Rob Ford et l’antirectitude politique

La résilience électorale de Rob Ford démontre qu’il existe un marché politique pour quiconque flatte la médiocrité latente au fond de nous tous. 

Coup de théâtre à Toronto jeudi dernier, alors que la police a annoncé avoir mis la main sur la fameuse vidéo montrant présumément le maire Rob Ford en train de fumer du crack. L’histoire date de mai dernier, quand le Toronto Star et Gawker avaient d’abord publié les allégations explosives, mais la confirmation par la police élimine les doutes qui pouvaient subsister et contredit carrément le maire qui niait l’existence de la vidéo.

Une bombe, donc, qui a amené certains des plus fidèles alliés du maire à demander sa démission.

Le principal intéressé a pour sa part annoncé qu’il demeurerait en poste. Le contraire eut été étonnant, de la part d’un maire qui n’en est pas à son premier scandale et qui n’a jamais manifesté le début d’un commencement d’une possible disposition à démissionner. La routine est pratiquement la même chaque fois: Rob Ford ne s’explique pas, il assimile les accusations à des attaques partisanes, et il se barricade dans son poste.

Pour les opposants du maire et plusieurs observateurs, ces actions sont choquantes et incompréhensibles.

Comment un homme — qui a présumément été filmé en train de fumer du crack; qui a été arrêté en Floride pour possession de marijuana et conduite avec facultés affaiblies; qu’on a enregistré en train de proposer d’acheter illégalement des narcotiques dans la rue; qui a été arrêté et accusé de violence conjugale et de menaces de mort en 2008 (accusations retirées un mois plus tard); qui a répondu par ceci à une femme qui l’avait aperçu en train d’utiliser son cellulaire au volant; qui a déjà déclaré que «les Orientaux travaillent comme des chiens et ils sont lentement en train de nous envahir» ; qui a déclaré que les cyclistes heurtés par les voitures étaient responsables de leur sort; qui n’a pas jugé bon d’interrompre une pratique de football pour donner sa première entrevue à titre de maire; qui a déclaré que «si vous ne vous injectez pas de drogue et que vous n’êtes pas gai, vous n’attraperez probablement pas le sida» ; et qui a été escorté à l’extérieur d’un match des Maple Leafs, ivre, après une altercation au cours de laquelle il a demandé à un homme «s’il voulait que sa petite femme quitte pour l’Iran pour se faire violer et tuer» (et qui a ensuite avoué avoir menti concernant l’incident) — peut-il toujours se considérer apte à diriger la plus grande ville du Canada?

Parce qu’il a sans doute encore la faveur de ses électeurs.

Il y a quelques semaines — des mois après l’explosion du scandale de la vidéo le montrant en train de fumer du crack — ses appuis étaient à 49%, soit 2 points de plus que son pourcentage du vote en 2010. Et si on se fie à un vox pop du Toronto Star effectué dans la foulée de l’annonce de jeudi, les choses ne devraient pas bouger outre mesure. (Ajout: il semble que ce soit effectivement le cas.)

Comment donc Rob Ford peut-il demeurer aussi populaire en dépit de ses frasques personnelles et de ses déclarations à caractère raciste ou homophobe?

Simplement parce qu’il n’a pas été élu en dépit de ces traits, mais en partie à cause de ceux-ci. Si plusieurs électeurs torontois appuient les réformes du maire et sa volonté de s’attaquer aux dépenses publiques, plusieurs ont aussi appuyé le candidat qui a fait le choix de valider leurs travers et de se vautrer dans leurs préjugés. Rob Ford a déclaré la guerre à la rectitude politique, et la recette fonctionne.

Plutôt que de chercher à inspirer davantage de tolérance, de respect et de civilité chez ses concitoyens, le personnage Rob Ford envoie le message inverse, qui réconforte leurs plus bas instincts: c’est correct de rire des homosexuels, de faire la chasse aux immigrants, de frapper les cyclistes, de fumer de la drogue et d’envoyer chier le monde. C’est la validation paresseuse de l’indiscipline personnelle et des préjugés, qu’on oppose à un discours «politiquement correct» qui tente au contraire de combattre les préjugés et le laisser-aller facile.

