Révision des programmes : la politique Facebook

Que Martin Coiteux nous demande, par l’entremise d’un site Web, des conseils pour boucler son budget, c’est un peu comme si Céline Dion suivait des cours de chant avec les concurrents d’Un air de famille.

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Martin Coiteux – Photo : Jacques Boissinot

Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, veut notre avis sur les mesures à prendre afin de réduire durablement les dépenses de l’État de 3,2 milliards de dollars. Le ministre récolte nos suggestions par l’entremise d’un site Web où l’on peut laisser nos commentaires.
Politique

Même si personne n’oserait qualifier de «conversation» un commentaire laissé sur un site Web (pourquoi ne pas comparer un homard frais et un bâtonnet de poisson congelé, tant qu’à y être ?), l’initiative est tout de même décrite comme un «dialogue social».

Puisqu’il faut bien être de son temps et avoir l’air d’un gouvernement ouvert et moderne, pourquoi pas ? C’est, en quelque sorte, la politique à l’ère de Facebook.

Pendant ce temps, Pierre Paradis, ministre de l'Agriculture, t'invite à jouer à Farmville.
Pendant ce temps, Pierre Paradis, ministre de l’Agriculture, t’invite à jouer à Farmville.

Sauf que les Québécois sont les Canadiens qui épargnent le moins et ceux dont le taux d’endettement augmente le plus rapidement, dans un pays où les ménages sont parmi les plus endettés au sein des pays de l’OCDE.

Que Martin Coiteux nous demande des conseils pour boucler son budget, c’est un peu comme si Céline Dion suivait des cours de chant avec les concurrents d’Un air de famille.

On se souviendra (même si on essaie fort fort d’oublier cette époque) que Bernard Drainville avait fait le même genre d’exercice pour la Charte des valeurs. Les commentaires alors récoltés n’ont jamais été rendus publics. Quiconque a déjà dépassé par erreur la fin d’un article, pour se retrouver à lire les commentaires sans y être préparé, sait pourquoi.

Ceux de la révision des programmes, eux, sont publics.

Ils vont de l’incompréhensible…

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… à l’extrêmement vague…

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… à la montée de lait contre les maudits B.S…

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… en passant par une autre montée de lait contre les assistés sociaux (c’est un sujet récurent)…

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… sans oublier le souvenir nostalgique de la personne qui s’ennuie des conditions difficiles des années 1960…

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… et l’idée de celui qui connaît quelqu’un qui travaille quelque part.

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Bien sûr, je vous ai sorti ici quelques perles, mais n’allez pas croire que le reste est vraiment plus éclairant.

On est au royaume du p’tit Joe Connaissant bien intentionné. Des chiffres ? Des faits ? Des données ? Des preuves ? Pas besoin : mon beau-frère travaille pour un organisme, alors je sais qu’on pourrait couper 50 % des gens qui travaillent là. Pourquoi 50 % ? Parce que.

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Pour ma part, si j’avais une suggestion à faire, ce serait d’oublier cette idée douteuse et d’économiser sur le salaire des pauvres fonctionnaires que l’on oblige à lire tout ça.

Si les fonctionnaires, les sous-ministres et les ministres qui travaillent pour nous peuvent vraiment apprendre quelque chose de cet exercice, il est grandement temps de se demander s’ils ont la compétence pour occuper leur poste.

La bonne nouvelle là-dedans, c’est que le gouvernement n’écoutera aucun des conseils qui lui sont laissés sur ce site. (Du moins, on l’espère.) J’ignore ce que Martin Coiteux pensait recevoir, mais s’il a déjà vu un vox pop au téléjournal, il savait à quoi s’attendre.

C’est comme si tout cela n’était qu’un exercice de relations publiques, conçu pour bien paraître. Tout comme.

