Souveraineté: Bouchard prônait une autre stratégie pour le référendum de 1995

MONTRÉAL – Si le camp du «Oui» avait adopté une stratégie différente au cours de la dernière campagne référendaire, le résultat aurait pu être bien différent le soir du 30 octobre 1995, croit l’ex-premier ministre Lucien Bouchard.

Celui qui était chargé de négocier l’entente de partenariat avec le Canada si le «Oui» l’emportait a raconté mercredi qu’il avait tenté de convaincre — sans succès — le premier ministre de l’époque, Jacques Parizeau, de proposer deux référendums aux Québécois.

«Je le regrette encore. Je me souviens d’un dimanche après-midi où j’ai demandé à le voir à sa maison. J’ai plaidé ma cause», a-t-il dit, en marge d’un visionnement de presse du documentaire «Nation, huis clos avec Lucien Bouchard».

M. Bouchard aurait voulu que le camp du «Oui» obtienne le mandat d’aller négocier la souveraineté du Québec en offrant au Canada un partenariat économique et politique, pour ensuite procéder à une mise à jour des pourparlers entre les parties.

«Après on reviendrait pour soumettre un (deuxième) référendum, a-t-il expliqué. Il n’y a personne qui (va me) convaincre qu’on n’aurait pas gagné à 55 pour cent le premier référendum. On serait (ensuite) revenu.»

S’il ignore comment «cela aurait fini», M. Bouchard s’est dit convaincu que cette stratégie aurait incité encore plus de Québécois à se prononcer en faveur de la souveraineté.

«Ça aurait changé la face du monde, a laissé tomber l’ancien premier ministre péquiste. Des négociations comme celles-là avaient toutes les chances de réussir. Je voulais tellement qu’on le fasse comme cela. Ça nous aurait fait du bien d’en gagner un référendum.»

Selon le documentaire réalisé par Carl Leblanc, plus de 150 référendums portant sur la souveraineté nationale ont été tenus à travers le monde depuis 1914. De ce nombre, seulement trois — dont deux au Québec — ont échoué «en raison du rejet des votants».

Le documentaire revient sur plusieurs moments marquants de la carrière de M. Bouchard, comme la dernière campagne référendaire, son amitié brisée avec Brian Mulroney, son départ du Parti progressiste-conservateur en 1990 ainsi que la fondation du Bloc québécois en 1991.

En revenant sur la journée du 30 octobre 1995 — où il avait été incapable d’entrer en contact avec M. Parizeau — M. Bouchard dit maintenant comprendre pourquoi celui qui dirigeait la province à l’époque a agi de la sorte, puisqu’il y avait de «lourdes décisions» à prendre.

«Je me demande si je n’aurais pas fait la même chose, a dit M. Bouchard, après le visionnement. Il (M. Parizeau) m’avait nommé négociateur en chef, mais c’est quand même le premier ministre qui mène les choses. Un négociateur, ça rempli des mandats.»

Ce dernier se défend également d’avoir «tramé le limogeage» de M. Parizeau à la suite de la défaite du «Oui». «Il n’y a rien de plus faux, clame M. Bouchard. On m’a appelé.»

Après avoir refusé plusieurs invitations du réalisateur à revisiter son discours qu’il aurait prononcé si l’indépendance avait été réalisée, M. Bouchard a finalement cédé, ce qui lui a fait revivre une gamme d’émotions.

«C’est un discours que j’ai rédigé le jour du référendum, confie-t-il. J’étais très ému, parce que ça m’a remis dans l’atmosphère de la soirée.»

M. Bouchard, qui rend notamment hommage à René Lévesque dans son allocution, aurait cependant aimé bénéficier d’une trentaine de secondes. «Je parlais de M. Parizeau, en termes très élogieux, et je pensais que ça aurait balancé l’affaire», déplore-t-il.

Quant à sa relation d’amitié brisée avec M. Mulroney, M. Bouchard croit que des amis ne devraient pas faire de la politique ensemble si leurs opinions sont différentes sur certains principes.

Élu premier ministre du Canada en 1984, Brian Mulroney avait nommé celui qui était son ami ambassadeur canadien à Paris en 1985 avant de le convaincre de faire le saut en politique fédérale. Les relations entre les deux hommes se sont toutefois rapidement détériorées dans la foulée de l’échec de l’accord du lac Meech.

