Réponses à la séance de patinage de Martin Patriquin

Pour en finir avec la charte des valeurs et le New York Times.

Martin Patriquin a essayé de sauver la face en répliquant à mon billet qui faisait la recension des faussetés inscrites dans un texte publié dans le New York Times. Je reproduis ici son billet intégralement (ses commentaires sont en italiques), avec mes réponses.

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Le décompte fait par Stéphane Gobeil des prétendues «erreurs» dans mon texte publié par le New York Times est un bel exemple d’obscurcissement.

L’ancien conseiller au Parti québécois m’aura tout de même facilité la tâche de riposter en le présentant de manière si systématique. Sans plus tarder…

Dans une charge contre le projet de charte des valeurs du gouvernement québécois publiée dans le New York Times, Martin Patriquin fait une démonstration magistrale du célèbre axiome médiatique : ne jamais laisser les faits se mettre au travers d’une bonne histoire. Dans ce cas-ci, une histoire pour médire sur le Québec à l’étranger.

Mettant la table, il commence par affirmer que les garderies n’auront plus le droit de servir de nourriture halal ou cachère.

C’est faux. D’abord, parce que les garderies privées non subventionnées ne sont pas visées par la loi et ensuite, parce que l’interdiction ne porte pas sur tel ou tel type de nourriture, mais sur les demandes d’accommodement. D’ailleurs, comme le sait très bien Patriquin, la grande majorité des produits alimentaires industriels est cachère.

Il se trompe. Il suffit de lire le projet de loi, spécifiquement la section 30(3) : «Une activité ou une pratique répétée qui tire son origine d’un précepte religieux, notamment en matière alimentaire, ne peut être autorisée si elle a pour but, par des propos ou des gestes, d’amener l’enfant à faire l’apprentissage de ce précepte.»

Mon esprit généreux m’amène à dire que Gobeil fait preuve de naïveté ici, puisqu’il est carrément absurde de suggérer que le gouvernement tolérera le service de mets halals ou cachers sans juger que ceux-ci font partie de «l’apprentissage» d’un précepte religieux.

Ma réponse : Ici, Patriquin ne répond pas à mon objection principale, la loi ne s’appliquant pas aux garderies privées non-subventionnées. Il affirme ensuite que je suis naïf de croire que la loi puisse être appliquée telle qu’elle est écrite !

Le pire, c’est qu’il s’éloigne terriblement de son propre texte, dans lequel il écrivait ceci : « Il sera interdit aux garderies de servir de la nourriture cachère ou halale. » C’est tout simplement faux. Il n’y a d’ailleurs pas une seule boite de tomates dans mon garde-manger qui ne soit cachère.

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Un peu plus loin, il affirme grossièrement que cet enjeu a accentué la division entre l’île de Montréal, chaotique et multiculturelle, et le Québec profond «mostly white».C’est faux. Comme l’expliquait ici Don Macpherson dans une chronique, la division n’a rien à voir avec le prétendu Québec profond contre l’île de Montréal. En fait, c’est bel et bien sur l’île de Montréal, au sein de la population francophone, que l’appui à la charte est le plus fort :

Capture d’écran 2013-11-18 à 10.13.18

Un classique du PQ. Regardez bien le tableau auquel Gobeil fait référence : 49 % des Montréalais sont contre la charte, et 40 % l’appuient. Sa décision d’isoler les électeurs francophones en dit long sur la stratégie électorale du PQ et le cynisme qui règne au parti.

Ma réponse : Patriquin s’indigne de ma décision, dit-il, d’isoler les électeurs francophones dans un sondage. C’est évidemment la maison de sondage qui isole les répondants selon leur langue, comme il est d’usage de le faire. C’est ce que fait aussi le journal The Gazette, un bastion péquiste, j’imagine ?

Évidemment, il essaie de noyer le poisson par une fausse indignation, mais le fait objectif est là : la division n’est pas ruraux / urbains, elle est linguistique. Les Montréalais francophones sont très majoritairement en faveur de la charte.

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Il affirme ensuite que le projet du gouvernement s’inspire de la loi française de 2004 qui interdit le port de signes religieux aux écoliers. C’est faux. Le projet de loi du gouvernement Marois ne vise absolument pas les écoliers. Quant aux lois françaises sur la laïcité, elles remontent au début du XXe siècle.

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Bernard Drainville. Tiré d’un article de l’AFP du 14 septembre 2013 : «Sur la question de la laïcité, je pense que les leçons qu’on peut tirer de l’expérience française sont plutôt favorables.»

