Sergio Pavone

Âge : 43 ans Maire depuis : 1999 Municipalité : Châteauguay Population : 43 353 habitants

Votre premier dossier chaud

Les gens voulaient une meilleure qualité de vie. Il n’y avait pas de pistes cyclables, pas de salle de spectacles ni de salle des jeunes adéquate, la bibliothèque ne pouvait accueillir que 4 500 personnes, alors qu’il y a plus de 43 000 citoyens… Bref, il fallait améliorer les infrastructures. Les gens réclamaient des services haut et fort, mais ils ne voulaient pas payer. Quand je suis arrivé à la mairie, il n’y avait pas eu d’augmentation de taxes depuis 12 ans ! Il fallait donc que les citoyens comprennent que pour avoir plus, il fallait accepter une augmentation.

La réalisation dont vous êtes le plus fier

Avoir réussi, tout en dirigeant la municipalité, à occuper une place d’importance au niveau régional, voire provincial. Mes collègues et moi avons mis la main à la pâte pour que Châteauguay et toute la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent aient un financement respectable, à la hauteur de celui des autres régions. Et les citoyens en bénéficient directement. Pour le reste, je n’ai été ni meilleur ni pire que les autres maires, je pense. 

Ce qui a le plus changé entre le début et la fin de votre mandat

Le monde municipal a beaucoup changé. Les points de repère, aussi. On arrive à exister en tant que région, mais on reste très assujetti. Le pouvoir exercé par le provincial est resté le même.

La population aussi a changé. Elle est de plus en plus intransigeante, plus intolérante, plus critique. Avant, il y avait plus de retenue dans la critique, plus de politesse. Les arguments étaient énoncés intelligemment, alors qu’aujourd’hui ils sont empreints de démagogie. Il me semble que ce sentiment est exacerbé par le cynisme de la presse.

Le secret de la longévité d’un maire 

Quand j’ai annoncé ma décision de ne pas me représenter, on m’a dit que j’avais deux chances sur trois de remporter un nouveau mandat. Peu importe, ce serait mon dernier mandat, et j’ai tenu promesse. J’ai aujourd’hui 43 ans, et je veux voir ma fille de 11 ans grandir, je veux être là pour elle.

J’ai toujours été franc avec les citoyens et, parfois, ils n’aimaient pas ça. Ils voulaient des pistes cyclables, mais certains m’ont traité d’« écœurant » parce que, pour y arriver, j’ai augmenté les taxes… Je ne suis pas le magicien d’Oz, moi !

La clé de mon succès, selon moi,  est d’avoir donné l’heure juste et d’être arrivé avec une vision personnelle. Je leur ai dit : « C’est là que je veux aller, ça va coûter tant, et je veux y arriver tout de suite. Si c’est ce que vous voulez aussi, votez pour moi. »

L’une des principales raisons de mon départ est que je ne peux pas instaurer un gouvernement régional autonome. On n’est pas assez mûr au Québec pour ça. Pourtant, il faut aller plus loin, sinon on ne fait que de la gestion au quotidien. Il faut faire évoluer la société !

Le principal défi de votre successeur 

Gagner la confiance de la région. Je siégeais à 18 comités, dans certains cas, en tant que président ou vice-président. Il lui faudra apprendre vite et gagner des galons, obtenir la confiance des autres maires, des députés, des ministres. Il se devra d’être excessivement présent pour gagner en crédibilité. Il devra abandonner tout de suite l’idée d’avoir une vie de famille normale, car c’est une vocation. Il ne suffit plus de s’occuper de sa municipalité aujourd’hui, il y a tellement d’instances suprarégionales qui ont une influence directe…