Savez-vous planter des arbres ? À la mode…

Viser la carboneutralité d’une campagne électorale, comme le font quatre partis, est un joli symbole. Le défi politique dans la sauvegarde du climat, c’est justement de sortir de la parabole et d’avoir un impact réel. Ça, c’est moins facile.

Photo : Christian Blais pour L’actualité

Il y aura des marches pour le climat un peu partout au Québec ce vendredi et de nombreux candidats en campagne électorale y participeront.

La cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, et le chef parlementaire de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, ont déjà annoncé leur présence à la grande manifestation de Montréal ; le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, devrait y être aussi.

Les chefs de la Coalition Avenir Québec (CAQ) et du Parti conservateur du Québec (PCQ), François Legault et Éric Duhaime, ont pour leur part décliné l’invitation. Rien là de surprenant : il serait incongru que le premier ministre sortant presse le gouvernement d’agir ! Quant à Éric Duhaime, la plateforme environnementale de son parti témoigne d’un désintérêt total pour le sujet : une réduction minimale des gaz à effet de serre n’est même pas au rendez-vous.

Il n’est donc pas étonnant que le PCQ ne se soit pas non plus engagé à diminuer l’empreinte écologique de sa campagne électorale. Les quatre autres grands partis ont au contraire choisi de faire preuve de cohérence avec leur programme en visant des campagnes carboneutres. Après tout, chacun promeut des cibles précises de réduction des GES. Mais si les moyens pour y arriver divergent, les partis ont adopté la même approche pour la campagne : payer pour planter des arbres !

L’organisme privilégié par le PLQ, le PQ et QS pour y voir est Carbone boréal, qui pilote un tel programme de compensation des GES depuis 2008 sous l’égide de l’Université du Québec à Chicoutimi. C’est au moins du sérieux — ce qui n’est pas le cas de tous les programmes du genre —, car les arbres sont véritablement plantés, au nord du Lac-Saint-Jean.

Il reste que cette manière très à la mode de compenser ses déplacements par quelques nouveaux arbres finit par faire penser aux indulgences d’autrefois de l’Église catholique : un péché, une pénitence, un pardon. Va et ne pèche plus… Ça ne tenait pas longtemps.

Or, les écologistes les plus rigoureux savent bien que le geste de planter des arbres n’est qu’une toute petite partie du travail pour lutter contre les changements climatiques. Ce n’est pas une panacée.

Claude Villeneuve, biologiste de renom et directeur de Carbone boréal, en fait lui-même la mise en garde. Il faut des conditions bien particulières pour que l’opération soit valable : voir sur quel terrain l’arbre est planté, s’assurer de sa survie pour 75 ans et ne pas augmenter les coupes ailleurs.

On doit surtout faire attention à la poudre aux yeux. Ainsi, le gouvernement de Justin Trudeau fait beaucoup valoir son engagement de planter 2 milliards d’arbres en 10 ans pour lutter contre les changements climatiques. En 2021, première année du programme, des accords ont été conclus pour la plantation de… 29 millions d’arbres.

Établir des partenariats demande du temps, s’est défendu Jonathan Wilkinson, ministre fédéral des Ressources naturelles et responsable du dossier. Il a ajouté que les arbres mettent un certain temps à pousser : il faut compter de deux à trois ans pour que les semis soient assez grands pour être plantés.

Les GES produits aujourd’hui seront donc compensés… dans quelques années. On en reste à la recette d’autrefois : je pèche, je paie, je n’y pense plus.

Je le souligne sans me moquer : c’est encore ainsi que la plus grande partie de la population — moi y compris ! — manifeste ses préoccupations écologiques. Bac brun, bac vert, métro ou vélo, un peu moins de viande, ça donne bonne conscience. Mais est-ce assez ? Bien sûr que non. En faire plus ? Ouf…

(Le même genre de « ouf » qui a permis au gouvernement fédéral d’appuyer un nouveau projet d’extraction pétrolière, Bay du Nord, au printemps dernier ; le même « ouf » qui justifie le développement des autoroutes au Québec…)

C’est pourquoi j’ai trouvé plus intéressant de lire la démarche de la candidate libérale Virginie Dufour, dans le dossier que La Presse+ a consacré à l’empreinte écologique des candidats dimanche dernier.

