Sotchi, ville olympique

À la veille des Jeux olympiques, Sotchi, en Russie, est en pleine effervescence. Voici une présentation de cette ville balnéaire de la mer Noire, où quelque 50 milliards de dollars ont été investis ces dernières années.

sotchi
Photo : Antonin Thuillier/AFP/Getty Images

À la veille des Jeux olympiques d’hiver, Sotchi est en effervescence. Environ 50 milliards de dollars ont été investis dans cette ville balnéaire de la mer Noire, en majeure partie pour rénover les infrastructures de ce qui a longtemps représenté le lieu de villégiature privilégié de la Russie tsariste puis soviétique.

Les rénovations ne se sont pas toujours faites avec bonheur, tandis que les pannes de courant — déjà relativement fréquentes auparavant — sont devenues récurrentes dans les mois précédant l’événement, et que nombre de vieux palmiers ont été déracinés.

Quelques initiatives ont cependant été mises en place pour contrebalancer le tout, notamment un projet étudiant qui vise à replanter un nombre supérieur de palmiers à celui qui a été déraciné.

Autre exemple : les résidants de Sotchi devraient bénéficier de la gratuité des trains dans la ville durant toute la durée des Jeux (même s’il semble que ce soit pour désengorger les routes à cette même période, plutôt que pour compenser les désagréments subis).

Après sept années passées à endurer les travaux de construction, les habitants de Sotchi pourront finalement bénéficier d’infrastructures flambant neuves, de routes impeccables et de nouveaux types de transports, ainsi que des diverses installations olympiques, conçues pour être facilement déplaçables. Sans les JO, il est fort peu probable que Sotchi eût bénéficié de cette cure de rajeunissement.

«La Floride de la Russie»

Sotchi a souvent été comparée à la Riviera française, avec ses plages de galets, ses palmiers et son tourisme estival.

Sotchi, c’est aussi un peu la Floride de la Russie : avec une moyenne de 300 journées ensoleillées à l’année, elle n’est pas conforme à l’image largement véhiculée de la Russie.

En effet, la ville est située sous les tropiques, dans le district du Kraï de Krasnodar, à environ 1 600 kilomètres à vol d’oiseau de Moscou.

Aujourd’hui, il faut donc compter une bonne trentaine d’heures de train pour rejoindre la station balnéaire à partir de la capitale, ou environ deux heures de vol sur une des lignes aériennes qui assurent le service à l’intérieur de la Russie.

Pendant des millénaires, de grandes sections côtières de la mer Noire sont demeurées inaccessibles. Lorsque les flancs des montagnes du Caucase ne plongent pas directement dans la mer, ce ne sont que des zones marécageuses — infestées par la malaria — et ponctuées de forts, qui ont été construits pour tenir la côte et qui sont passés alternativement des mains des Russes à celles des Ottomans, au fil des guerres et conquêtes dans la région.

Alors qu’après le milieu du XIXe siècle, l’armée du tsar Alexandre II achève sa conquête du Caucase, des milliers de Caucasiens en déroute traversent la Mer pour se réfugier au Sud, en Turquie (qui fait partie à l’époque de l’empire Ottoman).

Or, lorsque les géographes ottomans cartographient la région, ils associent les points cardinaux à une couleur… et le nord y est noir. Ainsi, la mer septentrionale portera le nom de son orientation — de là la mer Noire, située au nord de l’empire, alors qu’en réalité elle est plutôt bleue (et limpide quand le temps est clément).

Et les Russes ne s’y trompent pas : à partir de 1864, ils commencent à s’occuper sérieusement de leur nouvelle colonie, y construisant hôtels et thermes (le premier hôtel thermal construit deviendra plus tard le Parc Riviera, un parc d’attractions populaire à Sotchi).

Villégiature

Les thermes font partie intégrante de la culture russe. Inspirés en partie des spas allemands, ils deviennent rapidement un lieu de rencontre et de discussion pour l’élite russe, tout comme pour de grands écrivains et artistes, comme Lermontov, Tolstoï et Tchékhov. Les tsars et leur entourage vont rapidement en profiter pour y établir leurs retraites privées, où ils viendront se reposer, loin du bruit et de l’action de la capitale.

Au moment de la Révolution d’octobre, Sotchi devient, sous l’impulsion de Lénine, un centre de villégiature destiné au prolétariat. Un voyage dans la ville devient dès lors la récompense pour un dur travail bien accompli.

