Retour sur la destitution du premier ministre libyen

Voilà quelques jours, Ali Zeidan a été démis de ses fonctions de premier ministre de la Libye. Quelles sont les raisons qui expliquent cette chute ?

Photo : AFP / Getty Images
Ali Zeidan – Photo : AFP / Getty Images

À la suite d’un vote des membres du Congrès général national (CGN), Ali Zeidan a été démis de ses fonctions de premier ministre de la Libye, le 11 mars dernier. Ce vote de défiance nécessitait de réunir 120 des 194 voix du Parlement.

PolitiqueLes Frères musulmans et leur parti, le Parti de la justice et de la construction (PJC), étaient les principaux détracteurs du gouvernement d’Ali Zeidan et avaient essayé de le destituer à plusieurs reprises au courant des précédents mois, mais sans parvenir à réunir les voix nécessaires.

Les Frères musulmans avaient même démissionné du gouvernement en janvier 2014 pour montrer leur désaccord quant aux politiques menées par Zeidan, en insistant sur son incapacité à stabiliser le pays et à résoudre les différends avec les autonomistes de Cyrénaïque.

Bien que le gouvernement de Zeidan n’ait pas réussi jusque-là à faire ses preuves, les attaques répétées des Frères musulmans à son égard s’inscrivaient dans une volonté d’incarner l’alternative politique et d’acquérir le pouvoir.

Néanmoins, réunir les 120 voix pour écarter Zeidan du pouvoir s’avérait particulièrement difficile pour les Frères musulmans, car la plupart des membres du CGN sont des indépendants et ne figurent dans un aucun parti politique. Il s’agissait donc pour eux de les convaincre et de les coopter progressivement.

La raison de la chute

C’est l’intransigeance de Zeidan sur le dossier de la Cyrénaïque qui a vraisemblablement provoqué sa chute.

En effet, les autonomistes de Cyrénaïque, dirigés par Ibrahim Jadhran, réclament depuis plusieurs mois une meilleure redistribution de la rente pétrolière. Ils s’inscrivent politiquement dans un agenda fédéraliste et ont constitué un gouvernement local, sans toutefois exiger la partition.

Leur demande semble essentiellement focalisée sur la rente pétrolière. Ils exigent qu’une part des revenus pétroliers soit versée à la région où les sites sont situés.

Pour se faire entendre de Tripoli, Ibrahim Jadhran et les membres de sa milice contrôlent les terminaux pétroliers de la région depuis le mois d’août 2013, ce qui bloque la production et affecte la principale source de revenus de l’État libyen.

L’arrivée d’un pétrolier nord-coréen à Es Sider — dans le plus important port pétrolier du pays —, venu pour charger une cargaison de brut à partir d’un site contrôlé par les rebelles, a provoqué l’ire de Tripoli.

Résultat : la sentence a été quasi immédiate. Le lendemain, le 11 mars 2014, le CGN votait la destitution d’Ali Zeidan en obtenant 124 voix sur les 194. Deux jours plus tard, Ali Zeidan déclarait toutefois sur France 24 que les résultats du vote avaient été falsifiés et que seulement 113 députés avaient voté en faveur du retrait de confiance.

Depuis, le ministre de la Défense, Abdallah el-Thenni, assure l’intérim. Le navire nord-coréen, quant à lui, a été arraisonné par les Américains le 17 mars dans les eaux internationales, puis remis aux autorités libyennes le 22 mars.

Parallèlement à cela, le CGN a donné jusqu’à la fin du mois à Jadhran pour débloquer les sites pétroliers en Cyrénaïque.

Des accrochages ont déjà eu lieu entre les forces du CGN et les hommes de Jadhran. Toutefois, on semble aller vers un début de résolution de crise et un compromis entre Tripoli et les autonomistes, grâce à la médiation menée par les chefs tribaux et les notables de la région.

Gageons que la route est encore longue pour dépasser la traditionnelle dichotomie entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque…

 

Adib Bencherif
Chercheur en résidence, Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord
Chaire @RDandurand @UQAM
Suivez-le : @AB_analyst

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À propos de la Chaire Raoul-Dandurand

Créée en 1996 et située à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques compte plus de 30 chercheurs issus de pays et de disciplines divers et comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand.

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