Si les deux hommes — qui se connaissent depuis leurs années d’études en droit — se croisent parfois, il semble être tout simplement trop tard pour réparer les pots cassés.

«Je pense qu’on a un accord de ne pas embarrasser personne, souligne M. Bouchard. On va se serrer la main. Mais renouer, s’asseoir et prendre un café, non. Je ne pense pas que c’est possible. Ce n’est pas une affaire d’honneur. Ce sont des blessures.»

Le documentaire — réalisé après 22 heures d’entrevues réparties sur cinq jours — sera diffusé sur les ondes de Télé-Québec le 25 août prochain.

Les commentaires sont fermés.

Un premier référendum aurait possiblement rassuré des frileux et des indécis en sachant qu’il y en aurait un deuxième qui pourrait leur permettre de revenir en arrière.
Mais qu’aurais fait un deuxième référendum après un premier gagné?
Entre les deux, il aurait donné encore plus le temps nécessaire au clan fédéraliste de convaincre les indécis et un très grand nombre se sentant coupable de briser ainsi notre plus beau pays au monde, de changer d’idée!
En plus il aurait permis à ses opposants de qualifier cette stratégie de tordue et de malhonnête.

L’approche directe, la seule portée à l’image de son style par Jacques Parizeau l’a toujours fait paraître à mes yeux le plus honnête des politiciens tout au long de sa vie publique. Les stratégies alambiquées: très peu pour moi!

Lucien Bouchard était un souverainiste d’occasions, de circonstances de dépit voir de vengeance…un peu comme l’enfant d’école qui dit à son copain qui l’a déçu: « C’est ça que tu veux, eh bien tu vas voir ce que tu va voir ».
Je n’ai jamais eu confiance en Lucien Bouchard comme quelqu’un pouvant me représenter en quoi que ce soit qui ressemble aux valeurs auxquelles je crois et encore bien moins en ce qui concerne la souveraineté.
Je n’ai jamais changé d’idée.
Apprendre cette option qu’il avait en réserve ne fera rien d’autres que d’alimenter mon opinion à son sujet.

Comme le dit son fils, c’est un looser. À l’image des Québécois d’ailleurs. Pas pour l’avoir perdue. Un gagnant peut aussi perdre avant de gagner. Mais pour toujours offrir des solutions de perdants, qui veut sauver l’arbre et l’écorce, qui ne veut pas faire de vague. On se rappellera ce qu’il a fait en santé. Il aurait pu faire les choses avec un certain étalement…mais non. Lorsque les vagues à cause de ses décisions ont déferlées, il c’est empressé de quitter le bateau. Ça c’est un véritable perdant. Un véritable Québécois, qui jamais ne sait prendre de décisions, ou lorsqu’enfin il se décide, il est soit trop tard pour celle qu’il aurait du prendre il y a longtemps ou il prend de toutes façons la mauvaise décision. Tiens donc, j’y pense, pour désigner une mauvaise décision on pourrait populariser l’expression: tiens donc j’ai fait un Lucien Bouchard de moi!

Pour l’avoir vécu moi aussi et pour avoir cotoyé beaucoup de Québécois « frileux » comme l’autre dit dans son commentaire, je pense que la stratégie de Bouchard était justement stratégique. Beaucoup de Québécois « frileux » ont justement regretté que ça se fasse dans le genre « ca passe ou ça casse »…Je me dis des fois que les indépendantistes purs et durs connaissent vraiment mal la mentalité du Québécois moyen, du genre, comme Yvon Deschamps disait, voter pour un Québec fort (voter Levesque) dans un Canada uni (voter Trudeau en meme temps)….Et je pense sincèrement que l’échec de 1995 peut etre attribué en partie aux stratèges du PQ. Juste une très petite anecdote, en 1980, ma soeur sortait avec une espèce d’attaché politique (déjà ça comme emploi, ayoye….) du PQ pour qui le référendum de 80 allait etre emporté haut la main…Je me demandais comment on pouvait s’aveugler à ce point là, et en meme temps etre responsable de la destinée d’une nation. Déception, déception, les gens sont très petits…Bon, de toutes façons, tout ce qui toute l’identité québécoise….donne de l’urticaire….On réglera rien ici ni dans un avenir plus ou mois lointain, reste que des occasions ont été manquées….Est-ce quelqu’un se souvient du film d’Arcand, « le confort ou l’indifférence »? Tout était déjà dit…quelques années avant 1995….Y a pas pire aveugle que celui qui veut pas voir….