Sotchi après les Jeux: retours (possibles) sur un investissement de 51 milliards

Il a été fait grand cas des investissements titanesques faits pour les Jeux de Sotchi… et plusieurs se demandent aujourd’hui comment la Russie pourra capitaliser sur ces investissements et en retirer les fruits. Analyse.

Photo : Getty Images
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Le défi était de taille. Transformer une ville au climat subtropical en un centre de ski de renommée internationale, et lancer une industrie touristique dynamique là où il n’existe, à l’heure actuelle, qu’un tourisme très régional et moribond.

Il a été fait grand cas des investissements titanesques faits pour ces Jeux — du jamais-vu pour des Olympiques d’hiver —, et plusieurs se demandent maintenant comment la Russie pourra capitaliser sur ces investissements et en retirer les fruits.

Des infrastructures flambant neuves sont maintenant en place, mais il s’agit désormais d’attirer les visiteurs, et pas seulement de la Russie.

Pour atteindre cet objectif, la Russie devra régler un certain nombre de problèmes qui perdurent.

Tout d’abord, il lui faudra résoudre les questions de sécurité dans la région. Ensuite, il s’agira de maintenir bien vivant l’intérêt pour la région par l’entremise d’autres événements d’envergure internationale. Un effort de marketing soutenu viendra souder ensemble ces différentes initiatives, et devra miser sur les attraits touristiques uniques de la région.

Finalement, il sera nécessaire d’alléger les processus bureaucratiques entourant les voyages en Russie. Ultimement, le succès de toute l’entreprise dépendra d’une volonté affirmée de changer, petit à petit, cette image de la Russie véhiculée à l’étranger, et c’est là le plus grand défi auquel elle devra faire face.

Redéfinir l’image de Sotchi

L’image véhiculée dans les médias occidentaux en général sur Sotchi et la Russie est tout sauf flatteuse… ce qui n’est pas pour encourager le tourisme dans la région.

En effet, peu de cas a été fait de la visite de la flamme olympique dans l’espace, de ces 12 nouveaux événements présents pour la première fois dans des Jeux d’hiver (dont une bonne partie en sports extrêmes — une bonne façon de rejoindre la tranche 18-34 ans), ou alors de ces quelques 25 000 volontaires qui ont pris part aux Jeux, incarnant la fierté du peuple russe.

De la double toilette qui fait le tour du monde aux tweets des journalistes étrangers à l’hôtel, en passant par les mesures de sécurité omniprésentes, il n’est pas resté beaucoup de bande passante pour dire autre chose.

De fait, un des principaux obstacles au développement économique de la région repose dans la volatilité politique du Caucase du Nord.

En effet, Sotchi est sise aux côtés de la région disputée de l’Abkhazie, et elle est définitivement plus proche de la Tchétchénie que de Moscou.

Les questions de sécurité avant, pendant et après les Jeux ont donc logiquement revêtu donc une importance capitale, mais il est envisageable d’imaginer que les retombées économiques sur la région puissent, à terme, contrer l’instabilité politique, et, en amenant la création d’emplois, permettre une certaine stabilité et prospérité propices à l’établissement d’un climat de paix.

C’est sans doute ce sur quoi tablent les dirigeants locaux, en cherchant à capitaliser sur les Jeux avec d’autres événements de renommée internationale. Ainsi, un Grand Prix de Formule 1 est prévu à Sotchi pour la saison 2014, alors que la Coupe du Monde de soccer de la FIFA se tiendra elle aussi dans la perle de la mer noire en 2018.

Ces deux événements s’inscrivent dans l’objectif du président de la Russie de faire de Sotchi une «destination touristique de classe mondiale pour une nouvelle Russie dans un monde nouveau», comme il l’a si clairement annoncé dans son discours devant le Comité olympique international en 2007.

Sotchi présente a priori l’avantage — comme avant elle Vancouver — de conjuguer plage et montagne. Mais malgré tout, elle fait face à une féroce compétition.

Par exemple, juste en face — de l’autre côté de la mer Noire —, la Turquie a une politique de visa, mais une expérience de la clientèle internationale qui attire davantage de voyageurs chaque année.

À titre d’exemple, jusqu’à tout récemment, il était ardu (voire impossible) de se faire servir en toute autre langue que le russe à Sotchi. À l’occasion des Jeux, des cours d’anglais intensifs ont été dispensés, mais le défi sera maintenant de non seulement maintenir les acquis, mais de les mettre à profit et de les allier à une haute qualité de service, ce qui n’est pas le cas présentement.

Redorer l’image de la Russie

Un des principaux obstacles au développement touristique de la région de Sotchi tient au fait que la Russie impose des formalités bureaucratiques incontournables pour tout voyageur international.

Un visa est en effet requis pour la plupart des citoyens issus de pays hors de l’ex-URSS — une procédure qui requiert un minimum de préparation, incluant une ou plusieurs visites au consulat (ou à l’ambassade) de Russie.

