SNC-Lavalin a du chemin à faire

La firme de génie-conseil qui faisait jadis la fierté des Québécois a reçu sa part de publicité négative à la commission Charbonneau.

PolitiquePeut-on croire à l’authenticité du «changement de culture» au sein de SNC-Lavalin ?

La firme de génie-conseil qui faisait jadis la fierté des Québécois a reçu sa part de publicité négative à la commission Charbonneau, alors que les témoins ont disséqué la scandaleuse fraude de 22,5 millions qui aurait été orchestrée par l’ancien P.-D.G. de la firme, Pierre Duhaime, et un ancien vice-président, Riadh Ben Aïssa, au moment d’attribuer le contrat de construction du Centre hospitalier universitaire de santé McGill (CUSM) — un pactole de 1,3 milliard de dollars.

Jeudi, dans Le Devoir, le futur chef de la conformité de SNC-Lavalin, David G. Wilkins (un ancien cadre de Dow Chemical), a voulu répondre aux craintes légitimes exprimées par le public. Il est «inévitable» de s’interroger sur les mesures prises au sein de la société, a-t-il dit.

«Le monde veut savoir si c’est une réaction impulsive pour “faire quelque chose vite” et “cocher des cases”, ou si l’entreprise a vraiment changé», a dit M. Wilkins.

«Le monde devra surveiller. Et nous, on devra livrer la marchandise et démontrer, par notre comportement, que les choses ont changé et que la direction ne tolérera plus le genre de geste qui a causé ça», a-t-il ajouté.

Que c’est bien dit ! Les propos de M. Wilkins tombent sous le sens.

Au même moment, Charles Chebl passait un mauvais quart d’heure à la commission Charbonneau.

Chebl a avoué, jeudi, lors de son témoignage, qu’il avait copié les plans d’un consortium rival (OHL-PCSUM) afin d’aider son entreprise, SNC-Lavalin, à présenter une meilleure soumission dans le projet du CUSM, en 2010.

On connaît la suite. Le consortium dirigé par SNC-Lavalin a obtenu le contrat, entre autres grâce à la complicité présumée du directeur général du CUSM, Arthur Porter, et de son bras droit, Yanaï Elbaz.

Charles Chebl a joué aux victimes à la commission Charbonneau. Il s’est dit «forcé» par ses patrons, Duhaime et Ben Aïssa, de plagier les croquis d’OHL-PCSUM. «Je n’ai pas eu le choix», a-t-il dit.

Charles Chebl a fait pire. Il a accepté de rencontrer un cadre du CUSM avant la fin de la période d’appel d’offres, une démarche qu’il savait en parfaite violation des règles fixées par l’Agence des partenariats publics-privés (PPP) du Québec.

Il y a des stagiaires en génie et des secrétaires qui ont fait preuve d’une plus grande capacité de résistance que Charles Chebl dans la longue et triste histoire de la corruption au Québec.

L’homme n’était pas le dernier venu chez SNC-Lavalin. Au moment des faits, il était en charge de l’appel d’offres pour le CUSM. Il possédait une solide expérience dans les projets d’envergure, que ce soit pour le Centre Bell, le métro de Laval et, même, le pavillon du Canada pour l’exposition universelle de Shanghai.

Charles Chebl avait l’autorité morale pour tenir tête à ses patrons, mais il a préféré jouer aux laquais.

En 2012, il a été récompensé pour sa loyauté à l’entreprise. Il a été promu au poste de vice-président directeur, responsable de la division construction SNC-Lavalin. C’est le poste qu’occupait Riadh Ben Aïssa jusqu’à son arrestation.

Le commissaire Renaud Lachance s’est interrogé sur la culture organisationnelle de SNC-Lavalin, et à raison. Les tricheurs montent en grade… sans se rendre compte qu’ils font eux-mêmes partie du problème.

Charles Chebl a invité le commissaire Lachance à parcourir son curriculum vitæ pour se convaincre qu’il méritait sa promotion. L’homme se voit comme faisant partie de la solution, alors que la commission le perçoit au contraire comme une partie du problème.