Ma réponse : Que la France ait inspiré le Québec en matière de laïcité, personne ne va le nier. Mais ce que dit Bernard Drainville, ce n’est sûrement pas, comme Patriquin dans son texte du NYT, que « L’inspiration de la charte vient de la France qui, en 2004, a interdit le port de symboles religieux dans les écoles. »

Cette phrase mal intentionnée (ou paresseuse) laisse entendre que le projet de loi interdit aux écoliers de porter des signes religieux. C’est faux. Point.

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Poussant toujours plus loin, l’auteur affirme que si les classes françaises sont maintenant exemptes de voiles islamiques, c’est que les élèves pratiquants ont fui l’école publique pour se réfugier dans le privé, ce qui les éloigne encore plus d’une éventuelle intégration.C’est faux. J’ai eu beau chercher, aucun article de journal, aucune analyse gouvernementale, aucun fait ne permettent de soutenir pareille affirmation.

Voir ici et ici. Ce n’est pas mon problème si Gobeil est malhabile avec Google…

Ma réponse : Les deux articles mis en liens par Patriquin n’infirment rien du tout. Est-il gêné par son article du NYT ? Voici ce qu’il écrivait : « Si les hijab ont maintenant disparu des classes françaises, c’est parce que les étudiants de familles pratiquantes ont transféré dans des écoles privées. » Tout indique au contraire qu’une très vaste majorité de ces écoliers poursuivent leur scolarité dans le système public.

Quant à nos habiletés respectives sur Google, je veux bien lui donner la palme. Mais s’il est si fort et qu’il n’a pu trouver un seul article ou une seule étude pour confirmer son affirmation, c’est qu’il n’en n’a trouvé aucune, n’est-ce pas ?

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Arrivé aux confins de l’absurde, Patriquin évoque le délai de cinq ans pour permettre aux employés de certaines institutions de changer de vêtements ou de changer leur croyance religieuse. Moi qui connais le sens de l’humour du bonhomme, je souris, mais la plupart des lecteurs du New York Times ont dû avaler leur café de travers. C’est faux, évidemment. Personne ne demande à qui que ce soit de renoncer à sa religion ou à ses vêtements. Tout ce qu’exige la loi, c’est de ne pas porter de signes religieux ostentatoires sur les heures de travail. Qui plus est, il passe sous silence la disposition du projet de loi qui exempterait certaines institutions de santé sur des bases historiques, comme l’Hôpital général juif de Montréal. On comprend que s’il avait mentionné ce dernier fait, son histoire aurait été moins convaincante.

Tant mieux si Gobeil apprécie mon sens de l’humour. Ça ne change pas le fait que, selon la loi, une employée qui refuse d’enlever son voile perdra son emploi à la fin de la période d’exemption de cinq ans (le cas échéant). Très rigolo !

Ma réponse : Patriquin change de sujet. Il est possible en effet qu’une employée qui refuse absolument d’enlever un signe religieux pendant ses heures de travail décide d’y renoncer. Mais aucune loi ne lui demande de changer de croyance religieuse. Il a écrit une fausseté et je me trouve fort aimable de supposer que c’est de l’ironie patriquienne.

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Pour mettre la table à son argument suivant, voulant que les souverainistes soient désespérés, Martin Patriquin affirme que depuis dix ans les appuis à la souveraineté se situent de façon constante autour de 35 % («mid-30s»). C’est faux. L’appui à la souveraineté oscille depuis dix ans entre 35 % et 54 %, un sommet atteint en 2005, au moment du scandale des commandites.

Il faut donc remonter près de 10 ans en arrière pour trouver un sondage favorable à la souveraineté. La persistance du déclin de l’option souverainiste montre que celle-ci ne fut que temporairement gonflée par le scandale des commandites.

Ma réponse : Ce qu’affirmait Patriquin dans l’article du NYT était faux, comme le montrent les chiffres. Je le cite : « Année après année, les sondages montrent que l’appui pour l’indépendance stagne dans la mi-trentaine » Or, aussi récemment qu’en 2012 l’appui à la souveraineté a franchi la barre des 40%.

Il ne dit pas le contraire, d’ailleurs. Il revient plutôt sur cette idée de « persistance du déclin », qui aurait été temporairement gonflée par le scandale des commandites, un élément que j’ai mis de l’avant et auquel il s’accroche.

