Si j’étais conseiller de Gabriel Nadeau-Dubois…

Cet ancien proche de nombreux politiciens poursuit sa série de cinq textes autour du thème « Si j’étais conseiller de chacun des chefs des partis représentés à l’Assemblée nationale, que leur dirais-je, à un an des élections ? » Cette semaine, Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire.

Gabriel Nadeau-Dubois / Facebook / Montage L'actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

Québec solidaire (QS) ne connaît pas le recul électoral. Depuis sa création, son nombre de députés augmente lors de chaque élection. De 1 en 2008 à 2 en 2012, à 3 en 2014, jusqu’aux 10 de 2018, jamais le parti de gauche n’a perdu une circonscription qu’il tenait précédemment. Et jamais n’a-t-il eu à jouer défensif.

L’accession de Gabriel Nadeau-Dubois au poste de chef parlementaire suit le même mouvement. L’homme providentiel de la gauche québécoise, c’est lui. Le meilleur espoir du grand soir, c’est lui aussi. La preuve ? L’annonce de son intention de briguer les suffrages pour QS dans Gouin en 2017 a dopé le nombre de membres, le nombre de dons et l’espace médiatique occupé par son parti du jour au lendemain. Depuis son arrivée comme député, il a travaillé sans relâche à professionnaliser QS, pour qu’il passe d’un groupe de pression se satisfaisant de générer des clics au statut de parti politique pouvant aspirer à gouverner le Québec. 

Sa seule présence gonfle les attentes, et ses déclarations le font également. Mais cet effet semble limité. S’il a réussi à incarner l’opposition au projet politique de la CAQ — jusqu’à devenir l’interlocuteur privilégié du premier ministre quand il décide de diviser —, il reste que les sondages ne font pas état d’une quelconque percée de GND. C’est un premier feu jaune. 

Si talentueux soit Gabriel Nadeau-Dubois, il n’est pas non plus à l’abri des gaffes. La plus grande, selon moi, est de cautionner (ou de laisser faire) l’idée qu’ont eue des proches de QS de créer un média (le site Majeur) qui allait reprendre des articles de journalistes en ajoutant des citations de députés solidaires… Ça me sidère encore ! 

D’une part, de croire que les journalistes membres de la Tribune de la presse n’allaient pas s’en rendre compte et s’en plaindre était d’une naïveté stupéfiante. Ensuite, cela ne sert absolument pas le débat public. Les députés peuvent diffuser des communiqués à loisir ou prendre la parole sur les réseaux sociaux. Nul besoin de plagier du contenu en ajoutant au passage ce qu’on aurait aimé y lire. C’est à la limite enfantin. 

Plus largement, se présenter comme étant la réelle solution de rechange au gouvernement vient avec des responsabilités supplémentaires.

Gabriel Nadeau-Dubois devra notamment bâtir une équipe de candidats et de candidates plus étoffée que celle de 2018. Son équipe actuelle réussit souvent à faire parler d’elle — c’est d’ailleurs un talent que les solidaires ont depuis le jour 1. Mais il est difficile d’y trouver plus que trois ou quatre ministres potentiels. 

L’époque où on pouvait dire à la blague que le futur ministre des Finances de QS serait le candidat qui avait passé ses maths 436 est révolue… 

Je m’attends ainsi à ce que Gabriel Nadeau-Dubois présente des candidats de grande qualité lors de la prochaine élection. La Dre Joanne Liu en santé, par exemple. J’émets une hypothèse, bien sûr, puisque rien dans les déclarations de la Dre Liu ne laisse croire qu’elle ait envie de faire le saut en politique active (dans un courriel, elle dit avoir eu des échanges avec plusieurs partis — surtout au début de la pandémie —, tout en affirmant que son rôle n’a toujours été que consultatif et lié aux questions sanitaires). Or, QS a beaucoup insisté sur son profil et ses capacités — bien réelles — pendant la COVID, et s’est souvent appuyé sur ses dires et analyses comme sur ceux d’autres médecins actifs sur les réseaux sociaux. 

Une candidature de ce type enverrait un signal important comme quoi le jeune parti est capable d’attirer des pointures.

