Sondage : la campagne des chefs

À quelques heures du scrutin, la tendance dans les sondages se maintient : Jack Layton a effectué la meilleure campagne électorale – notamment au Québec –, mais c’est bien Stephen Harper qui devrait l’emporter. Tour d’horizon de l’opinion de la population sur les quatre principaux chefs.

Sondage : la campagne des chefs
Photo : Adrian Wyld / PC

JACK LAYTON

Couronné « phénomène » de cette campagne électorale, durant laquelle la « vague orange » a fait sensation, le leader du Nouveau parti démocratique peut se targuer d’avoir séduit les Québécois et les Canadiens. Jack Layton est le seul chef dont la cote a monté au Canada durant la campagne.

Lentement mais sûrement, le capital de sympathie de Layton semble s’être transformé en intentions de vote, selon un sondage Web réalisé du 21 au 25 avril par le Groupe de recherche Innovative. Ainsi, si les sondés sont à 48 % d’avis que voter en faveur des néo-démocrates aurait pour conséquence de séparer le centre gauche et de favoriser la victoire des conservateurs, ils n’hésitent pas pour autant à passer à l’acte : le NPD talonne donc le Parti libéral dans les intentions de vote, n’accusant un retard que d’un point. Au Québec, il est même en tête de ce sondage (32 %), et devance largement le Bloc québécois (25 %), le Parti conservateur (16 %) et le PL (12 %).

Les Québécois voient même Layton comme le meilleur de tous les candidats au poste de premier ministre, et 66 % d’entre eux seraient heureux de voir élu un gouvernement minoritaire avec lui à sa tête. C’est tout le contraire ailleurs au Canada, où 59 % des répondants s’opposent à un tel scénario.

Mais la vraie performance de Jack Layton est d’avoir conquis les électeurs en dehors de sa base : 63 % des partisans bloquistes, 63 % des libéraux et 42 % des conservateurs ont une meilleure opinion de lui aujourd’hui qu’au début de la campagne. De tous les chefs, il est celui qui est perçu comme s’intéressant le plus aux préoccupations de la population.

Le Canada anglais a apprécié sa performance au débat des chefs, mais ses promesses ont été jugées impossibles à réaliser (du point de vue fiscal) par de nombreux répondants.

GILLES DUCEPPE

La vague orange a emporté avec elle certains des électeurs de Gilles Duceppe. En tête des intentions de vote québécoises au début de la campagne, le Bloc a glissé pour se retrouver maintenant sept points derrière le NPD. Il conserve toutefois neuf points d’avance sur le PC.

Si ces résultats se confirment aux urnes, le post-mortem de Duceppe devrait mettre en évidence l’information suivante : 52 % des Québécois sondés pensent que le Bloc a atteint son but et n’a maintenant plus de raison d’être.

Au début de la campagne, Duceppe était considéré comme le chef qui se battait le plus pour ce en quoi croient les Québécois, mais aujourd’hui, Jack Layton lui a ravi ce titre – tout comme celui du plus fort leadership.

Les répondants reprochent notamment au chef bloquiste d’être trop négatif (36 %) et trop agressif (18 %).

STEPHEN HARPER

Le Parti conservateur arrive en tête des intentions de vote, avec près de 13 points d’avance sur le Parti libéral et 14 sur le Nouveau parti démocratique. Stephen Harper est aussi vu par les sondés comme le chef ayant le plus l’étoffe d’un premier ministre et celui qui possède le meilleur leadership.

Pourtant, si la majorité des répondants (52 %) aimerait qu’un gouvernement majoritaire soit élu afin de mettre un terme aux querelles politiques, 56 % d’entre eux ont dit être inquiets de ce que pourrait faire Harper avec un tel pouvoir.

Cette contradiction semble propre au reste du Canada. Au Québec, où 60 % des sondés ont expliqué que le PC était « trop extrême » pour eux et où 58 % ont avoué que Harper leur faisait « peur », c’est le NPD qui arrive en tête des intentions de vote (32 % contre 16 % au PC). Jack Layton est également plébiscité par 39 % des Québécois, qui voient en lui le candidat qui ferait le meilleur premier ministre (39 % contre 18 % pour Harper).

Les autres provinces citent aussi massivement ce côté « extrême » (49 %) et cette « peur » (51 %), mais elles maintiennent leur vote en faveur des conservateurs (40 %).

L’ambivalence de ces chiffres dans le reste du Canada peut s’expliquer de trois manières. D’abord, si Harper s’est aliéné les électeurs des autres partis, sa base lui reste extrêmement fidèle. Ensuite, il est celui qui a le mieux saisi les préoccupations des habitants du reste du Canada. Enfin, son programme semble être le plus convaincant de la campagne, puisque 39 % des Canadiens estiment qu’il est le chef ayant le meilleur plan pour l’avenir.

Harper pourra se rassurer quant à l’efficacité de sa campagne au Québec en constatant que les Québécois ont été plus sensibles que les Canadiens à son bilan économique, qu’ils citent comme le principal attrait de son message (20 % contre 13 %).

MICHAEL IGNATIEFF

Pratiquement à égalité au deuxième rang des intentions de vote avec les néo-démocrates (21 %), les libéraux (22 %) semblent pâtir de l’image négative de leur leader, Michael Ignatieff.

Quand on leur a demandé quel élément de la campagne les avait rendus moins enclins à voter pour le PL, les répondants ont avoué avoir surtout une mauvaise impression d’Ignatieff, et ce, au Québec (26 %) comme dans les autres provinces (16 %).

Au Québec, seuls 11 % des sondés le citent comme le meilleur candidat pour être premier ministre. Ailleurs au Canada, ce chiffre n’atteint que 20 %. Les résultats combinés ne le placent qu’au troisième rang, derrière Stephen Harper et Jack Layton.

Cependant, le chef libéral est celui qui, derrière Jack Layton, a le plus amélioré son image auprès des électeurs au cours de cette campagne électorale, selon ce sondage du Groupe de recherche Innovative.

De plus, malgré la popularité du chef du NPD, 52 % des sondés restent persuadés que cette élection n’est qu’une course à deux lièvres, et que seuls les conservateurs et les libéraux ont vraiment une chance de former un gouvernement.

Celui-ci ne devrait cependant pas être majoritaire, puisque 52 % des répondants estiment qu’élire un gouvernement minoritaire est le meilleur moyen de s’assurer qu’on leur rende des comptes entre deux élections.

 

* Ce sondage a été réalisé du 21 au 25 avril 2011 pour L’actualité et Maclean’s auprès de 1 543 internautes, dont 363 au Québec, par le Groupe de recherche Innovative.