S’il est vrai que l’appui majoritaire à la souveraineté est rare dans les sondages, il devrait savoir que c’est de tous temps. Quelques mois avant le référendum de 1995, en mars, l’appui à la souveraineté atteignait à peine 37%. Aurait-il affirmé alors que l’option était en déclin qu’il aurait été ridiculisé quelques mois plus tard.

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L’auteur de la missive erronée affirme ensuite que le ministre Drainville n’a jamais été capable de pointer un seul incident d’accommodement qui aurait nui au bon fonctionnement de l’État.

C’est faux. Bernard Drainville mentionne régulièrement, par exemple, les 900 demandes d’accommodement dans les écoles de Montréal recensées par la CSDM.

En effet. Ce que Drainville ne dit pas, c’est comment les 900 demandes — puisqu’on parle ici de demandes, et non d’accommodements — ont nui au fonctionnement des écoles. Et c’est ce que j’ai écrit.

Ma réponse : C’est vrai qu’il a écrit ça. Ce qui est tout aussi vrai, c’est que la CSDM a demandé au gouvernement de l’aider à gérer ces demandes. Patriquin pourrait également mentionner que tous les partis à Québec – même les libéraux de M. Couillard – sont d’accord avec cette partie du projet de loi.

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Patriquin réfère ensuite à un sondage qui montrerait selon lui que la charte est plus populaire auprès deshommes francophones blancs des régions éloignées de Montréal, tout en illustrant son propos par la citation de Janette Bertrand, une femme montréalaise (!). Il s’appuie là-dessus pour affirmer qu’en voulant rejoindre cette population «rurale sensible au populisme», le PQ, un parti de centre-gauche, s’aventure dans le même type de territoire que le Tea Party.

C’est faux, insultant et absurde. Outre que l’auteur a sans doute piqué cette idée provocante à Jérome Lussier, les faits indiquent tout le contraire. Comme je l’ai mentionné plus tôt, c’est sur le territoire le plus urbanisé du Québec, sur l’île de Montréal, que l’appui à la charte est le plus fort. C’est aussi trompeur quand on sait, ce qui est le cas de Patriquin, que de nombreuses femmes, y compris des intellectuelles (urbaines au possible), appuient haut et fort le projet de charte.

Nonobstant l’analyse, disons, unique de Janette Bertrand, les résultats de sondage auxquels Gobeil fait référence plus haut indiquent que la charte atteint le summum de sa popularité chez les francophones des régions. Susciter l’appui d’un groupe homogène en s’appuyant sur un sujet particulièrement explosif — en plus de s’acharner contre les adeptes de religions minoritaires — rappelle les tactiques du Tea Party. Il y avait précisément une phrase dans mon article qui affirmait autant — et elle ne me gêne pas du tout. Cela dit, et Gobeil le sait bien en tant qu’écrivain, ce n’est pas moi qui ai choisi le titre qu’on a pu lire dans le Times.

Ma réponse : Je suis désolé pour lui s’il n’a pas son mot à dire sur les titres de ses écrits, un privilège que m’accorde L’actualité. Cela dit, quand Patriquin affirme que « la charte atteint le summum de sa popularité chez les francophones des régions », ce qui constitue le seul fondement de sa comparaison avec le Tea Party, il énonce une fausseté. Les sondages disent exactement le contraire. C’est sur l’ïle de Montréal, chez les francophones urbains que l’appui atteint son summum.

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Il termine sa missive en prétendant que si les sentiments anti-immigration sont présents partout au Canada, le PQ serait le seul à vouloir l’exploiter.

C’est du libelle diffamatoire. Comment peut-on affirmer qu’un gouvernement est anti-immigration, alors qu’il vient d’annoncer que les portes sont grandes ouvertes pour l’accueil de plus de 50 000 immigrants au cours des deux prochaines années, un niveau très élevé par rapport aux autres pays industrialisés? Comment peut-on prétendre qu’un ministre comme Maka Kotto, issu de l’immigration, ou qu’une militante comme Djemila Benhabib, venue d’Algérie, sont anti-immigration? Comment peut-on accuser tous ces Québécois de toutes origines en faveur de la charte d’appuyer une politique qui serait de nature xénophobe, comme le prétend avec une mauvaise foi ostentatoire Martin Patriquin?

S’il avait véritablement voulu informer les lecteurs du NYT, il aurait pu exposer des faits objectifs, par exemple les statistiques qui montrent que c’est au Québec qu’il se commet le moins de crimes haineux au Canada.
Taux de crimes haineux

La raison pour laquelle il y a moins de crimes haineux au Québec est qu’il y a beaucoup moins de minorités au Québec.