Des thermes de toutes les formes et grandeurs voient le jour, de celui — très moderne — de l’armée rouge, célèbre pour son funiculaire fraîchement rénové à l’occasion des Jeux, en passant par ceux plus classiques de Metallurg (pour les travailleurs de l’acier) et d’Ordzhonikdze (pour les mineurs), sans oublier le Rossiya, réservé à l’élite.

Avec la chute de l’Union soviétique, néanmoins, les «palais des prolétaires» ne sont plus aussi rentables, et l’engouement pour les thermes paraît moindre.

Or, devant l’imminence des JO, quantité de travaux de restauration sont en cours pour redonner aux établissements thermaux leur lustre d’antan. Cela devrait contribuer à revitaliser Sotchi, qui demeure tout de même une destination estivale de choix pour de nombreux travailleurs russes, alors que les retraités en profitent le reste de l’année.

Sotchi aujourd’hui

Sotchi compte aujourd’hui environ 350 000 habitants sur une superficie de 3 500 km2. La ville, confortablement nichée entre les montagnes du Caucase et la mer Noire, est une des plus longues d’Europe, puisqu’elle s’étend sur 145 km.

C’est un véritable «melting pot» de plus d’une centaine de nationalités différentes, dont des Russes de souche, des Arméniens, des Géorgiens, des Abkhazes, des Turcs, des Allemands, des Ukrainiens et des Tatars.

Résultat : ces influences diverses se reflètent dans tout, notamment dans la cuisine. À Sotchi, il est possible, même à 35 degrés à l’ombre, de déguster un satsivi géorgien (une purée froide de noix aromatisée), un grand bol de borsch russe, un khachapuri arménien (soit un petit «bateau» de pâte garni d’un œuf, de fromage et de beurre fondu), quelques khinkali (des raviolis géorgiens) ou encore, le shashlik, une sorte de kebab local — un incontournable de la cuisine de Sotchi —, le tout arrosé d’un bon verre de vin abkhaze, doux et sec, servi dans sa bouteille de terre cuite. Tout ça sans changer de table !

Ce faisant, chaque année, Sotchi attire plus de quatre millions de visiteurs, dont seulement 3 % sont étrangers.

L’esprit de la région se retrouve à travers l’œuvre de Lermontov, Le héros de notre temps, ou encore dans Prisonnier du Caucase, le célèbre poème de Pouchkine. Sinon, des films soviétiques, comme Le bras de diamant et La prisonnière du Caucase, ont aussi célébré Sotchi et alimentent encore aujourd’hui un tourisme russe important.

À l’inverse, alors que Sotchi est à la périphérie caucasienne de la Russie — toute proche de la Géorgie et de l’Arménie —, et face à l’Ukraine, à l’Europe orientale ou encore à la Turquie, elle demeure curieusement boudée par les touristes internationaux.

Cela dit, les «grands» de Russie ont presque tous possédé une résidence secondaire à Sotchi. La datcha de Staline existe toujours, et on peut d’ailleurs la visiter.

À cet égard, lorsqu’il fut décidé de construire une datcha pour Staline dans la ville, plusieurs architectes sont venus sur place afin de trouver le meilleur endroit possible. Au final, celle-ci a été positionnée habilement au confluent de trois grands courants d’air : l’air des montagnes, l’air de la mer et l’air de la forêt.

Après la mort de Staline, personne ne savait quoi faire de sa datcha, et la décision fut prise de la transformer en hôtel. Jusqu’à ce jour, il est possible d’y louer une chambre (ou la chambre de Staline lui-même), nager dans sa piscine et jouer au billard. Plusieurs personnes qui y ont résidé aiment à penser qu’elles y auraient même aperçu le fantôme du «Petit père des peuples»…

La tradition se poursuit de nos jours avec Vladimir Poutine, qui possède lui aussi sa résidence d’été à Sotchi, «Le ruisseau Botcharov», où il a accueilli notamment George W. Bush et Angela Merkel, chancelière d’Allemagne.

 

Alla Lebedeva

Collaboratrice à l’Observatoire de géopolitique de la Chaire @RDandurand

L’auteure est originaire de Sotchi et étudiante à la maîtrise en science politique @UQAM

* * *

À lire aussi :
Géopolitique des Jeux olympiques: les enjeux de Sotchi – Par Yann Roche

Jeux de Sotchi: antiterrorisme ou dérive sécuritaire? – Par Aurélie Allain
Des Jeux Olympiques d’hiver… sous les Tropiques – Par Élisabeth Vallet

Sotchi au coeur de la poudrière du Nord-Caucase – Par Aurélie Allain

Dans la même catégorie