Robert Bourassa : bâtisseur ou tricheur ?

Vingt ans après l’échec de l’accord de Charlottetown, le fantôme de Robert Bourassa revient hanter les librairies. Qu’est-ce que l’histoire doit retenir de cet ancien premier ministre ?

Bourassa : bâtisseur ou tricheur ?
Steve Libs/Time & Life Images/Getty

Pour l’un, Robert Bourassa était un « bâtisseur » et un « grand homme politique », fondamentalement bon et honnête. Pour l’autre, il était un « tricheur », qui, à coups de mensonges, a « trahi l’ensemble des Québécois ».

Dans deux livres publiés ces jours-ci, Georges-Hébert Germain et Jean-François Lisée offrent une vision diamétralement opposée du parcours de l’ancien premier ministre, mort en 1996 d’un cancer de la peau.

Après avoir tracé le portrait d’une chanteuse (Céline Dion), d’un sportif (Guy Lafleur) et d’une criminelle (Monica la Mitraille), Georges-Hébert Germain souhaitait « découvrir le monde de la politique ». Il s’en est ouvert à un proche de Bou­rassa, rencontré par hasard dans un dîner privé. Quelque temps plus tard, il recevait un appel du représentant de la Fiducie de commémoration de la mémoire de Robert Bourassa, financée par la famille Bourassa. Celui-ci lui offrait de « faciliter ses entrevues » et d’appuyer ses recherches à l’aide d’une « contribution minime » (que la Fiducie ne divulguera pas).

C’est ainsi que l’auteur s’est mis sur la piste de l’ancien chef libéral. « En toute liberté », insiste-t-il, et en son « âme et conscience ». Lui qui n’avait jamais particulièrement apprécié Bourassa ni voté pour lui a découvert, après une multitude d’entrevues avec des proches et des adversaires, « un homme d’une grande tolérance, avec des qualités humaines rares de bonté et de paix ».

« Il restait un être machiavélique, qui pratiquait la politique en virtuose, dit Germain. Mais c’est le seul politicien de sa géné­ration qui a réussi sa carrière politique. René Lévesque était attirant, aimé, charismatique, mais il a échoué son grand projet. »

Bourassa, lui, a lancé les grands chantiers hydroélectriques de la Baie-James, créé l’assurance maladie et fait du français la langue officielle du Québec, rappelle-t-il.

Contrairement aux prétentions du PQ, qui se présente « de façon irritante comme l’unique propriétaire du nationalisme québécois, dit-il, Bourassa était aussi un nationaliste et il aimait profondément le Québec ». Il était toutefois mal-aimé des Québécois, ce qu’il regrettait amèrement à la fin de sa vie, note Georges-Hébert Germain. Avec son « portrait de proximité » (il refuse de parler de biographie), il espère « réhabiliter la mémoire de Bourassa ».

Jean-François Lisée ne s’en cache pas : c’est précisément pour contrer ce qu’il nomme une « opération de blanchiment politique » menée par les « amis de Bourassa » qu’il publie Le petit tricheur (Québec Amérique). Il caressait déjà l’idée de souligner le 20e anniversaire de l’échec de l’accord de Charlottetown en faisant paraître une version condensée et « plus digeste » de ses deux best-sellers sortis en 1994, Le tricheur et Le naufra­geur (Boréal). Il a accéléré sa démarche pour faire coïncider la parution avec celle du livre de Georges-Hébert Germain.

« Face à l’histoire, il faut dire le vrai visage de Robert Bourassa, soutient Lisée. Or, plus on s’éloigne, plus le portrait est accablant. »

Selon cet ancien conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, on ne peut comprendre l’impasse politique actuelle sans revenir à Bourassa. « Après l’échec de l’accord du lac Meech, il a gaspillé, par ses positions personnelles et secrètes, toutes les chances d’élargir les pouvoirs du Québec. »

Avec le recul, dit-il, on sait qu’il s’agissait d’une période cruciale, historique, où il était encore possible de renégocier le pacte canadien. « Bourassa a interdit à la famille fédéraliste d’essayer d’obtenir plus de pouvoirs pour le Québec et à la famille souverainiste d’obtenir une souveraineté consensuelle, à une époque où les sondages étaient favorables. Il a trahi tous les Québécois. Les faits sont là et n’ont jamais été démentis. »

Un homme. Deux livres. Deux visions. Irréconciliables.


Le biographe de Bourassa et l’honnêteté

J’attendais avec impatience l’opus positif de mon ancien collègue de L’actualité et avait hâte de comparer nos notes, côte à côte, ici et là dans les salons du livre. Jusqu’à ce qu’Antoine Robitaille, du Devoir, dépositaire du manuscrit de Georges-Hébert, me demande de commenter le passage du livre me concernant.

Et me consternant. Car je m’attendais à de l’honnêteté de la part d’un homme de la trempe de Georges-Hébert Germain. Mais voici ce que j’ai lu…

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