L’an dernier, par exemple, l’Ontario a accueilli deux fois plus d’immigrants (environ 102 000 au total) que le Québec. L’Ontario n’a pas deux fois la population du Québec. Cela ne relève pas du mystère.

Ma réponse : Cet argument ne tient pas la route. C’est que selon Statistique Canada, il y aurait davantage de ces crimes à Halifax ou à Moncton qu’à Montréal…

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S’tie…

On dirait deux p’tits culs qui jouent à celui qui pisse le plus loin…

Admettez votre défaite Monsieur Gobeil et passez à autre chose; si vous en êtes capable.

« Admettez votre défaite Monsieur Gobeil »

As tu lu le texte @Francois ?

A quel moment Martin Patriquin a raison @Francois ? Peux tu l’expliquer ?

Il me semble que Patriquin se fait torcher … non seulement dans son texte initial mais dans sa reponse en particulier sur le taux de crimes haineux.

Toi non plus tu comprends pas ce que veut dire un « taux » @Francois ou t’es juste de mauvaise foi et aveugle ?

Je dirais plutôt un québécois fier de son monde. Je suis content que M. Gobeil prend la plume pour nous défendre d’un chroniqueur de petite envergure qui nous traite comme de la merde dans un journal américain. Vous devriez peut-être commencer à envisager d’aller vivre ailleurs qu’au Québec M. Francois 1. À vous lire un peu partout, vous avez un réel mépris pour les québécois. Peut-être seriez-vous plus heureux au pays de M. Ford.

C’est sûr que de se faire dire ses 4 vérités dans un journal américain de grand tirage, c’est difficile à accepter et la réaction primaire d’un simple d’esprit est de refuser les arguments solides et d’attaquer le messager.

Par contre, l’être intelligent utilisera les commentaires de l’adversaire pour en profiter pour se remettre en question et surtout, pour améliorer ses capacités.

Ici, au Québec, toute critique envers le modèle québécois qui entraîne de la collusion et de la corruption « at large » est inacceptable et passe pour du « Québec bashing » ce qui est une réaction de primate ignare.

La raison pour laquelle il y a moins de crimes haineux au Québec est qu’il y a beaucoup moins de minorités au Québec.
@L’actualité
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Lorsqu’un législateur écrit un texte de loi, il y a une intention ; ce qu’on appelle communément un « avis d’intention » ; le rédacteur de la loi doit prendre en compte cet avis, puis trouver la formule qui convient dans le respect en principe du droit à fin de traduire l’intention sous une forme de loi.

Lorsqu’en référence au paragraphe 3 de l’article 30 du projet de loi 13-60, monsieur Patriquin écrit : « Mon esprit généreux m’amène à dire que Gobeil fait preuve de naïveté ici, puisqu’il est carrément absurde de suggérer que le gouvernement tolérera le service de mets halals ou cachers sans juger que ceux-ci font partie de «l’apprentissage» d’un précepte religieux. »

Il ne fait que dire tout haut, l’intention du (ou des) législateur(s) dans cette démarche.

Lorsque monsieur Gobeil soumet comme réponse ceci : « Ici, Patriquin ne répond pas à mon objection principale, la loi ne s’appliquant pas aux garderies privées non-subventionnées. Il affirme ensuite que je suis naïf de croire que la loi puisse être appliquée telle qu’elle est écrite ! »

— Sur ce point je dirais cela :

Hormis le fait que le ministre Bernard Drainville se déclare ouvert à ce qu’il appelle une « bonification de la loi », ce qui veut dire qu’il serait prêt à étendre le cadre de la loi aux garderies privées non-subventionnées. D’ailleurs le projet de loi inclus une procédure de révision. Je ne vois pas précisément où monsieur Patriquin fait référence aux garderies privées plus spécifiquement et non aux garderies subventionnées comme c’est le cas dans le cadre du projet de loi 60.

Ainsi donc, l’intention du législateur est bien de veiller à exclure toute forme de prosélytisme judaïque ou musulman par le biais de la nourriture. Le fait que certains produits alimentaires de type industriel aient un label qui garantit que le produit soit consommable par tout le monde et qu’il ne contrevienne pas aux préceptes alimentaires des juifs notamment ; ne signifie en rien que le produit soit « strictement cacher », les produits « strictement cacher » ne portent pas de labels puisqu’ils sont offerts à tous quoiqu’ils s’adressent plus spécifiquement aux pratiquants de la religion juive. Ce qui ne sera pas le cas d’une boîte de tomate, qui n’est pas un plat cuisiné mais un ingrédient.

