Sarkozy, vu par un « journaliste connivent »

Ma note: 2,5/5

Le livre que consacre le journaliste Franz-Olivier Giesbert à Nicolas Sarkozy pars sur des chapeaux de roues. On lit les premiers chapitres comme des voyeurs introduits dans les coulisses d’un président colérique, autocrate, imbu de lui-même.

Ce n’est pas la première fois que Giesbert nous offre ce genre de divertissement politique. Avec La tragédie du président, sur Chirac, en 2006, puis auparavant avec ses livres sur Mitterrand, le journaliste livrait notamment dans ces ouvrages les notes qu’il prenait lors de ses rencontres privées avec les élus français.

Son dernier ouvrage est égal aux précédents: il nous informe d’avantage sur la psychologie des personnages que sur leurs politiques, nous tient d’abord éveillés par cent petits récits truculents, puis nous ennuie par ses répétitions et sa légèreté.

Françoise Giroud avait écrit, dans La Comédie du Pouvoir, le récit de son passage au gouvernement: « S’il est vrai qu’il n’y a pas de grande personne, Jacques Chirac le laisse plus que tout autre apparaître ».  Giesbert, lui, affirme que Sarkozy est resté un enfant, qui doit faire sa crise quotidienne, est un monstre d’égoïsme, intraitable et déloyal. Sa thèse centrale est que le Sarkozy n’a pas de surmoi, c’est-à-dire qu’il n’a pas intériorisé, petit, les règles du vivre-ensemble et n’a pas compris qu’il ne pouvait rester, toujours, enfant-roi.

Un enfant qui a cependant une extraordinaire mémoire, une grande connaissance des dossiers et une énergie frénétique. Excellent lorsqu’il nous détaille les travers du président, l’auteur est décevant lorsqu’il nous en vante les mérites. Il n’arrête pas d’écrire que Sarkozy fut exceptionnel au moment de la crise économique de 2008 — ce qu’on sait par ailleurs — mais il ne nous offre pas le moindre récit de ses qualités de négociateur international. Dans un chapitre qui porte sur son intervention lors de l’agression russe en Géorgie, on n’arrive pas à savoir si Giesbert la juge excellente ou inutile.

L’essentiel de l’ouvrage nous fait détester le président, puis l’auteur nous avoue en fin de lecture que Sarkozy a d’excellentes politiques publiques puis, in fine, qu’il a changé et a pris de la maturité.

Giesbert a un talent: trouver la petite citation qui coiffe ses chapitres. La meilleure est celle d’Henry Louis Mencken:

Il y a des politiciens qui, si leurs électeurs étaient cannibales; leur promettraient des missionnaires pour le dîner.

Il a un tic: tirer bien fort sur le dictionnaire des citations pour agrémenter son récit, parfois à bon escient, parfois pas du tout, et généralement à trop forte dose. Certains de ses très courts chapitres tournent autour de l’accumulation de ces citations, ce qui est un peu court.

Portrait du journaliste

Giesbert innove cependant dans cet ouvrage en parlant de son propre travail de journaliste avec une franchise et une critique rafraîchissantes. C’est comme un autre livre dans le livre. Il s’ouvre d’ailleurs ainsi:

J’ai toujours été un jurnaliste connivent. La chose est assez mal vue par une partie de ma profession qui pense que, pour bien connaître la classe politique, il vaut mieux ne pas la fréquenter […]. Comme certains de mes collègues, quand je vais à la chqsse aux informations, je dîne avec des politiciens que, pour aggraver mon cas, je tutoie.

Évidemment il prend des notes, accumule les confidences, puis les restitue dans ses livres. Personnellement, je suis de l’école qui croit que si un politicien ne souhaite pas voir ses confidences un jour imprimées, il n’a qu’à ne pas les livrer à un journaliste, même sous le sceau du secret.

Giesbert fut parfois puni pour ce que certains ont considéré être « des indiscrétions ». Banni d’Elysée par Mitterrand qui lui a infligé, dit-il, un contrôle fiscal. Victime de la vindicte de Sarkozy qui a voulu le faire virer par ses patrons (en vain). Cible d’appels courroucés du président se plaignant de tel ou tel article et lui promettant, dans un cas, de l’écraser comme un insecte.

Philosophe, Giesbert estime que c’est le prix à payer pour sa liberté d’action et de ton. Le prix à payer, aussi, pour une des plus grandes libertés qui existe: celle des chroniqueurs, auteurs et analystes à dire, au fond, n’importe quoi. Il cite à ce sujet Mitterrand:

« Veinards de journalistes, vous pouvez écrire n’importe quoi en toute impunité. Plus vous vous fourvoyez, plus vous pouvez gagner de lecteurs. Nous autres politiques, quand on s’est trompé, la sanction tombe tout de suite, on perd les élections. »

Giesbert enchaîne:

J’exerce l’une des rares professions où rien ne tue, ni le ridicule ni l’erreur de jugement. D’où un sentiment lancinant d’imposture. D’autant que notre métier consiste, pour l’essentiel, à expliquer aux autres des choses qu’on ne comprend pas soi-même. Il ne faut simplement pas hésiter à se contredire du tout au tout. Vérité un jour, erreur le lendemain. Il ne s’agit pas de cynisme, mais d’humilité devant les faits.

C’est intéressant, mais un peu court. Il y a, dans les écrits de Giesbert comme souvent ailleurs, une prétention d’omniscience qui est le contraire de l’humilité. Et qui déroute d’autant plus, dans ce livre comme dans ceux qu’il consacrait à Mitterrand, lorsque l’auteur omniscient change d’opinion sur son sujet.

Je donne donc au livre ma note: deux étoiles et demie (sur cinq)

 

 

 

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Le journalisme connivent, s’il a l’avantage d’obtenir facilement l’information, il a aussi les lourds défauts du compromis. Je ne pense pas que René Lévesque, par exemple, l’ait pratiqué.

On dirait que Giesbert, de son côté, pratique le journalisme de potinage. Ce qui est hallucinant, dans son cas, c’est qu’il ait pu avoir accès à quelques présidents d’allégeance politique de gauche et de droite, malgré ses bavures.

C’est à se demander à quels compromis lui-même s’est livré…