Sarkozy, un progressiste ?

Ici, avec le président brésilien Lula da Silva / CC2.5
Ici, avec le président brésilien Lula da Silva / Agência Brasil CC2.5

Je suis pris d’assaut, depuis ce matin, par les internautes anti-Sarkozystes du site français Rue89. Le site a repris, avec ma permission, ma chronique de L’actualité en kiosque en ce moment et qui s’intitule « L’étrange cas de Nicolas Sarkozy« . J’y explique que, parmi tous les leaders occidentaux actuels, Sarko est, de façon surprenante, le plus progressiste dans la gestion de la crise internationale (très offensif pour institutionnaliser le G20, pugnace sur les paradis fiscaux et les limites imposées à la rémunération des banquiers). En politique intérieure, on lui doit de faire de la France, au premier janvier prochain, la plus importante puissance mondiale à disposer d’une taxe anticarbone. On peut dire que toutes ces mesures sont timides, insuffisantes, quasi-hypocrites. Reste que, sans Sarko, ces mini-avancées n’existeraient probablement pas.

Je m’attendais bien sûr à une réaction outrée, je l’ai. Échantillons:

« C’est de l’humour québécois » affirme un internaute indulgent. Une autre affirme que, puisque le Canada est « à la limite du fascisme », rien de ce qu’on peut dire n’a d’importance. Un troisième, serviable, a ce commentaire: « Si vous en êtes si admiratif, peut-être peut-on vous l’envoyer !!!!! ». En échange de Stephen Harper ? On y gagnerait au change. (Voir la litanie ici.)

Mais j’ai aussi des renforts, ou du moins un corroboration indépendante. Dans l’hebdo antisarkozyste Marianne, Philippe Cohen signe un papier intitulé « Et si Sarkozy devenait le candidat de la gauche en 2012 ? » Cohen affirme ne pas écrire au premier degré. Mais il a des arguments, dont voici les principaux:

[…] le bilan de gauche de Sarkozy n’est pas négligeable non plus. Ses discours sont écrits par un homme chassé, en 1998, du commissariat au Plan  par Lionel Jospin pour son gauchisme étatiste, j’ai nommé Henri Guaino. Sarko a rétabli l’idée de politique industrielle que la gauche avait bannie par son ralliement aux idées néolibérales. Il a dénoncé les patrons voyous que la gauche ignorait, expédié les banquiers au piquet. Il a rétabli le dialogue entre le gouvernement et la CGT, et le tutoiement avec ses dirigeants. Bien conseillé par Carla Bruni, il a endigué les velléités de contrôle par ADN des candidats à l’immigration. […] en matière de culture, le bilan de Sarkozy anticipe merveilleusement son deuxième quinquennat à gauche. Il a re-nationalisé la télévision publique en augmentant ses subventions pour la rendre moins dépendante de la publicité. Les auteurs et les acteurs lui sont reconnaissants d’avoir défendu leurs revenus avec Hadopi [NDR la loi anti-téléchargement, qui a divisé la gauche]. Pour les créateurs, l’arrivée de Frédéric Mitterrand sur son scooter met fin au cauchemar qu’ils vivaient depuis le départ de Jack Lang…

Une chose est sûre, Sarkozy serait considéré par les Républicains américains et par Fox News comme un socialiste et Stephen Harper le trouverait trop social et trop écolo à son goût !

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4 commentaires
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« Vu du Québec, Nicolas Sarkozy est un grand progressiste »

Il faut quand même avouer que le titre donné de votre article sur Rue89 ne vous aide pas vraiment.

Je suis assez d’accord avec l’opinion de la lectrice qui vous dit que le Canada est à la limite du fascisme. Le dernier hugement de la Supreme Court en est un bon exemple, comme le refus obstiné de Harper à obtempérer à une série de jugements de cour concernant le jeune Kadhr…

Quant à Sarko, il peuit bien énoncer les idées progressistes qu’il voudra afin de réformer le système financier international, il reste que c’est l’axe Anglo Saxon qui mène la finance mondiale. Pas sur pantoute que les idées de Sarko iront bien loin. Et il le sait et donc ne se prive pas d’avoir l’air vertueux.

Très peu pour moi Sarko.

« Provocation, répression ». Avec un titre accrocheur,faut-il vraiment jouer les étonnés devant les réactions outrées?

Au-delà de ce petit jeu entre la provocation et la réaction, j’ai tout de même l’impression que vous allez chercher un peu d’écume superficielle de la communication présidentielle française pour y déceler une tendance de fond, un décalage et en faire un article.

Malheureusement la politique, en France par exemple, n’est plus qu’une question de communication, d’effets d’annonce et la sortie orchestrée de thèmes (qu’on appelle aussi débats) qui servent de chiffon rouge pour ne pas parler de la gestion du pays, de la politique étrangère, des rapports sociaux, etc.

Et à ce titre, Sarkozy est excellent; un excellent communicateur, un excellent fossoyeur de la chose publique, de la démocratie et de ses combats.

Et ce n’est pas en mettant bout à bout les enfumages que vous – ou Philippe Cohen – construirez un personnage crédible, de gauche ou non.

La taxe carbone, un progrés? Il est certain que cette décision va en pousser plus d’un à se reponsabiliser et à se sensibiliser davantage à ces questions majeures. Mais dans le contexte d’une gestion plus large des problémes environnementaux en France, ce pas plus « ecologique » ne fait pas oublier que la France vient d’être condamnée par la Commission européenne, que Green Peace vient de « s’inviter » à l’Assemblée nationale parce-que justement les efforts sont relatifs et qu’en ce qui concerne la gestion de l’eau en France, il existe tout de même des problèmes serieux puisque l’application de la Directive cadre sur l’eau de l’UE, loin d’être efficiente, laisse présager que la France n’atteindra probablement pas un « bon état » des eaux d’ici 2015 comme l’exige l’UE.