Scandale au Sénat et Nigel Wright : pas d’accusation, mais encore bien des questions

Nigel Wright, l’ex-chef de cabinet du premier ministre, ne fera l’objet d’aucune accusation criminelle pour avoir versé 90 000 dollars au sénateur Mike Duffy afin de lui permettre de rembourser des dépenses litigieuses. Mais cette décision de la GRC ne met pas fin aux questions auxquelles on attend toujours des réponses de la part de Stephen Harper, dit Manon Cornellier.

L’ancien chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper, Nigel Wright, ne fera l’objet d’aucune accusation criminelle pour avoir versé 90 000 dollars au sénateur Mike Duffy afin de lui permettre de rembourser des dépenses litigieuses.

PolitiquePour une raison bien simple : le manque de preuve, indique la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans son communiqué.

«Lorsque la GRC a ouvert une enquête, il y avait des justifications suffisantes pour aller de l’avant en lien avec les crimes que sont l’abus de confiance, la corruption, la fraude contre le gouvernement, ainsi que le fait de recevoir une compensation interdite contrevenant à la Loi sur le Parlement du Canada. Au terme de l’enquête, nous avons conclu que les preuves n’étaient pas suffisantes pour entraîner le dépôt d’accusations criminelles contre M. Wright.»

Le bureau du premier ministre a réagi avec retenue, mais en coulisses, on était soulagé. Quant au principal intéressé, Nigel Wright, il a rappelé qu’il n’avait toujours voulu qu’assurer le remboursement des fonds publics et conclu qu’au fond, la GRC reconnaissait sa version des faits.

«J’ai cru que mes gestes respectaient toujours l’intérêt public et qu’ils étaient honnêtes. Le résultat de l’enquête en profondeur de la GRC vient désormais soutenir ma position», a-t-il fait savoir dans une déclaration diffusée par son avocat.

La GRC n’a pas trouvé preuve d’un acte criminel, mais elle n’a jamais dit non plus que le geste de M. Wright était dans l’intérêt public. Et on voit mal comment elle aurait pu en arriver à pareille conclusion.

L’intérêt public ne s’arrête pas au fait de faire économiser 90 000 dollars aux contribuables. La protection de l’intérêt public passe aussi par le respect de la vérité et de l’éthique.

On en est loin quand un chef de cabinet tente d’aider en catimini un sénateur et un gouvernement à ne pas perdre la face. Ou encore quand il invite un collègue à interférer, pour les mêmes raisons, dans une vérification indépendante. Ou qu’il cherche à diriger le travail de sénateurs supposés être indépendants du pouvoir exécutif dans le but de faire altérer un rapport autrement dommageable pour le sénateur Duffy.

La décision de la GRC ne met donc pas fin aux questions auxquelles on attend toujours des réponses de la part de M. Harper. Car Nigel Wright n’était pas seul dans cette galère. Il l’a lui-même reconnu dans une déclaration à la police. Cette dernière l’a illustré avec encore plus de détails l’automne dernier, dans une déclaration soumise en appui à une demande de mandat.

Au moins une douzaine de personnes ont été mêlées à ces tractations secrètes. On parle ici de hauts gradés du bureau du premier ministre, du Parti conservateur et de l’équipe conservatrice au Sénat, tous choisis et nommés par M. Harper. Certains sont toujours en place, dont le sénateur Irving Gerstein, qui est encore le grand argentier du parti.

M. Wright ne sera accusé de rien, mais la GRC a indiqué qu’il pourrait être amené à témoigner dans d’autres affaires. La police fédérale enquête toujours sur les cas de Mike Duffy et de Pamela Wallin, et elle a déjà porté des accusations contre Patrick Brazeau — les trois sénateurs conservateurs suspendus l’automne dernier.

Quant à M. Wright, il n’est pas totalement sorti du bois, puisque son dossier retourne maintenant dans les mains de la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mary Dawson.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

Ah! Ah Mme Cornellier j’adore votre passage : « La GRC n’a pas trouvé preuve d’un acte criminel, mais elle n’a jamais dit non plus que le geste de M. Wright était dans l’intérêt public. […] La protection de l’intérêt public passe aussi par le respect de la vérité et de l’éthique. » Si vous souhaitez que l’intérêt public, la vérité et l’éthique soient validés par la police, certains de vos collègues journalistes seront alors très nerveux, car leur propre éthique journaliste est assez douteuse…Mais heureusement pour nous tous, ce n’est pas encore un crime! Cela nous permet d’avoir de bons articles à commenter.