Cette ex-conseillère municipale à Laval a présidé le Comité consultatif en environnement de cette grande ville de la banlieue de Montréal. Elle est donc possiblement très sensibilisée à l’enjeu : végétarienne, adepte de la voiture électrique, elle a cherché comment en faire davantage. Elle a ainsi vu à compenser les déplacements de son équipe de bénévoles et, plus inusité, l’utilisation des réseaux sociaux par son équipe. Ceux-ci, on l’oublie, émettent bien plus de GES que la pose d’affiches électorales, avec tous ces serveurs informatiques qu’ils font tourner partout dans le monde, dont bien des endroits où l’électricité n’est pas de la même eau qu’au Québec !

Certes, Virginie Dufour mise elle aussi sur la plantation d’arbres pour être carboneutre, mais elle a trouvé pour ce faire un projet en zone urbaine, à Laval même. De quoi combattre les îlots de chaleur et faire respirer la ville. Tout simple, mais assez près des gens pour que ça donne l’idée de faire plus, de faire mieux, de faire différemment.

Il n’y a pas qu’ici que l’impact environnemental des campagnes électorales retient de plus en plus l’attention. Lors de la campagne présidentielle française du printemps dernier, le quotidien Ouest-France avait même carrément posé la question : pourrait-on limiter par la loi l’empreinte carbone des candidats, comme on le fait pour les dépenses de campagne ?

Cela impliquerait un suivi serré des déplacements, du papier utilisé, de l’activité du site Internet, de la nourriture servie, etc. C’est trop compliqué, exigeant… ou trop d’avant-garde, ont répondu les spécialistes interviewés par le quotidien. D’ailleurs, aucun pays n’a mis en place une telle disposition.

Le fait qu’au Québec, les partis se plient d’eux-mêmes à l’exercice témoigne donc d’une prise de conscience intéressante. Mais ne nous leurrons pas : c’est encore loin de compenser notre timidité collective quand vient le temps de réfréner notre consommation d’énergie et de modifier notre mode de vie — ce qui s’appelle en fait des choix politiques !

Et pour qu’ils soient efficaces, ils devront être, hé oui, exigeants.

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C’est difficile en marchant sur la tête…

Comment voulez-vous que les pieds, les genoux, les coudes et le nez réussissent à planter quoique ce soit dans l’environnement au Canada?

Nous sommes encore enfoncés jusqu’aux genoux dans le Dilbit, imaginez-vous les idées incohérentes qui peuvent sortir d’une tête plantée dans des sillons de cambouis.

Nous subventionnons encore à coups de milliards par année, ceux qui détruisent l’HARMONIE entre la NATURE, l’HOMME et la PLANÈTE avec des projets sans génie comme Baie du Nord.

Espérons qu’au moins les monarchistes mettront en pratique ou commenceront à comprendre ce que Charles III pratique depuis les années 60. Bien avant les écolos à cinq cents.

Je commence à avoir une curiosité pour la monarchie avec Charles III.
Vive la Terra Carta.

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Planter des arbres est toujours une bonne idée sauf que vous rendez-vous compte qu’on en coupe des arbres anciens deux fois plus vite? Des arbres qui ont plus de 1 000 ans qu’on coupe sans vergogne sur l’île de Vancouver avec la bénédiction du vertueux NPD!!! Ce n’est pas tout, ici même, dans notre forêt boréal on coupe des petites épinettes qui ont pris des centaines d’années à grandir en raison du climat rigoureux pour faire du papier Q en Chine ou ailleurs.

Si on pense que le seul fait de planter des arbres va stopper les changements climatiques qui sont une menace pour l’humanité on se trompe dangereusement. Pensez-y: ça prends des décennies pour un arbre à devenir mature et exercer son plein potentiel d’absorption des GES et, entretemps on coupe des millions d’arbres matures…

Planter des arbres est une excellente idée mais il faut aller beaucoup plus loin pour protéger l’avenir de nos petits-enfants: nous devons nous attaquer de front aux énergies fossiles et stopper la déforestation au risque de perdre des jobs. Il faut donc créer des emplois dans un autre secteur, en particulier celui des énergies vertes et les gouvernements qui sont les fiduciaires de notre richesse collective devraient arrêter de subventionner les énergies fossiles et transférer ces milliards vers le développement des énergies vertes.

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