Je me demande ce qu’en pense M. Wilkins.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Jean-Marc Fournier figure certainement parmi les plus louches personnages gravitant dans la nébuleuse politique québécoise. Notons en passant que la nébuleuse en question s’avère constitué d’une coterie passablement incestueuse qui se vautre dans la corruption depuis au moins le début du XXième siècle selon les précis de l’histoire, sinon avant. Après avoir démissionné à l’automne 2008 pour des raisons soi-disant personnelle et familiale et encaissé une généreuse prime de séparation dans l’exercice, quelques semaines à peine avant l’élection-surprise annoncée par le gouvernement Charest, JM Fournier fut rapidement recruté à titre de vice-président principal, division planification stratégique au sein de la division Socodec de SNC-Lavalin où il fut muté à la section internationale, en Libye alors que se négociait à grand coup de pots-de-vin, dont 160M$ versés au régime Kadhafi, le plantureux contrat de construction de la controversée prison de Gharyan, au sud de Tripoli, destinée à héberger les opposants au régime Kadhafi. (http://is.gd/SItd3S)

À titre de VP chez SNC-Lavalin aux affaires internationales, nous côtoyons également Michael Novak, le conjoint de Kathleen Weil, titulaire du poste de ministre de la justice à l’époque durant les années Charest et vraie greluche, sous tous les autres rapports.

Dans cette histoire particulière de prison, on retrouve également Edis Zagorac, le conjoint de l’ambassadrice du Canada en Lybie, Sandra McCardell. Edis Zagorac a été recruté par SNC-Lavalin afin de diriger l’Agence exécutive du Corps des ingénieurs Libyen, entité à la fois militaire et civile présidée par nul autre que Saadi Kadhafi, digne fils de son père…
Source : http://past.is/GyjX

À peine 2 ans après sa démission surprise de la politique active, JM Fournier revenait, à la faveur d’un remaniement ministériel, se faire nommer ministre de la justice avant même sa réélection en septembre 2010 dans la circonscription de St-Laurent, laissée vacante après la démission surprise de Jacques P. Dupuis.

Le ministre Dupuis fut contraint de démissionner après l’affaire du permis de port d’arme demandé et accordé à Luigi Coretti, le patron de la firme de sécurité BCIA, recommandé par Yvan Delorme, chef de police également démissionnaire en vue de surveiller de nombreux endroits névralgiques de la métropole, dont le palais de justice et les bureaux de la SQ et du SPVM. Cette compagnie de sécurité opérait sans contrat avec le gouvernement et fit ‘faillite’ après que ces histoires sulfureuses firent surface, forçant la main au départ du ministre Dupuis et du ministre Tomassi qui vient tout juste de plaider coupable à des accusations de fraude.

Il y a présence de suffisamment d’éléments hautement suspicieux dans le sillage du personnage de JM Fournier pour justifier pleinement l’ouverture d’une enquête, à mon humble avis… Faudrait le laisser savoir aux limiers de l’UPAC !

Une autre réussite de la Révolution tranquille et du modèle québécois!!!

Ce scandale de grande ampleur n’est pas seulement causé par quelques complicités au sein du projet (Porter, Elbaz, et compagnie), mais par le silence complice ou l’aveuglement volontaire des membres du gouvernement, de ses hauts fonctionnaires ainsi que d’employés sans principes et sans colonne vertébrale, qui se taisent et subissent, n’osant pas s’attaquer à nos soi-disant fleurons de l’économie québécoise.
Le protectionnisme sous-jacent dans tous ces grands projets (wagons de métro de Montréal, CUSM, et bientôt le pont Champlain) encourage toutes ces lâches compromissions. J’espère que la firme espagnole qui a soumis à l’évidence le meilleur projet de centre de santé de l’université McGill, durablement pénalisée dans toute cette affaire, engagera des poursuites conséquentes contre le gouvernement du Québec et SNC-Lavalin. Il serait temps que nos élites « locales » comprennent ce qu’est la véritable concurrence!

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