Restez à l’école… et allez voter

Il faut amener les jeunes et leurs idées à l’Assemblée nationale », proclamait Léo Bureau-Blouin à L’actualité pour expliquer sa décision de porter les couleurs du Parti québécois en vue du scrutin du 4 septembre.

Photo : Clément Allard/PC

S’il est élu, l’ex-président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) aura le temps de s’interroger sur le diagnostic qui l’amène à vouloir délaisser les bancs de l’école pour ceux de l’Assemblée nationale.

S’il faut en croire l’expérience actuelle de ses contemporains fédéraux, ce n’est pas parce que des jeunes sautent – même en nombre important – sur la glace d’un parlement que leur génération compte davantage de buts sur la scène politique.

À la faveur du scrutin fédéral de 2011, le Québec envoyait un nom­bre sans précédent de députés de moins de 35 ans aux Com­munes. Porté par la vague orange suscitée par Jack Layton, le plus jeune contingent québécois de l’histoire récente du Canada débarquait au Parlement.

Les chiffres sont éloquents. Sur les trois principaux partis fédéraux, le NPD est celui qui fait montre de la moyenne d’âge la plus basse : 47 ans, contre 52 ans pour les conservateurs et 55 ans pour les libéraux.

Tous partis confondus, la représentation du Québec à Ottawa est en moyenne de 10 ans plus jeune que celle de l’Ontario. Le Québec compte les deux tiers de la trentaine d’élus de moins de 35 ans qui y siègent.

Un an plus tard, force est de constater que ce débarquement important n’a guère influencé le discours parlementaire en général ou celui du NPD en particulier. Majoritaire, Stephen Harper mène sa barque comme s’il était le seul maître à bord. L’opposition est reléguée au rôle de figurante et, s’il n’en tenait qu’aux conservateurs, ce rôle serait muet.

En début de campagne, Pauline Marois confiait à un électeur qu’elle trouvait Léo Bureau-Blouin (20 ans) trop jeune pour diriger un ministère. Thomas Mulcair est mani­­festement de la même école que la chef péquiste. Parmi les ténors de son cabinet fantôme, on ne trouve aucun représentant de la génération Y.

Depuis l’ouverture de la session parlementaire, le NPD a présenté 166 projets de loi d’initiative privée. De ce nombre, seulement deux ou trois ont été parrainés par un député de moins de 35 ans et aucun ne portait sur un sujet particulièrement assimilable à sa génération.

Le printemps dernier, la majorité des députés néo-démocrates du Québec – y compris d’ex-étudiants de fraîche date – ont observé la consigne du parti selon laquelle la formation fédérale devait se tenir à distance des bar­ri­cades du mouvement étudiant.

Pour bon nombre d’entre eux – surtout en région -, cette décision s’imposait. Selon les son­dages, leurs concitoyens n’étaient pas toujours particulièrement sympathiques aux revendications du mouvement étudiant.

En faisant un lien entre l’arrivée de jeunes comme lui sur les bancs du Parlement et l’espoir d’obtenir une plus grande résonance pour les préoccupations de sa génération, Léo Bureau-Blouin regarde la scène politique par le mauvais bout de la lorgnette.

L’objectif louable (et atteignable) de voir les priorités des jeunes prendre plus de place dans le discours du pouvoir ne passe pas tant par l’élection d’un plus grand nombre d’entre eux à Québec ou à Ottawa que par les urnes.

Si le Parti québécois a été plus sensible aux revendications étudiantes que le PLQ ou la CAQ, c’est notamment par intérêt référendaire. Pour le mouvement souverainiste, il n’y a pas de grand soir en perspective sans l’appui important de la nouvelle génération d’électeurs.

Si Québec solidaire soutient la cause plus large de la gratuité scolaire, c’est par idéal politique, mais aussi parce que l’avenir du fonds de commerce de la for­mation de Françoise David et d’Amir Khadir repose sur sa capacité de cultiver un nouvel effectif politique.

Sur fond de campagne électorale traditionnelle, c’est l’avenir des missions fondamentales du PQ et de Québec solidaire qui se joue en fonction de leur succès res­pectif à s’approprier la garde mon­tante de l’électorat québécois.

Élire de jeunes députés, c’est bien – surtout s’ils ont l’intention de faire autre chose avant d’avoir les tempes grises et de grossir les rangs des politiciens professionnels. Aller voter pour donner à sa génération le rapport de forces politique qu’elle mérite, c’est encore mieux !

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