Idem en économie. Dessiner les contours de l’économie de demain peut faire rêver, mais présenter quelqu’un qui serait en mesure de transformer la vision en politiques publiques et dont la compétence ne fait pas de doute est nécessaire à cette étape-ci. François Mitterrand avait Jacques Delors pour rassurer les électeurs du centre. Est-ce que Gabriel Nadeau-Dubois pourra compter sur un économiste de haut vol ou un patron de gauche tel Robert Dutton ou Euclide Véronneau ? Cela aussi aiderait à confirmer le sérieux de la formation.

En plus de ces cautions morales ou politiques, la transformation doit également passer par une analyse des rouages de l’État qui dépasse les slogans. Je conseillerais donc à Gabriel Nadeau-Dubois de trouver quelques fonctionnaires en début de carrière qui partagent ses idées, qui prendront du champ avec lui et qui permettront de démystifier le fonctionnement des agences, sociétés d’État et ministères.

Si poser des questions en Chambre sur le champ d’application d’un alinéa obscur dans un projet de loi est moins sexy que de parler ad nauseam d’urgence climatique, c’est néanmoins un passage obligé pour tout parti qui aspire sérieusement à gouverner.

Dernier élément : les militants solidaires semblent commencer à remettre en question les choix de la direction. De plus en plus d’entre eux déplorent publiquement que la parole se cadenasse. Mais encore, l’écart entre la base et les électeurs nécessaires à la poursuite de la croissance se creuse. Plus c’est le cas, plus Gabriel Nadeau-Dubois devra jouer à l’équilibriste entre les positions ou revendications traditionnelles de la courtepointe solidaire patiemment tissée par Françoise David et les aspirations des électeurs potentiels. Paradoxalement, si plus de Québécois et de Québécoises envisagent de voter pour lui que c’était le cas pour sa prédécesseure, il n’a pas — encore — l’ascendant sur son parti qu’avait Mme David. 

J’aime bien « GND ». Je suis parfois en désaccord avec lui sur le fond, mais je reconnais son talent, sa gouaille, son intelligence. Bien que les choses puissent changer, je n’ai aucune difficulté à croire qu’il a ciblé les dominos qui doivent tomber pour qu’advienne le grand soir de la gauche québécoise dans 5, 8 ou 10 ans. Je n’ai pas non plus de doute sur ses capacités à le faire advenir. Mais il y a présentement un gros bémol : si Gabriel Nadeau-Dubois veut vraiment que Québec solidaire passe à la vitesse supérieure, il serait bien avisé de commencer à préparer ce qui arriverait au lendemain d’une élection victorieuse.

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Je me souviens du discours de Gabriel Nadeau-Dubois à l’époque du printemps orange. Son discours était marxiste. Encore aujourd’hui la structure de son discours dénote une pensée analytique marxiste. Les marxistes ont une pensée structurée et ont tendance à favoriser l’analyse marxiste au détriment du gros bon sens; au point de paraître sociopathe.
Gabriel Nadeau-Dubois a-t-il des tendance sociopathes?

À mon avis, Québec solidaire a atteint son plein potentiel de croissance et ne peut que régresser. La cause réside dans la défense presque exclusive par QS des populations appartenant à des minorités ou représentant des voix à la marge de notre société. Bien sûr, il faut se porter à la défense des droits des exclus, mais un parti politique ne peut se permettre de négliger les aspirations de la majorité. Québec solidaire se cantonne principalement dans cette marge, semblant se désintéresser des enjeux plus globaux, comme c’était le cas sous F. David. Ses prises de position sur les enjeux climatiques ne distinguent pas QS car tous les partis d’opposition en ont fait une priorité. Aussi longtemps que GND se laissera fixer son agenda politique par les plus radicaux à l’intérieur de son parti (afin d’éviter le schisme), aussi longtemps il verra la majorité de l’électorat se détourner d’un QS devenu trop dogmatique et enfermé dans des dérives idéologiques qui inquiètent et repoussent une majorité de Québécois et de Québécoises. En effet, ceux-ci aiment bien qu’on s’intéresse aussi à leurs besoins spécifiques, aux enjeux propres au devenir de leur nation. Et cela, QS ne l’a pas compris… ou si peu.
Dommage, GND est un homme politique qui a de l’étoffe et des compétences qu’il pourrait mettre à profit s’il avait une vision plus globale et rassembleuse de son rôle de leader.