Sondage : la bataille des oppositions

Le sondage Mainstreet/L’actualité montre que rien n’est joué en ce qui concerne la répartition des sièges dans l’opposition. Mais l’espace de jeu reste limité.

montage : L’actualité

Avec la conclusion de la 42e législature cette semaine, les députés de l’Assemblée nationale peuvent maintenant rentrer dans leur circonscription pour entamer le travail en vue des élections d’octobre.

Et un nouveau sondage Mainstreet, dont la première partie a été dévoilée hier par L’actualité, rappelle l’importance qu’aura ce travail de terrain, surtout pour les quatre partis d’opposition. Depuis des mois, les sondages se succèdent et se ressemblent : la Coalition Avenir Québec est invariablement loin en tête dans les intentions de vote des Québécois.

Mais la course pour la deuxième place (comme pour la troisième) s’avère pas mal plus serrée.

Selon les chiffres de cette enquête d’opinion publique, puisés les 9 et 10 juin derniers, le parti de François Legault récolte l’appui de 40 % des électeurs (parmi les répondants décidés et enclins), un score légèrement au-dessus du niveau d’appui mesuré par Mainstreet cet hiver, mais quelques points sous les chiffres obtenus par Léger au printemps. De manière générale, le grand portrait pour la CAQ demeure toutefois le même.

Pour ce qui est des autres formations, leur sort est loin d’être décidé.

Le Parti libéral du Québec occupe la deuxième place avec 21 % des faveurs. Les sondages n’ont pas été tendres envers l’équipe de Dominique Anglade depuis le Nouvel An : ce sondage de Mainstreet est le premier à placer le PLQ au-delà de la barre des 20 % au Québec depuis février. Néanmoins, le PLQ se dirige vers des pertes substantielles de sièges si ces appuis se concrétisent dans les urnes en octobre (en particulier à Laval). Rappelons qu’en 2018, le PLQ avait obtenu 25 % des suffrages en route vers sa pire défaite depuis la Confédération. Jusqu’ici, la situation ne s’est pas améliorée.

Fort de ses appuis dans la région de la Capitale-Nationale, le Parti conservateur du Québec se hisse à 17 % au niveau de la province. Toutefois, selon Mainstreet, le PCQ serait en deuxième place hors de Montréal, du 450 et de la grande région de Québec, avec 21 %, 20 points derrière la CAQ. Le grand défi du PCQ dirigé par Éric Duhaime, qui n’avait obtenu que 1,5 % des suffrages en 2018 sous Adrien Pouliot, sera de construire une organisation de terrain pour transformer ces appuis théoriques en bulletins de vote dûment remplis à l’automne. En matière de sièges, l’obstacle qui se dresse devant le PCQ est la CAQ, car les régions où le PCQ est le plus compétitif sont aussi celles où la CAQ a dominé en 2018. En excluant les sondages de sources partisanes, l’appui au PCQ s’est maintenu entre 13 % et 19 % dans l’opinion publique des Québécois depuis janvier dernier.

Québec solidaire obtient l’aval de 12 % des sondés. Il s’agit du pire sondage de la formation en 2022. Mais déjà, le dernier sondage de Léger évaluait les appuis à QS à 13 % en mai. Ce sont les jeunes électeurs (18-34 ans) qui constituent la base électorale de QS : dans cette tranche démographique, la formation prend la tête avec 30 % des intentions de vote. Cependant, les électeurs plus âgés sont nettement moins sensibles à l’offre politique des troupes de Gabriel Nadeau-Dubois.

Au Parti québécois, la glissade des derniers mois se confirme. Mainstreet évalue l’appui du PQ à 8 % dans l’ensemble du Québec — il s’agit du quatrième sondage consécutif, de trois maisons différentes (Angus Reid, Léger, Mainstreet), à mesurer le PQ sous la barre des 10 %. À moins d’effets hyperlocaux qui pourraient échapper aux sondeurs et aux projections, il est presque impossible de projeter quelques gains que ce soit pour le PQ avec de tels chiffres. Pascal Bérubé survivrait au tsunami caquiste dans son fief de Matane-Matapédia, mais tous les autres sièges péquistes seraient en danger.

La situation n’est pas sans espoir. Un tiers des Québécois affirment toujours appuyer l’indépendance du Québec, selon le même sondage, comme je le mentionnais jeudi dans ma chronique diffusée dans l’infolettre politique de L’actualité. Il s’agit d’un bassin bien plus important que celui des électeurs qui appuient présentement le PQ.

D’un point de vue purement stratégique, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, pourrait parcourir le Québec et marteler les bienfaits potentiels du projet d’indépendance tout au cours de l’été et de l’automne. Il y a encore de nombreux électeurs souverainistes à courtiser pour le parti de René Lévesque, si le chef du PQ et son équipe parviennent à rallumer cette flamme.

Du côté de François Legault, tous ces sondages qui le placent confortablement en tête pourraient évidemment avoir un effet de complaisance au sein de son équipe, et il s’agira là du défi principal des stratèges caquistes : s’assurer que leurs électeurs ne pensent pas que la victoire est acquise. Ce ne sont pas les sondages qui élisent les gouvernements, mais bien les bulletins de vote dans les urnes.

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Ce sondage a été réalisé par la maison Recherche Mainstreet auprès de 1 404 électeurs québécois de 18 ans et plus les 9 et 10 juin 2022. La marge d’erreur de l’échantillon total est de ±3 %, 19 fois sur 20. Vous trouverez le rapport du sondage ici.

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Intéressant, mais il vaudrait mieux comparer avec le dernier Mainstreet. Question de comparer des méthodologies semblables.
mars/juin:
CAQ 36/40 (+4)
PLQ: 16/21 (+5)
PCQ: 24/17 (-7)
QS: 17/12 (-5)
PQ: 7/8 (+1)
Autres: -/2 (+2)

Curieusement, c’est la tendance inverse du précédent (janvier). Les fluctuations sont de loin plus plus fortes que les sondages Léger.

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Addendum: A remarquer aussi que que Duhaime est chef du PCQ, la firme Mainstreet donne nettement beaucoup plus au PCQ que les autres firmes,
C’est particulièrement visible à la mi-mars quand quatre firme ont publié un sondage dans un très court intervalle.
Angus Reid lui donnait 19%, SRM 16% et Mainstreet 24%. La semaine précédente Léger lui donnait seulement 14%.

En janvier (premier Mainstreet depuis que Duhaime est chef du PCQ), Mainstreet lui donnait 19% alors qu’une semaine plus tard Angus Reid lui donnait 16% et Léger 14%.

Question de méthodologie. C’est pourquoi je pense qu’il vaut mieux comparer les sondages d’une même firme pour voir les tendances, plutôt que les sondages de deux firmes différentes.

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