Rideau sur l’Horacio Show

Ce qui a fait la force du Dr Horacio Arruda au début de la pandémie est l’élément qui l’a coulé 22 mois plus tard. Analyse. 

Jacques Boissinot / La Presse canadienne, montage : L’actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

Horacio Arruda aura marqué la gestion de la pandémie. Dans son style peu orthodoxe, il a expliqué le peu qu’on savait du virus en mars 2020. Il a fait comprendre la nécessité de la distanciation sociale, concept nouveau à l’époque, et a joué un rôle déterminant dans l’adhésion aux mesures sanitaires qui gouvernent encore nos vies, 22 mois plus tard.

C’est plus que ce que demanderait n’importe quel fonctionnaire de carrière. C’est plus que ce qu’auront dû faire la totalité de ses prédécesseurs au poste de directeur national de santé publique.

Si Horacio Arruda a pu marcher sur l’eau dans les premières semaines de la pandémie, la suite de son mandat a été difficile. Pourquoi ?

Certains citent son manque d’indépendance par rapport au politique, d’autres, sa communication pas toujours claire. Pour ma part, je me range dans le deuxième camp. Pas parce qu’il était un mauvais communicateur, mais bien parce qu’il sortait souvent de son rôle, pour des raisons qui lui appartiennent.

Avant tout, je pense que sa fonction est mal comprise ou qu’elle a été incorrectement expliquée. Le directeur national de santé publique ne prend pas les décisions finales. Il ne devrait pas le faire, en tout cas. D’abord, parce qu’il n’est pas redevable à la population. Ensuite, parce que ce n’est pas dans sa description de poste de s’inquiéter des répercussions de telle ou telle mesure sur l’économie ou pour le monde culturel ou celui de la restauration. Sa tâche en pandémie est de faire en sorte que huit millions de Québécois réduisent leurs contacts. Aux autorités de santé publique de proposer des façons de le faire, au politique de décider.

Certains auraient aimé qu’il soit un chevalier blanc, capable de reprendre le premier ministre si une mesure n’était pas bonne ou pas la meilleure. Qu’il dise « ce n’est pas de nous, c’est eux ». Théoriquement, c’est un idéal, mais c’est bien mal comprendre le rôle d’un conseiller.

Ce qui l’a blessé, c’est qu’on le soupçonne de compromissions pour faire plaisir au politique.

À ce stade-ci, je me permets de faire appel à mon expérience personnelle récente. Dans mes anciennes fonctions, j’ai eu quelques rencontres avec lui. Je n’ai jamais vu ou entendu quelqu’un dire : « Peux-tu m’organiser ça pour que ça donne tel ou tel résultat ? » Jamais. J’ai été témoin de rencontres où on expliquait que les mesures soumises par les autorités de santé publique étaient difficilement applicables dans un milieu et où on demandait des solutions de rechange qui soient mieux adaptées aux réalités. Les propositions qui revenaient étaient fondées sur la science et les connaissances de l’époque et c’était à nous de choisir parmi celles-ci. Aux scientifiques d’établir le champ des possibles, au politique de choisir et d’expliquer.

C’est ici que se situent les véritables faux pas du Dr Arruda, quant à moi.

Lui, comme dépositaire de la crédibilité scientifique des choix gouvernementaux, sentait le besoin de tout expliquer, de tout justifier. Ce faisant, il lui est arrivé de dépasser la ligne.

Prenons sa déclaration sur les masques, au début de la pandémie. Le Dr Arruda disait qu’ils pouvaient offrir un faux sentiment de sécurité s’ils étaient mal ajustés. Tout de suite, de nombreux scientifiques et médecins sont montés aux barricades pour nuancer ses propos. Oui, un masque incorrectement mis est moins efficace, disaient-ils, mais c’est mieux que rien du tout ! Pourquoi le Dr Arruda a-t-il été aussi affirmatif ? Certains soupçonnent un problème d’approvisionnement, ce qui est probable. Mais si tel est le cas, ce n’est pas au directeur national de santé publique à l’expliquer, c’est au politique.

Idem pour les tests rapides ou pour l’aération des classes. Plus ça allait, plus on sentait que la communauté scientifique québécoise doutait.

Mais encore, l’œil avisé remarquait que son autorité semblait de plus en plus contestée à l’interne. J’ai été très surpris de voir la Dre Mylène Drouin affirmer, début janvier, qu’elle n’appliquerait pas une directive, parue le 30 décembre, sur les services de garde. C’est, d’un fonctionnaire à un autre, le plus près qu’on puisse s’approcher de la révolte et ça a envoyé, en temps de pandémie, le signal que ses subordonnés ne le respectaient plus.

À mon sens, c’était la goutte de trop pour le gouvernement.

Certains diront que le premier ministre n’était pas malheureux de le voir prendre la place pour défendre les décisions gouvernementales. Soit, c’est sa prérogative. Mais ultimement, le premier ministre se doit de préserver la confiance et l’adhésion des gens envers les mesures sanitaires mises en place. Se rendant à l’évidence, il n’avait d’autre choix que de se séparer de son comparse des premiers jours.

Horacio Arruda aura été un des acteurs principaux d’une période historique pour le Québec. Il aura fait infiniment plus de bien que de mal, et ce, scruté de toutes parts, avec une petite équipe dévouée. Que les gens ne comprennent pas bien son rôle n’a pas aidé sa cause. Expliquer ce qu’est la santé publique et comment elle fonctionne est d’ailleurs une tâche à laquelle devrait s’atteler le gouvernement au cours des prochaines semaines. Reste que si les éloges étaient nombreux à la suite de son départ, tous en convenaient : il était temps de tirer le rideau sur l’Horacio Show.

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J’ai vécu ailleurs sur la planète et, à mon âge (quasi certain), j’ai assez observé les hommes et leurs hommeries pour comprendre que, comme toujours dans des situations similaires, un gouvernement (qui veut être réélu) a besoin d’un bouc-émissaire pour attirer les regards ailleurs.
On voudrait nous faire croire (à nous « les cons-tribuables ») que tous les dérapages de la gestion de la crise sanitaire sont le fait d’UN seul et unique coupable. Haro sur le baudet ! et l’autre show continue, pour amener les vrais héros aux z-élections. Pauvre Horacio Arruda ! Ta grande erreur a été de mettre un ongle dans l’engrenage dont tu as été un des lubrifiants efficaces de la marche du pharaon vers le trône. Merci pour ta contribution et pars prendre du recul avec tout ça. Tu as semé, « d’autres après toi feront la récolte, peu importe! »

WoW WoW quel commentaire bien explicite, vous avez bien vu et tout dit dans vos phrases rien à ajouter ça fait réfléchir, comme dit le proverbe homo homini lupus ( l’homme est un loup pour l’homme). En passant la réélection entre vous et moi Il est déjà réélu.

En tant que directeur de la santé publique, il avait le pouvoir d »ordonner les directives, malheureusement il a été a la botte du primier ministre et n,a pas su prendre et respecter les pouvoirs que la loi lui imposaient.

Merci M. Héuda.