Pour les besoins des Jeux olympiques, un système de visa simplifié avait été mis en place afin de ne pas laisser ces procédures décourager de potentiels amateurs à faire le voyage vers Sotchi, mais rien n’indique qu’elles seront maintenues une fois la flamme olympique éteinte.

Or, un régime de voyage et de visa plus libéral est indispensable pour, d’une part, favoriser le tourisme étranger et, d’autre part, encourager les investissements dans la région.

Il faut ajouter à cela que la perception de la Russie en Occident a bien changé depuis les 15 dernières années. D’État instable à l’économie chancelante, elle s’est imposée de plus en plus sur la scène internationale, tant avec l’affaire Snowden que dans le cas de la Syrie.

Cependant ce n’est pas toujours pour le mieux : l’image de la Russie en est une d’extrêmes. Elle est perçue comme autoritaire, corrompue, pauvre et riche à la fois, imprévisible et riche en ressources naturelles, mais ultimement archaïque et destructrice. L’avenir de Sotchi dépend donc encore largement de Moscou.

 

Alla Lebedeva

Collaboratrice à l’Observatoire de géopolitique de la Chaire @RDandurand

L’auteure est originaire de Sotchi et étudiante à la maîtrise en science politique @UQAM

* * *

À lire aussi :
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Géopolitique des Jeux olympiques: les enjeux de Sotchi – Par Yann Roche
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4 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Peut-être est-ce trop local pour la « géopolitique » mais ce qui m’a rendu très fier aux olympiques ce sont toutes ces médailles que le Canada a gagnées.

Par contre, ce qui m’a totalement scandalisé, c’est le mépris et la bassesse affichés par le Parti québécois de Pauline Marois lorsqu’il a diffusé son communiqué de presse de félicitations à l’équipe CANADIENNE de hockey masculin pour leur médaille d’or:

http://blogues.journaldemontreal.com/michelhebert/politique/grand-peuple/#comments

Pas une seule fois ont-ils mentionné le Canada!!! Pas une seule…

Jamais je n’aurais pensé qu’un gouvernement puisse être aussi ignoble et sordide.

Pauvre René Lévesque…

Je trouve assez ridicule cette histoire de toilettes doubles. Il me semble évident que la cloison entre les toilettes n’a pas encore été installée dans cette nouvelle sale d’aisance. Je trouve que parfois on utilise tout ce que l’on peut, même les choses les plus ridicules pour parvenir à accomplir sa mission de dénigrer un gouvernement dont on nous a demandé de ternir.

Quant à l’investissement de 50 ou 51 milliards qui ne comprennent pas uniquement des installations olympiques, mais bien d’importantes infrastructures dans la région telles que des routes, autoroutes, ponts, aéroport, etc. je crois que cet investissement est majeur pour cette région et devrait se rentabiliser mille fois mieux que notre fameux stade olympique de Montréal qui fut un désastre économique et dont on demande régulièrement sa destruction plutôt que son entretien.

C’est bien beau vouloir dénigrer le méchant Poutine, mais un moment donné il faut cesser de dire des niaiseries.

Et lorsqu’on dit:
« La perception de la Russie en Occident a bien changé depuis les 15 dernières années.

Cependant ce n’est pas toujours pour le mieux : l’image de la Russie en est une d’extrêmes. Elle est perçue comme autoritaire, corrompue, pauvre et riche à la fois, imprévisible et riche en ressources naturelles, mais ultimement archaïque et destructrice. L’avenir de Sotchi dépend donc encore largement de Moscou.»

Je crois que l’avenir de Sotchi qui passe par l’image de la Russie dépend encore plus des articles que l’on peut lire chez-nous que des agissements de Moscou.

Votre pouvoir, Mme Lebedeva, sur l’image de la Russie est nettement supérieur à celui de Moscou.

Serge Charbonneau
Québec

Un gaspillage à saveur de corruption d’une ampleur phénoménale et des prétentions touristiques qui vont sans aucun doute se transformer en échec monumental.

C’est tout ce qu’il restera de Stochi.

Deux toilettes sans cloison, c`est terrible dans un aussi beau village olympique, on appelle ça chercher des puces ou encore chercher des poils sur des œufs mettez-en, journalisme biaisés de bas étage. Au lieux de tout le temps chercher des poux à notre voisin du nord la russie, car ce sont nos voisins, il serait peut être temps de nous nettoyer le cerveau de toutes les menteries que l`on que l`on nous a bourrer dans le crane depuis la dernière guerre mondiale nous disant que ce sont de gros méchants sans culture qui attendent le moment favorable pour nous dévorer. Eux il savent depuis des années c`est quoi habiter le nord et aussi le sud et en exploiter les richesses. Pour citer un grand homme qui qui à vécu il y a deux milles ans « Vous voyez bien plus la poussière dans l`œil du voisin que la poutre que vous avez dans le votre » Quant à la corruption éh éh, on un roman savon qui passe à tout les jours et qui nous en conte des bonnes hein. Ce sont probablement les plus beaux jeux olympique à date, pour ce qu`il vont faire du site après la fête c`est leur affaire c`est difficile de faire pire notre stade, de toute façon ce sont pas de nos affaires.