Rideau sur la commission Charbonneau

C’est maintenant sur l’UPAC que reposent toutes les attentes. Tôt ou tard, il faudra passer les menottes aux voleurs d’élections et aux bandes organisées de la politique provinciale.

Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne
Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne

PolitiqueCette fois-ci, c’est vraiment la fin. Avec son discours de clôture, la juge France Charbonneau a posé le dernier acte public dans cette commission d’enquête qui passera à l’histoire.

Après 261 journées d’audiences, l’audition de 291 témoins, des rencontres avec 7 500 personnes et l’étude de 2 800 documents, la juge Charbonneau, le commissaire Renaud Lachance et leur équipe doivent rédiger LE rapport qui fera la synthèse aussi définitive que possible des problèmes de corruption, de collusion, d’infiltration du crime organisé dans l’industrie de la construction et de financement occulte des partis politiques.

Un vaste programme ! Fidèle à son habitude, la juge Charbonneau a prononcé une allocution feutrée, en évitant la controverse, les coups de gueule ou les coups d’éclats qui auraient assurément été retenus contre elle.

On se souvient du juge John H. Gomery, l’homme qui aimait trop les caméras. Ses commentaires sur le goût douteux de Jean Chrétien, formulés à la mi-parcours de la commission d’enquête sur le scandale des commandites, en 2004, avaient été suffisants pour que les tribunaux lui reprochent sa partialité et qu’ils invalident les blâmes à l’encontre du premier ministre libéral.

La juge Charbonneau a démontré qu’elle n’était pas insensible aux comptes rendus critiques, livrés ici et là dans les médias, au sujet des angles morts de la commission.

Elle a cru bon de rappeler l’étendue de son mandat, mais aussi ses limites. Elle n’enquêtait pas sur le financement illicite des partis politiques, ni sur le crime organisé, mais sur l’octroi des contrats publics dans l’industrie de la construction.

C’est par la bande qu’elle s’est intéressée aux partis et au crime organisé, parce qu’il y avait, dans bien des cas, un lien avec l’octroi des contrats.

Au fond, ce qu’elle cherchait à nous dire est simple : n’attendez pas des miracles de mon rapport final.

Ce chantier a été productif dans son ensemble, mais il demeure inachevé. Le financement illégal des partis provinciaux, et les possibles retours d’ascenseur sous forme de contrats du ministère des Transports ou d’Hydro-Québec, sont deux des éléphants dans la pièce. À ce chapitre, la commission n’aura jamais pu aller au fond des choses, par manque de volonté, manque de témoins, manque de temps… Et manque de latitude.

La commission avait l’obligation stricte de se tenir à l’écart des enquêtes de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). C’est l’une des raisons pour lesquelles elle a choisi de jouer de prudence, en s’arrêtant en chemin dans l’examen du financement libéral.

Si elle a pu assigner à comparaître la responsable «officielle» du financement, Violette Trépanier, elle n’a pu entendre son responsable «officieux», Marc Bibeau. L’administrateur de Schokbéton est l’un des principaux sujets d’intérêt de l’UPAC.

C’est maintenant sur l’UPAC que reposent toutes les attentes. Tôt ou tard, il faudra passer les menottes aux voleurs d’élections et aux bandes organisées de la politique provinciale.

Au risque de décevoir les partisans du tout au répressif, la juge Charbonneau a précisé que les règlements à eux seuls ne viendront pas à bout de la culture des enveloppes brunes et du partage de la tarte. Elle a invité la société civile, mais aussi les institutions publiques, à pousser la roue pour faire naître une «culture d’éthique».

L’arrêt des travaux ne marque pas la fin des efforts pour endiguer la corruption et la collusion. Avant de partir, la juge Charbonneau nous a demandé, à tous, de poursuivre le travail.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Un gros MERCI à Monsieur Jean Charest d’avoir eu l’audace de créer cette commission qui nous a révélé tous les travers du système étatico-bolchévik dans lequel nous a entraîné les gauchistes qui mènent le pauvre Québec depuis la Révolution tranquille.

Les gardiens de la Révolution sont les VRAIS responsables de ce gâchis.

Il faut au Québec un virage lucide et plus de privé et de compétition dans nos institutions.

Tout ça pour ça. Il manque toujours au moins 4 grands acteurs de la corruption au Québec: Charest, Bibeau, Marois, Blanchette.

Les frères économes libéraux ont su bien profiter de la situation apparemment cree par les nonos de gauche comme vous le dites…

Bien que madame Charbonneau soit juge, je ne crois qu’elle avait la compétence pour diriger une telle commission. son arrogance a démontré son incompétence. Il me semble qu’elle n’a pas bien compris l’essentiel de son mandat. Heureusement, que l’UPAC a fait sa job, autrement cela aurait été encore un plus grand fiasco. .

Que dire de l’arrogance de l’avocate de la commission. Bref, une commission que ne conduit pas à grand chose. Ce qui joue en sa faveur, le temps. Dans six nous aurons oublié sa décevante participation.

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Les dés sont jetés depuis longtemps. On a choisi de limiter, dans la panique et pour bien paraître devant l’opinion publique, le financement des partis politiques, en misant sur la mobilisation d’une masse de citoyens à 100$ par année. Mais on l’a fait sans évaluer toutes les conséquences, en ignorant pour commencer le fait que notre système électoral n’est pas proportionnel et que les coalitions se font au sein des grands partis, avec l’aide puissante des groupes d’intérêt (volontaires bénévoles, groupes de réflexion sur les programmes, prêts de personnel, aide tactique des professionnels de la politique). On s’est en effet engagé dans une sorte de fuite en avant qui ne tient pas compte du financement parallèle, non pas occulte, mais tout-à-fait libre, des idées politiques: Ainsi nos oligarques (le 1 %) peuvent toujours compter sur des équipes éditoriales qui leur sont totalement dévouées (Gesca, Quebecor), et cela de manière très efficace, compte tenu de la concentration de la presse qui sévit au Québec. Nos syndicats pour leur part peuvent continuer d’assurer le financement direct de « l’indignation » populaire et « spontanée » des citoyens lésés (le transport des manifestants, leur mobilisation, leur encadrement – voir le printemps-érable et le combat actuel contre « l’austérité »). Les associations professionnelles, commerciales (chambres de commerce, Conseil du patronat), et civiques peuvent continuer d’envahir pour leur part les ondes et internet pour faire valoir la haute valeur morale des intérêts qu’ils défendent…celle bien entendu des pauvres et des démunis « bénéficiaires » de leur action ou de la société québécoise dans son ensemble, selon le point de vue où elles se placent.

Il n’y a pas eu depuis deux ans de véritable débat démocratique mais une vaste mise en scène pour offrir aux électeurs ce qu’ils demandaient, un spectacle, des têtes de turc, une bonne conscience. Quand au financement des idées politiques, personne ne l’a vraiment abordé.