Santé : le fruit est mûr

Depuis 60 ans, les services publics évoluent autour des baby-boomers. Les polyvalentes et les cégeps sont sortis de terre pour les scolariser. Aujourd’hui, c’est de soins dont ils ont besoin. C’est pour cette raison que cette fois-ci peut être la bonne pour le système de santé québécois.

Freepix / montage : L’actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

Après le PQ, le PLQ, le PQ de nouveau et le PLQ encore, c’était au tour de la CAQ de présenter cette semaine son plan pour favoriser l’accès aux soins de santé. Cette question, qui taraude gouvernement après gouvernement depuis 30 ans, se révèle périlleuse puisque les deux solutions sont impopulaires : d’un côté, une réforme pour laquelle il sera toujours impossible de donner des garanties ; de l’autre, un statu quo électoralement intenable et dont personne ne veut. Autrement dit : faites-nous confiance.

Avant de sauter dans le vide, le ministre Christian Dubé a dû être pris d’un certain vertige : son plan indique la direction, mais quasiment tout le reste est entre les mains d’acteurs sur lesquels il a peu de prise. Ordres professionnels, regroupements, fédérations et syndicats s’entendent peut-être sur la destination, mais le passé démontre que leurs avis divergent à propos de la route à emprunter.

Cette volonté d’unir tous ces intervenants explique peut-être pourquoi, dans le document et la présentation de son plan pour le réseau de la santé, Christian Dubé a fait siennes plusieurs des demandes historiques des divers groupes et organismes. 

D’abord, on ne parle plus d’avoir accès à un médecin, mais bien à un professionnel de la santé. La nuance est importante. Beaucoup de Québécois, dont je suis, voient plutôt une infirmière praticienne spécialisée, une IPS, sur une base régulière — et des spécialistes quand c’est nécessaire. Je ne peux parler pour l’ensemble des gens dans cette situation, mais pour ma part, mon sentiment de prise en charge est le même que lorsque j’avais accès à un médecin.

Derrière cette nuance, il s’agit donc de décloisonner certaines pratiques, de rendre accessibles plus de gestes à des professionnels qui ne sont pas des médecins. L’objectif est d’améliorer la « fluidité dans le parcours de soins ». Si le patient est pris en charge par son IPS, s’il peut aller voir son pharmacien, il risque moins d’aboutir à l’urgence.

Cette volonté d’améliorer la fluidité est aussi manifeste quand on constate l’élargissement du groupe de professionnels qui composent la première ligne. Prenons l’exemple des paramédics (l’appellation correcte est techniciens ambulanciers paramédicaux). Depuis longtemps, ceux-ci demandent de pouvoir accomplir plus de gestes que ceux qui leur sont actuellement réservés. Ils sont formés pour prendre en main de nombreuses situations catastrophiques ; ils pourraient donc aider à prendre des signes vitaux de patients chez eux, après que ces derniers eurent obtenu leur congé de l’hôpital (plutôt que ceux-ci y soient gardés en observation durant une période supplémentaire), par exemple. Ou être les yeux et les oreilles sur le terrain des autres professionnels. Le ministre s’engage à moderniser la politique qui encadre leur pratique. Pour des gens qui habitent en zone éloignée, où la couverture de soins en soirée est souvent limitée à l’ambulance du secteur — ce qui représente beaucoup de monde —, c’est un changement majeur.

Pourquoi se lancer dans ce chantier casse-gueule à 25 jours de la fin des travaux parlementaires ?

Parce qu’en santé comme dans d’autres dossiers, le Québec a la politique de sa démographie. Depuis 60 ans, l’évolution des services publics s’articule autour des baby-boomers. Les polyvalentes sont sorties de terre pour les scolariser, tout comme les cégeps. Aujourd’hui, c’est de soins dont ils ont besoin. Le Parti québécois l’a bien compris. De là la réforme Hébert qui visait les soins à domicile. Le Parti libéral l’a également compris. De là la réforme Barrette. C’est au tour de Christian Dubé de se lancer.

Mais il ne part pas de la même ligne de départ que ses prédécesseurs. Il est dans un gouvernement majoritaire, contrairement à Réjean Hébert. Et il ne semble pas vouloir faire la réforme malgré le réseau, contrairement à M. Barrette.

Tout indique que le gouvernement actuel sera réélu et que Christian Dubé sera reconduit dans ses fonctions. Celui-ci peut donc envisager l’avenir un peu plus sereinement… si une telle chose est possible pour un ministre de la Santé ! Il bénéficie aussi de vents plus favorables, puisqu’il s’est bâti un solide crédit durant la pandémie, tant auprès de son réseau que de la population. Mais surtout, l’ensemble du Québec a compris que c’est la faiblesse de nos capacités hospitalières qui a forcé François Legault à nous confiner plus que nos voisins, et plus qu’il ne l’a peut-être lui-même voulu.

Ainsi, rarement un ministre aura-t-il eu à la fois la volonté d’agir, la possibilité d’agir et la capacité d’agir. À Christian Dubé de saisir l’occasion.

Les commentaires sont fermés.

lorsque nous, babby boomers seront partie, vous serez soulagé n’es-ce pas? ça s’en vient, un peu de patience. Les cégeps sont sortient de terre pour démocratiser l’école, pour la rendre moins élitiste. Boomers ou pas, cette réforme-là devenait nécessaire. Quant à culpabiliser le vieux parce qu’ils demandent des soins, il appert que beaucoup d’entre eux, en demande moins qu’avant justement à cause de l’hygiène de vie entre autre. Je fais partie, pour l’instant du moins, de ces, eux-là. Nous sommes nés comme espoir après la boucherie de la seconde guerre mondiale; nous avons le très très gros défaut d’être majoritaire; encore une fois, ça achève!