L’intention du législateur est bien d’effacer tout ce qui porte la marque ostensiblement d’un précepte religieux dans les garderies, incluant la nourriture. Ainsi, si vous servez des plats typiquement juifs comme du « gefilte fish », ou du « bouballe » que les enfants pourront manger avec les doigts (optionnellement) lequel peut d’ailleurs être nappé de sirop d’érable ; de facto il est possible que l’origine même de la préparation culinaire puisse ramener aux origines culturelles des plats et que les origines culturelles fassent référence à la religion.

Ainsi l’intention du législateur pour préserver la neutralité, est bien de prévenir ce « risque » de dérapage à connotation religieuse.

Si dans une garderie on décide de préparer une « chakhchoukha », au lieu de « chien chaud, poutine », il est possible que le cuisinier ou la cuisinière évoque ses origines algériennes et sa culture méditerranéenne, puis que cela déborde sur l’Islam.

Dans les faits, le législateur définit que certaines préparations culinaires peuvent relever de toute forme de prosélytisme. Ce qui d’ailleurs n’est pas faux. L’intention est bien donc dans le projet de loi de se prémunir contre tout ce qui peut être une marque ostensiblement religieuse dans la société civile, plus spécifiquement dans ce qui relève de l’espace public et parapublic.

Sur l’ensemble de ces chapitres, l’intention est bien de rallier l’opinion publique si possible majoritairement à l’effet que le principe même de cette loi est conforme au bien commun, à l’intérêt publique lorsque cela reflète fidèlement les valeurs auxquelles souscrivent le plus grand nombre des québécois.

— En conclusion : Ce qui est essentiellement reproché à monsieur Patriquin, c’est d’exprimer tout haut notamment dans la langue de Shakespeare ce que « nous autres » refusons d’exprimer haut et fort dans la belle langue de Molière. « Faudrait bin » savoir si notre but est d’avoir un pays et de se prendre tous les moyens, je dis bien tous sans exception aucune, pour en venir à ses fins ou s’il faut indéfiniment répéter toujours et toujours les mêmes litanies pour plaire à une minorité qui entend prendre et garder le pouvoir par le biais d’une souveraineté plus fantasmatique que réelle, qui soit voulue et entièrement désirée par le peuple.

En d’autres termes, il conviendrait de savoir si nous voulons demeurer « ad vitam aeternam » dans l’ignorance des choses de ce monde ou assumer que pour construire une nation, une vraie, il faut être prêt à souffrir le martyre et donner rien de moins que sa vie.

Ce que personne ne voit, apparemment, c’est que Patriquin oppose « multiculturel » et « white ». Il prend les cultures pour des races. Et il n’est pas le seul au gentil Canada « antiraciste » à racialiser ainsi les peuples, les nationalités, à les croire fondés sur de soi-disant « blood ties », une prétendue « descent » ou « ancestry » ou autres sornettes naturelles-biologiques. Canadien-Français, voilà une chose que je cesse tout à fait d’être à ma mort, puisque je ne l’étais aucunement à la naissance: étant donné que c’est quelque chose que je suis DEVENU de mon vivant – un fait culturel, donc – tout comme je suis devenu plus largement nord-américain ou plus étroitement montréalais. Tandis que « white » (blanc), c’est une chose tout aussi vraie de mon cadavre que de moi vivant. La « race » étant un fait de la nature, elle est comme la nature totalement indifférente au fait que je sois vivant ou mort. (Et c’est évidemment pour cela que la pensée raciale est si mortifère). On peut tout à fait être canadien-français et être noir, on peut tout à fait être haîtien et être blanc. Ceci, bien sûr, parce que l’haïtianità comme la francesità canadese – si vous excusez mon italien – sont, comme tout peuple ou nationalité, des faits de civilisation, donc quelque chose que chaque individu DEVIENT après son arrivée dans le monde, et non des faits raciaux qu’on serait déjà à la naissance. Car il y a un seul genre humain. Benedetto Croce (antifasciste seulement à compter de 1925 mais antiraciste de toujours) : « Combien arbitraires, fantastiques et improbables sont les théories de la race. » En opposant « multicuturel » et « white », Patriquin nous apprend qu’il prend les peuples pour des races, pour des faits physiques héréditaires: sornette, billevesée, chimère.

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