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web et ex-chroniqueur musique à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique depuis 2014. Il a aussi participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut l’entendre régulièrement à La soirée est encore jeune, et le suivre sur Twitter : @OursMathieu

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10 commentaires
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Une activité dite de «dialogue social» du type Facebook ou Twitter? Misère! Mais qu’est-ce qu’on peut bien penser aller chercher avec pareil exercice? Monsieur Charlebois, les quelques extraits que vous nous proposez, même si on peut raisonnablement vous soupçonner d’avoir soigneusement choisi ceux qui vont dans le sens de votre opinion, sont assez représentatifs de la qualité générale de ce que l’on retrouve sur les fameux médias dits «sociaux».

Ces lieux qui, pour paraphraser un philosophe, servent «non pas parce que l’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a juste envie de dire quelque chose,» ne peuvent servir à alimenter en profondeur les réflexions d’un ministre que l’on peut présumer «sérieux».

Il va sans dire que je n’irai pas laisser là quelque commentaire que ce soit. Je vais plutôt ici suggérer de visionner l’inénarrable sketch du duo de comiques français «Les Bodin’s» et leur «Face de bouc» sur YouTube dans lequel on nous explique ce qu’est ce nouvel outil de communication
ministérielle. Comme l’a déjà dit Sugar Sammy: «You’re gonna rire».

Tout cela est une farce bien sûr. Et ce serait une bonne chose si 99% des suggestions étaient mises à la poubelle parce qu’elles reviennet toutes au même : pas dans ma cour…
Mais si, à l’inverse, on procédait sans aucune consultation, que dirions-nous ?
« Damned if you do, damned if you don’t »

D’une part, demander à la population de se prononcer sur ce qui, selon elle, devrait être fait pour atteindre l’équilibre budgétaire comporte des dangers certains.

En effet, comment peut-on espérer que monsieur et madame tout-le-monde puisse faire des recommandations/suggestions éclairées alors qu’elle est, à quelques rares exceptions près, très mal informée et possédant une vision et connaissance très partielle et souvent biaisée d’une situation qui, d<ailleurs, est en constante évolution.

Ladite population émettra des opinions qui ne tiendront pas compte des contextes variés et dynamiques, ni des conséquences néfastes que de telles recommandations pourraient avoir si retenues et mises-en-oeuvre.

D'autre part, la commission permanente sera, à mon humble avis, très fortement tentée de retenir des recommandations qui auront eues un appui "populaire" parce qu'elle prétendra alors être "justifiée" de mettre en oeuvre des solutions qui auront au l'aval d'une soit-disant "majorité" mais qui, dans les faits, seraient néfastes, tant pour les services essentiels à la population qu'à l'effort d'atteindre l'équilibre budgétaire un jours.

Tout à fait d’accord, je suis d’avis qu’il devrait y avoir davatange de noocracie (des gens qui ont les connaissances et la sagesse pour prendre des décisions qui vont dans le sens de l’intérêt public) dans l’administration de l’État. Mais ça n’arrivera pas, car il est pratiquement impossible de trouver et de nommer les gens appropriés.

Je sursaute quand vous parlez des gens d’HQ qui n’ont rien à faire. Ce commentaire nous fait passer pour une gang d’employés qui se pognent le derrière. Ça fait 25 ans que je travaille à HQ et j’ai toujours travaillé très fort,comme la très grande majorité des employés HQ. Bien sur, j’ai vu une ou deux personnes ambitionner et ne rien faire. Ce sont des exceptions. Il y a des gens dans toutes les entreprises qui ne font rien. Ils sont tous des exceptions.

Une excuse pour temporiser et ne rien faire.Veulent même pas toucher à la procréation payée par l’Etat. Au moins ils semblent avoir renoncé à un nouveau registre inutile et couteux.

Ce n’est pas « la politique Facebook » qu’il fallait écrire, mais plutôt la politique Farcebook, parce que c’est une grosse farce d’avoir créer ce site.

En fait, la « montée de lait contre les maudits BS » ressemble plutôt à un commentaire pour le revenu minimum garanti. Ça en ferait une montée de lait EN FAVEUR des maudits BS.