Si j’étais conseiller de Dominique Anglade…

Cet ancien proche de nombreux politiciens poursuit sa série de cinq textes autour du thème : « Si j’étais conseiller de chacun des chefs des partis représentés à l’Assemblée nationale, que leur dirais-je, à un an des élections ? » Cette semaine, Dominique Anglade, du Parti libéral du Québec.

Dominique Anglade / Facebook / Montage L'actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

Dans le Musée des beaux-arts de Boston est exposée une toile gigantesque de la collection Thompkins qui pose les trois questions à l’ordre du jour pour Dominique Anglade : D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

Oui, il y a Marie Montpetit. Bien sûr, il y a Gaétan Barrette. Mais le malaise est ailleurs, et si les turbulences de son caucus lui causent des maux de tête ces jours-ci, la cheffe libérale doit absolument séparer l’urgent de l’essentiel.

L’urgent, c’est de ramener de l’ordre dans un caucus qui est divisé pas seulement sur des questions politiques, mais surtout par les trajectoires divergentes des élus qui le composent.

On y trouve premièrement beaucoup d’ex-ministres qui s’apprêtent à envoyer leurs dernières cartes de Noël. Pas facile de les occuper ou de les intéresser alors qu’ils se remémorent leurs belles années au pouvoir et se soucient de la trace qu’ils laisseront dans le firmament politique québécois.

On y trouve ensuite des jeunes qui souhaitent se définir, apporter leur couleur. Certains sont des officiers, comme André Fortin. D’autres attirent naturellement la lumière, comme Marwah Rizqy. Quoi qu’il en soit, ils désirent profiter de chaque point de presse, de chaque période des questions pour tirer leur épingle du jeu, quitte à marcher sur des orteils.

D’expérience, je suis d’avis qu’une crise comme celle des derniers jours allait arriver de toute manière, ne serait-ce que par sa dimension purement mécanique. Il y a dans le caucus actuel beaucoup d’égos. Tous veulent bien paraître, qu’ils soient au crépuscule ou au début de leur carrière. Or, le nombre de questions à poser au Salon bleu est limité. Le président du caucus et la cheffe doivent tous les jours dire non.

Mais ce qui devrait être la plus grande crainte de Dominique Anglade réside dans l’essentiel : le positionnement politique et la désaffection des électeurs francophones.

Parmi les victimes du résultat électoral du 1er octobre 2018, on compte… le plaisir d’être libéral. Personne dans ce caucus ne semble s’amuser. On pose des questions, on porte la démocratie québécoise sur nos frêles épaules, on déchire nos chemises sur des principes, mais on n’a aucun plaisir, ça non ! La Coalition Avenir Québec en a, elle ose. Québec solidaire en a aussi, il a un projet. On a parfois l’impression que les libéraux portent, eux, un masque mortuaire.

Pour avoir du plaisir, il faut une direction, un objectif et des tâches définies pour chacun. Les grands gouvernements libéraux qui ont été élus avaient pour la plupart un projet majeur. Le vote des femmes, la modernisation de l’État québécois, la nationalisation de l’hydroélectricité, le développement de la Baie-James. D’autres ont su lancer des débats, comme la « réingénierie » de l’État ou le Plan Nord. Et les libéraux post-Couillard, eux ? Difficile à dire.

La première question pour Dominique Anglade : Qui sont-ils ? J’ai bien peur que jusqu’ici, on ait une réponse très partielle. Plus à gauche que l’un, moins nationaliste que l’autre. Le congrès de la fin novembre représente une occasion, peut-être la dernière grande occasion avant les élections, de se définir. Une réponse claire à cette question permettra aussi aux électeurs de comprendre le logiciel, la grille d’analyse de la cheffe. On savait d’avance ce que pensaient Lesage, Bourassa, Ryan ou Charest des problèmes politiques de leur époque. Ce n’est pas le cas maintenant.

Ensuite, d’où venons-nous ? Je l’ai mentionné, l’héritage libéral est considérable, mais Dominique Anglade semble vouloir procéder à un droit d’inventaire ; mettre de l’avant certains éléments au détriment d’autres. C’est sa prérogative. Mais elle risque fort de déboussoler les électeurs traditionnels et fidèles au PLQ dans une volonté trop marquée de s’affranchir d’un passé très récent. Carlos Leitão pourra-t-il confortablement porter les habits de la gauche après avoir revêtu la chasuble de l’austérité budgétaire ? J’en doute.

Finalement, où allons-nous ? C’est LA question de la dernière année. Quel est le projet ? Les libéraux ne peuvent rester dans la critique du gouvernement sans se condamner à l’échec. En politique, pour faire rêver, il faut remplacer un projet par un autre. Le Parti québécois avait l’indépendance. La CAQ avait le Projet Saint-Laurent. Certains s’en moquaient, mais ça permettait d’englober toutes les idées de François Legault dans un tout cohérent et facile à comprendre. Être marginalement différent de l’un ou de l’autre ne mobilise personne. Pire, ça confère souvent à l’indifférence. Depuis trop longtemps, le parti vise le pouvoir pour le pouvoir, sans se servir des ressources du gouvernement pour accomplir une réforme majeure.

On lisait dans le texte de Guillaume Bourgault-Côté cette semaine que le PLQ souhaite virer sérieusement à gauche. Il espère ainsi se libérer d’une base électorale qui rétrécit et s’ouvrir à de nouveaux horizons.

C’est à ses risques et périls. En politique, échanger un vote qu’on a contre un vote qu’on souhaite avoir est souvent une mauvaise idée.

Que Mme Anglade règle l’urgent. Elle se doit d’avoir un caucus qui regarde le même horizon et qui travaille ensemble, c’est une évidence. Mais qu’elle n’oublie jamais que son salut passe par l’essentiel. Rappelons-nous les questions posées par Gauguin. D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Elles sont, pour Dominique Anglade, criantes d’actualité.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.