Poussée à l’extrême, la rectitude politique peut travestir la réalité en substituant une novlangue abjecte à l’expression authentique. Mais, dans son essence, elle sert l’idéal d’une politique qui tend vers l’inclusion, la civilité et le respect — ce qui n’implique pas de mollesse, d’hypocrisie ou de flagornerie pour autant. Bien comprise, la rectitude politique impose une obligation d’édification sociale aux leaders politiques, qui sont libres de proposer toutes les idées qu’ils veulent, pourvu que celles-ci n’invoquent pas nos plus bas instincts: la paresse morale, le rejet de la différence, la domination des faibles, le nombrilisme confortable, etc.

La résilience électorale de Rob Ford démontre encore une fois qu’il existe un marché politique pour quiconque souhaite défier cet idéal et flatter la médiocrité latente au fond de nous tous. Il y aura toujours des électeurs heureux de se faire dire qu’ils ont raison de tolérer leurs défaillances et de mépriser quiconque diffère d’une majorité réelle ou fantasmée à laquelle ils appartiennent. Et il y aura toujours des politiciens prêts à jouer le jeu du populisme pour mousser leur carrière.

Malheureusement, la progression politique de ces hommes et de ces femmes va souvent de pair avec la régression de la civilisation. Tôt ou tard, il faudra choisir entre les deux.

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Pourquoi démissionnerait-il? Selon la loi, il peut commettre tous les faux-pas et délits qu’il veut et rester là jusqu’aux prochaines élections. Même s’il est trouvé coupable d’un crime, pourvu qu’il ne soit pas condamné à la prison. Bravo, Toronto!

si vous ne vous injectez pas de drogue et que vous n’êtes pas gai, vous n’attraperez probablement pas le sida»

Qu’est-ce qu’il y a de d’homophobe là-dedans?

Vous inversez les rôles. La « médiocrité latente au fond de nous » est beaucoup plus chez les tenants de la rectitude politique que chez Ford. Ford dit les choses telles qu’elles sont, ce qui est aux antipodes de la médiocrité.

Ce sont ceux qui parlent la langue de bois de la rectitude politique qui sont médiocres. Mon intention n’est pas ici de valoriser les défauts et impairs de Ford, mais la corruption municipale montréalaise me scandalise pas mal plus qu’un peu de crack ou un peu de marijuana.

Il a fumé du crack…

Il ne lui reste plus qu’à apprendre le Français et Bingo, il possédera tous les atouts pour être notre prochain délégué commercial à New-York…

Avec quels grands hommes toxicomanes de l’histoire du monde doit-on accoquiner Rob Ford? …………………………………………….. Cardinal Duc de Richelieu, ministre de Louis XIII, opium; William Wilberforce, abolitionniste de l’esclavage dans l’Empire britannique; opium; Paracelse, père de la médecine moderne, opium; Joseph McCarthy, U.S. Sénateur, opium; Pape Léon XIII, cocaïne; Steve Jobs, fondateur de Apple Computers, Inc., LSD et marijuana; Thomas Jefferson, U.S. président: marijuana; George Washington, U.S. président, marijuana; Mahomet, leader spirituel fondateur de l’Islam, qui autorise le cannabis en l’an 800; Franklin Delano Roosevelt, U.S. président, alcool; John F. Kennedy, méthamphétamines, stéroïdes, cocaïne; Benjamin Franklin: opium, marijuana; Thomas Edison : cocaïne, alcool; Adolph Hitler, cocaïne et amphétamines (tiens, tiens, comme JFK…); Winston Churchill : amphétamines et alcool;, Ulysses S. Grant: cocaïne, alcool; Newt Gingrich : marijuana; Al Gore : marijuana; Sir John A. Macdonald : alcool; Maurice Duplessis, alcool; Justin Trudeau : … marijuana non-inhallée!!!!; et combien d’autres??????????????????