis, qui peuvent (presque) tous y croire. Mais qu’est-ce qui primera ? La volonté de remercier un gouvernement qui s’est démené pendant la pandémie, ou le ras-le-bol des mesures sanitaires ? La machine solidaire ou les pantoufles péquistes ? Réponse sous peu. Mais voyons voir dès maintenant à quoi ressemble le tableau des forces en présence. 

Le Parti québécois a été le premier à annoncer son candidat, Pierre Nantel, une figure nationale avec un fort ancrage régional, qui a représenté les gens de Longueuil à Ottawa pendant deux mandats. Les commentateurs, dont moi, ont salué cette candidature, qui pourrait contribuer à étirer un peu la soirée électorale et à pimenter la campagne. Reste que les sondages nationaux ne sont pas réjouissants pour le parti de René Lévesque, qui stagne aux alentours de 10 %. 

Puisque les partielles sont habituellement une occasion pour l’électorat d’envoyer des messages au gouvernement en poste, le PQ doit espérer que les Longueuillois ont encore en tête les services rendus par cet ex-néo-démocrate teinté vert. Le chef non élu du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, a évité le piège de Marie-Victorin, mais gare au trauma postélectoral si son parti devait être déclassé dans une circonscription qu’il a remportée 11 fois sur 12.

Deuxième à présenter sa candidate, le Parti libéral mise sur Émilie Nollet, inconnue au bataillon. Si une surprise n’est jamais à exclure, comme la première victoire de Geneviève Guilbault dans Louis-Hébert, reste que 2022 s’annonce l’année de la galère pour le PLQ. Malgré le virage à gauche amorcé par sa cheffe, la formation ne semble pas savoir comment se faire entendre. Coincé entre deux partis, Québec solidaire et le Parti conservateur, plus virulents dans leurs critiques des mesures sanitaires, le PLQ tente depuis quelques jours de monter le volume face au gouvernement. 

Mais ce n’est pas un rôle qui sied très bien à sa cheffe ou au parti, eux qui arpentaient les corridors du pouvoir il y a peu de temps encore et qui doivent vivre avec l’opprobre qu’ont reçu ses réformes. Dans une partielle où la mobilisation compte, on ne sent pas grand enthousiasme.

Les solidaires, eux, misent sur la candidature de Shophika Vaithyanathasarma, ex-candidate du Bloc québécois dans la circonscription fédérale de Rosemont. Figure appréciée des militants du parti d’Yves-François Blanchet et de ses collègues candidats, son passage à l’Est n’a pas été digéré par les hordes numériques péquistes, qui pensaient la recruter pour les prochaines élections générales. Les solidaires travailleraient-ils à gommer les lignes de division entre les péquistes et eux ? Quoi qu’il en soit, elle s’est révélée une candidate compétente lors des dernières élections fédérales, elle tentera de motiver une base jeune, et elle pourra compter sur la présence de nombreux établissements postsecondaires à proximité — ce sont là de véritables viviers de militants du parti aux couleurs de l’automne. L’organisation solidaire a été chirurgicale dans l’identification des électeurs et l’incitation au vote lors du scrutin de 2018, faisant des gains dans Sherbrooke et Rouyn-Noranda qui étaient inattendus de tous… sauf d’eux. Ils voudront terminer (au moins) deuxièmes.

Les conservateurs ont été les avant-derniers à dévoiler leur candidate, Anne Casabonne. Au-delà de la surprise de ceux qui voient des discours naguère marginaux tenter de faire leur entrée dans le courant dominant, le tout est personnifié à merveille par l’actrice qui met sa carrière sur pause afin de « sauver la démocratie québécoise », excusez du peu, et qui sait comment générer, et génère déjà, de la bonne télé. Sa première tournée d’entrevues est assurée d’une place au prochain Bye Bye, elle qui s’enquérait sans trop de gêne en entrevue du statut cutané de l’animateur Paul Arcand. 

Mais avant de pouvoir poser ses valises en face du « Complexe G », elle devra motiver des électeurs qui se déplacent déjà très peu en temps d’élections générales, et dire sans rire « venez voter pour moi pour qu’on se sorte de la dictature ». Nul ne connaît le niveau de tolérance de l’électorat québécois à l’égard de ce discours politique. Ne pas finir dernier serait déjà une grande victoire pour le parti de Duhaime, qui engrange les dons à une vitesse folle depuis quelques mois. Reste à profiter de ces circonstances favorables et ne pas se cantonner dans un discours qui ne plaît qu’aux drôles de zigotos.

Les commentaires sont fermés.

Une victoire du P.Q. n’enverrait pas nécessairement un message de désapprobation envers les politiques de la CAQ, mais réaffirmerait l’importance du P.Q. dans notre survie culturelle à long terme.

Bonne réponse. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte de l’importance du PQ dans le portrait politique québécois. En ces temps où bizarrement le bon peuple semble encore être fortement attiré par la CAQ, le PQ ne semble pas avoir une grande utilité, mais dans un avenir plus ou moins rapproché lorsque l’intérêt pour la CAQ faiblira il faudra bien un parti vers lequel se tourner.

Le PLQ semble complètement mort pour l’électorat francophone et on voit mal quand et comment il pourrait s’en sortir. QS ne saura jamais ratisser assez large pour prendre le pouvoir tellement les propositions de ce parti sont farfelues et irréalisables. Même chose pour le clan Duhaime qui restera toujours le parti de quelques hurluberlus qui ne comprennent pas qu’ils sont dans l’erreur.

Garder un PQ en santé en élisant un certain nombre de députés de ce parti me semble être un bonne police de sécurité pour assurer un avenir nationaliste tel qu’une bonne proportion de Québécois le souhaite.

Ne tenez pas Anne Casabonne comme battue d’avance. Son message résonne beaucoup dans la population, peu importe ce qu’en disent les médias.