Stephen Harper proroge et esquive

Le moment choisi pour annoncer la future prorogation du Parlement n’est pas anodin. En voyage dans l’Arctique où le suit un groupe de journalistes, le premier ministre Stephen Harper a profité de son premier point de presse depuis la publication du rapport sur les dépenses de voyage de la sénatrice Pamela Wallin pour confirmer son intention de proroger le Parlement cet automne.

On sait depuis le printemps que M. Harper veut donner un nouvel élan à son gouvernement afin d’être en meilleure posture pour les élections de 2015. Le scénario évoqué  en coulisses était toujours le même:  congrès national du parti pour rassurer les troupes, remaniement ministériel pour promouvoir des recrues, prorogation et discours du Trône pour relancer le gouvernement.

Le congrès a été remis au mois d’octobre à la suite des inondations à Calgary, ce qui permettra de le transformer en événement mobilisateur. Le remaniement a eu lieu en juillet avec l’arrivée de nouveaux visages, mais le maintien dans les postes clés des poids lourds du cabinet. Au tour maintenant de la prorogation que M. Harper doit encore demander au gouverneur général. Cela fait, plus question de reprise des travaux le 16 septembre. Il faudra attendre le discours du Trône qui devrait être présenté en octobre. Selon le Globe and Mail, cela pourrait aller après la fête de l’Action de Grâces.

M. Harper n’a pas caché que l’économie et la création d’emplois seraient les thèmes centraux de son nouveau plan de match, ce qui ne surprend personne, l’économie étant sa meilleure carte de visite. Mais ce ne sera pas facile d’innover. Lui-même reconnaît que l’essentiel de ses engagements ont été réalisés.

Il lui reste cependant à éliminer le déficit. Il l’a promis pour 2015, mais ça se révèle difficile à cause de revenus moins importants que prévu. Sa politique commerciale ne progresse pas au rythme voulu. Des dossiers s’imposent aussi, comme celui de la concurrence en matière de télécommunications.

Et on ne voit pas comment il pourrait ignorer la tragédie de Lac-Mégantic et ne pas s’engager à faire mieux en matière de sécurité du transport ferroviaire et des matières dangereuses en général.

On s’attend à ce que la réforme du Sénat figure au menu, question de dévier l’attention des scandales entourant les dépenses des sénateurs Pamela Wallin, Mike Duffy et Patrick Brazeau. Ça ne pourra toutefois pas les faire oublier. Pour deux raisons.

Il faudra des mois avant de connaître l’opinion de la Cour suprême sur le projet de réforme du gouvernement. Ce qui veut dire que le gouvernement parlera beaucoup, mais agira peu pendant des mois. En revanche, la GRC va poursuivre ses enquêtes et le vérificateur général, son examen, et dans les deux cas, il est à peu près certain que les conclusions seront connues avant les prochaines élections.

Un discours du Trône permet à un gouvernement de présenter son plan pour les mois à venir. Il s’agit avant tout de déclarations d’intention et d’énoncés généraux. Le but est de créer une impression de la direction du gouvernement. Or, M. Harper a besoin de changer celle laissée depuis le début de l’année, soit celle d’un gouvernement à bout de souffle et à court d’idées, incapable de réagir adéquatement aux imprévus et empêtré dans des problèmes d’éthique.

On comprend l’intérêt du premier ministre d’ouvrir son jeu aujourd’hui. Il éclipse le dossier Wallin.  Mais en prorogeant, il évite aussi des semaines de questions lancinantes aux Communes et du coup, de rendre des comptes. Ce n’est pas la première fois qu’il a recours au procédé, mais au moins, cette fois-ci, l’essentiel de son programme législatif a été adopté.

Moins de vingt projets de loi mourront au feuilleton. C’est sans grande conséquence car le gouvernement peut, avec le consentement de la majorité des députés (ce dont il a l’assurance), réintroduire les projets auxquels il tient à l’étape où ils étaient rendus. Et il en reste très peu car il a vu au grain le printemps dernier en ayant recours au bâillon un nombre record de fois pour forcer l’adoption rapide de plusieurs projets de loi. Quant aux projets de loi présentés par les députés, ils sont automatiquement rétablis.

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Bonjour Mme Cornellier, je vois que vous continuer votre excellent travail d’analyse. Vous cibler les sénateurs : Pamela Wallin, Mike Duffy et Patrick Brazeau, tous conservateurs. Mais si on scrute plus attentivement l’actualité, on verra que le problème du sénat est peut-être plus profond. On peut lire sur le Huffington Post que : « Un homme d’affaires et avocat de la région d’Ottawa qui fait affaire depuis plusieurs années avec le gouvernement fédéral, Brian Karam, a consenti un prêt de 55 000 $ au sénateur Mac Harb, a appris La Presse Canadienne. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) se penchait déjà sur les allocations de résidence réclamées par M. Harb, mais à la lumière de ces nouvelles informations, il semble que le sénateur _ ancien membre du caucus libéral _ se retrouve de nouveau dans l’eau chaude. »

Oui, oui, un libéral, bon on tend à l’oublier parce que cela scrape le show anti-conservateur.

Comme tous les « bullies », Harper se révèle un lâche lorsqu’il le moindrement confronté…

Quel courageux « leader » il fait, depuis des années les « journalistes » (favorables à son parti) ne peuvent poser que 5 questions par jour que son cabinet a PRÉALABLEMENT APPROUVÉ…

En gros, le parti gouvernement Conservateur est digne d’une république de bananes, après tout ils ont volé les élections impunément (Robocall, In & Out, plusieurs poursuites avec Élections-Canada)! Eux qui promettait hypocritement d’être le parti de la transparence, imputabilité et éthique!

M. Harper déteste rendre compte, comme vous le soulignez, et la prorogation est une porte de sortie facilement accessible pour lui. Un simple coup de téléphone informant le GG que le Premier ministre a décidé de proroger la session et l’affaire est ketchup. Ça n’est surtout pas son ami qui va lui mettre des bâtons dans les roues. Désormais, le GG marche droit. Adieu le protocole. Au Canada, c’est Herr Harper qui conduit le bal. Qu’on le sache.

Vienne le jour où le Canada retrouvera la façon de faire d’antan : respect du protocole et des convenances en politique. Ces choses n’ont pas été créées sans raisons. Mais M. Harper préfère les ignorer. Lui et son entourage. Belle gagne! 🙁

Il y aura beaucoup à reconstruire après l’expulsion des Conservateurs. Mais quand?

Entre temps, le navire prend l’eau et s’enfonce…

Mauvais karma.

Au moins on aura pas le spectacle disgracieux de Mulcair et son mini-moi qui feraient de la démagogie avec Lac-Mégantic.

Pour tout amateur de politique , les derniers échanges entre MM. Mulcair et Harper représentent des moments d’anthologie. .. On peut comprendre que primo, M. Harper veuille se défiler et que secundo, les attaques « pas rapport » envers M. Mulcair soient « plantées » dans les blogues. Dommage, on aurait bien besoin de nous faire expliquer une chose ou deux à propos de la dérèglementation en matière de transport ferroviaire. Par exemple, la couverture en assurances.

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