Si j’étais conseiller de PSPP…

Cet ancien proche de nombreux politiciens poursuit sa série de cinq textes autour du thème : « Si j’étais conseiller de chacun des chefs des partis représentés à l’Assemblée nationale, que leur dirais-je, à un an des élections ? » Cette semaine, Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois.

Paul St-Pierre Plamondon / Facebook / Montage L'actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

George Sand a dit que « les déceptions ne tuent pas et les espérances font vivre ». Ce beau mot me fait penser à la situation de Paul St-Pierre Plamondon.

Soyons francs, quelle ingratitude ! Pendant des années, on peut se voir chef de parti et travailler chaque jour pour faire apparaître son rêve, ne pas compter ses heures, trimbaler sa famille à gauche et à droite. Tout cela pour, le jour J, se retrouver dans l’ombre d’un parti cousin qui occupe tout l’espace. Et pour diriger un parti au plus bas dans les sondages, incluant un caucus qui s’effrite.

Rien dans la liste des malheurs qui affligent son parti n’est la faute de Paul St-Pierre Plamondon, ou si peu. Mais comme pour chaque précédent chef du PQ, l’unité de mesure pour la comparaison reste le René Lévesque des bonnes années, quand le parti s’inscrivait dans l’histoire mondiale des décolonisations et de l’émergence de la social-démocratie.

Paul St-Pierre Plamondon ne sera pas premier ministre. Pas en 2022, en tout cas. Et pour voir advenir 2026, il doit travailler à gérer les attentes de son caucus, de ses militants et de la population.

Il a fort à faire.

À commencer par choisir une voie, un dossier et s’y tenir jusqu’à 2022. Le PQ s’exprime actuellement tous les jours sur tous les enjeux possibles. Le bureau de presse est hyperactif et une disponibilité médiatique n’attend pas l’autre. Le résultat : un message flou et des erreurs dues à la précipitation. Par exemple : laisser entendre que le premier ministre briserait les règles sanitaires en accueillant ses enfants au plus fort de la crise COVID ? Une gaffe évitable. Demander au politique de faire changer des territoires de couleur sur l’échelle sanitaire qui était alors en vigueur au printemps 2021 ? Une autre gaffe. 

La cote du PQ est encore bonne sur des dossiers qui ont trait à la langue, la culture, l’identité. C’est là-dessus que le parti devrait être visible. Pas en train de mener un combat écologiste contre QS, combat qu’il ne gagnera jamais. 

C’est comme si l’aiguille de la boussole qui guide le PQ ne pointait plus jamais le nord, mais tournait plutôt sans cesse.

Il faudrait aussi… cesser de parler du PQ. Je lisais la semaine dernière ce que le parti mettait de l’avant après  la « victoire » du report de la date de vaccination obligatoire du personnel de la santé du 15 octobre au 15 novembre. Je me questionne encore au sujet de la nécessité de claironner que c’est le PQ qui a demandé quelque chose qui va contre la volonté d’une si grande partie de la population… 

Avec Osez repenser le PQ, Paul St-Pierre Plamondon parlait du PQ à des péquistes. Idem pendant sa course à la direction — ce fut sa porte d’entrée au parti. Mais il est désormais ailleurs ; il doit faire en sorte que s’intéressent à son parti des citoyens beaucoup plus éloignés de la politique que des militants passionnés par le véhicule du PQ. Chaque fois qu’il publie un statut Facebook long comme le bras, je vois les votes sortir de la boîte…

Il me semble urgent que le chef et son équipe s’isolent quelques jours et planchent sur un plan de match jusqu’aux élections. Quel est notre message ? Comment peut-on le répéter jusqu’à ce que tout le monde l’ait entendu ? Une fois le message adopté, ils n’ont pas le luxe d’y déroger — ils partent d’assez loin, déjà.

À l’interne, l’objectif pour PSPP est de ne pas perdre de sièges… et de gérer les attentes quant aux gains possibles. S’il se présente au premier jour de la campagne électorale en disant qu’il sera premier ministre 30 jours plus tard et qu’il met sur pied un comité de transition, il fera rire de lui. Il doit être lucide quant à sa position de départ et ses objectifs à l’arrivée. 

Permettez que je dresse un parallèle entre la situation dans laquelle se trouve le PQ actuellement et celle dans laquelle était le Bloc québécois en 2015 (j’étais alors conseiller du parti). Le Bloc avait deux députés au déclenchement de la campagne. Le plan était clair, nous allions faire campagne intensivement dans 15 circonscriptions avec comme objectif d’en remporter 12. Chaque dépense, chaque visite du chef, tout était pensé avec ce seul objectif en tête. Avec cette stratégie — et malgré la force du NPD et la faiblesse de nos finances —, le Bloc québécois a vu sa représentation à la Chambre des communes passer de 2 à 10 sièges. Même si l’objectif a été raté de peu, ces 10 sièges ont constitué le socle sur lequel s’est bâtie la renaissance du parti en 2019.

Paul St-Pierre Plamondon doit vendre ce plan de progression à ses militants et à ses candidats. Il en va de sa survie comme chef. La bonne nouvelle est que, jusqu’à ce jour, aucun parti n’a recueilli de votes pour 2022. Reste que, si le résultat devait être en deçà des attentes, les militants de plus en plus pressés de voir l’indépendance de leur vivant ressortiraient la guillotine. À leur détriment.

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C’est positif en effet que Paul Plamondon soit jeune. Mais l’empressement de s’exprimer abondamment dans les réseaux sociaux lui cause des tords. Mais vraiment j’écoute Jean- François Lisée et je pense que PP doit le consulter. Dans ces temps difficiles pour le PQ, JFL serait l’homme de l’heure. Il faut arrêter le saignement. La leçon de Parizeau sur les ethnies doit être refaite. Les minorités du Québec viennent des pays où la notion d’indépendance est cruciale. Vendre le projet souverainiste dans ces communautés est pourtant si simple. Mais au lieu, les déclarations de PP Les éloignent au lieu de les attirer du PQ. Pendant ce temps Legault a des ministres de la communauté noire et joue cette carte tout de suite après avoir diabolisé le wokisme. Il y aura des surprises en 2022.

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Vraiment intéressant ce papier de M. Vallières. Est-ce que PP lit le magazine de l’Actualité? J’ajouterais une autre chose: mettre l’harmonie comme objectif prioritaire à défendre et à atteindre parmi les membres du PQ d’abord et ensuite entre les Québécois eux-mêmes. Quant à la souveraineté, plutôt que viser le tout ou rien, je reviendrais à la souveraineté-association de Lévesque et Bouchard: une forme de souveraineté à l’intérieure du Canada; pas vrai que les immigrants et les nostalgiques vont couper tous les liens avec la Patrie. Il n’y a pas si longtemps, les Québécois étaient les Canadiens, les autres étaient les Anglais. Les principautés de Monaco, de Andorre sont des exemples de bon voisinage avec la France et l’Espagne. Enfin, la sociale démocratie est la marque du PQ traditionnelle. Il suffit de l’améliorer pour le futur.

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Une souveraineté au sein du Canada, c’est le Credo de la CAQ. Le PQ doit viser l’extrême centre avisé (qui se distingue du populisme de gauche (QS), de droite (PCQ) ou de nulle part (CAQ).
* L’antonyme de « populisme » est difficile à circonscrire en un seul mot. Il s’agit d’une doctrine démocratique, efficace et applicable, sans être élitiste. Elle repose sur l’intelligence populaire plutôt que la bêtise idéologique. C’est le sens que je donne au mot « avisé ».