Stephen Harper va-t-il convaincre les conservateurs de se faire vacciner ?

L’écart entre la volonté des sympathisants conservateurs de se faire vacciner et celle des partisans des autres formations politiques est manifeste depuis des mois. Or, la campagne de vaccination ne peut se permettre d’échapper trop de personnes hésitantes en cours de route.

Stephen Harper / Twitter / Montage L'actualité

Chaque fois que le chef conservateur Erin O’Toole se lève à la Chambre des communes pour déplorer les lacunes dans l’approvisionnement en vaccins de la part du gouvernement Trudeau, un quart des électeurs dans son propre parti haussent les épaules : l’arrivée au Canada d’un produit qu’ils n’utiliseront pas les indiffère. Ils n’ont tout simplement pas l’intention d’aller se faire vacciner, point.

L’écart entre la volonté des sympathisants conservateurs de se faire vacciner et celle des partisans des autres formations politiques est manifeste depuis des mois. Selon un coup de sonde Environics mené auprès de 5 814 personnes et rendu public il y a quelques jours, 23 % des électeurs conservateurs n’ont pas l’intention de recevoir une seule dose de vaccin. Ils sont également les moins nombreux (47 %) à affirmer qu’ils vont « absolument » recevoir une injection — j’exclus les partisans de Maxime Bernier, dont le Parti populaire du Canada n’a pas de représentant aux Communes et dont les électeurs semblent vivre sur une autre planète depuis le début de la pandémie.

À l’inverse, la proportion d’électeurs libéraux, néo-démocrates et bloquistes qui ne souhaitent pas se faire vacciner oscille entre 8 % et 13 % — les verts sont plus réticents, à 17 %.

Dans son étude réalisée notamment pour l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) et la Canada West Foundation, Environics souligne que plus un citoyen est sceptique envers le rôle que joue le gouvernement dans la société en temps normal, plus il a tendance à refuser le vaccin.

Frank Graves, de la maison EKOS, constate la même chose dans ses sondages depuis des mois. « Il y a une division partisane qui perdure au sujet de la vaccination, dit-il. C’est également vrai aux États-Unis. L’appui à la vaccination est plus fort au Canada en général, mais le scepticisme à la droite de l’échiquier politique existe des deux côtés de la frontière. »

La réticence à envisager la vaccination chez les conservateurs était encore plus marquée en octobre dernier, avant l’arrivée des vaccins sur le marché. À ce moment, 41 % des électeurs du PCC disaient ne pas vouloir d’injection, selon un sondage EKOS.

C’est dans ce contexte particulier, alors que la troisième vague frappe le pays, que Stephen Harper a fait œuvre utile samedi dernier : il s’est fait vacciner dans une pharmacie de la banlieue de Calgary et a publié la photo sur les réseaux sociaux. (Heureusement, il avait mis une chemise qui lui permettait de rouler la manche jusqu’à l’épaule sans avoir à se dévêtir !)

Depuis quelques jours, les personnalités publiques de plus de 55 ans qui peuvent se faire vacciner veulent donner l’exemple en affichant leur piqûre, que ce soit Dany Turcotte, Mitch GarberPatrice Roy, Pierre Bruneau ou les autres. C’est très bien. Souhaitons un effet d’entraînement. Mais il est possible que le geste de Stephen Harper, même banal, fait à des milliers de kilomètres d’ici, ait plus de répercussions sur la campagne de vaccination, compte tenu de la clientèle conservatrice plus hésitante.

Le 22e premier ministre de l’histoire du Canada, suivi par 1,2 million de personnes sur Twitter, a encore un énorme ascendant sur les troupes conservatrices au pays. Il n’a pas seulement fusionné la droite canadienne en 2003, il l’a guidée pendant une décennie au pouvoir.

Le 31 mars 2020, presque trois semaines après le début de la crise sanitaire, j’ai déploré dans un texte que Stephen Harper ait tardé à encourager ses concitoyens, à remercier les travailleurs de première ligne ou à inciter les Canadiens à respecter les consignes de la santé publique, notamment la distanciation physique, contrairement à certains de ses prédécesseurs au Canada (ou aux anciens présidents des États-Unis). Cette fois, il ne s’est pas fait prier, et c’est tant mieux.

Erin O’Toole n’a pas l’ascendant de Stephen Harper sur le mouvement conservateur, mais l’actuel chef du PCC devra également montrer l’exemple lorsque son tour viendra. Erin O’Toole a 48 ans, il lui reste donc encore quelques semaines avant d’être convié à la vaccination, en fonction de la rapidité de l’opération dans la région d’Ottawa. Son équipe de communication devrait commencer tout de suite à réfléchir à la visibilité du geste.

La force et la contagiosité des variants du SRAS-CoV-2 sont telles qu’il faudra atteindre une couverture vaccinale supérieure à 80 % ou 85 % dans toutes les tranches d’âge si on souhaite s’en sortir et revenir à une vie normale. L’objectif de 75 % visé par le gouvernement du Québec n’est probablement pas suffisant. On ne peut donc pas se permettre d’ignorer ceux qui hésitent encore, peu importe leur allégeance politique.

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Jamais été très fan de Harper; par contre c’est bien de voir qu’il encourage à la vaccination.
La réaction à la pandémie est très politique aux États-Unis; c’est un peu décevant de voir qu’il en est de même, dans une moindre mesure, au Canada. Je ne comprends pas ce qu’il y a de contraire aux valeurs conservatrices dans le fait de recevoir un vaccin.

J’aurais préféré lire: « Stephen Harper donne l’exemple. Tout dans la vie est un risque calculé. Sans vaccin, on s’expose à une chance sur cinquante de mourrir, plus une chance sur trois de devoir vivre avec l’après-Covid, si on attrape le virus. En se faisant vacciner on s’expose à une chance sur 100 000, ou peut-être même seulement à une chance sur 1 000 000, de développer des caillots dans le sang, pas nécessairement mortels, plus, si on devait attraper le virus par après (car le vaccin n’est pas nécessairement efficace à 100%) à une chance sur 1 000, d’en mourrir. La chose à faire me semble assez claire.

On pourrait même faire abstraction des caillots de sang. Sans vaccin, une chance sur cinquante de mourir des complications liées au Covid. Avec vaccin, une chance sur mille de mourir des complications liées au Covid.

Les « anti-vaccins » ont peut-être espoir de ne pas attraper le virus. Toujours possible … mais peu probable. »