Stephen Harper veut devenir ton ami Facebook

Nul besoin d’invoquer 1984, le gouvernement ne vous espionne pas : il est «à l’écoute».

PolitiqueSi vous partagez ce billet sur Facebook et que Stephen Harper vient cliquer sur «J’aime», ne paniquez pas : tout est normal.

Nous apprenions, jeudi dernier, que des institutions gouvernementales collectent des renseignements personnels par l’entremise de Facebook et de Twitter. Pourquoi ? Que font-ils avec ça ? Combien de photos de bébés et de statuts sur la météo les fonctionnaires ont-ils dû se taper ? Le mystère est complet.

Nul besoin d’invoquer 1984, son Big Brother, son État policier et ses toupets pleins de spray net (hein ? Ça, c’est dans le vrai 1984, pas dans le livre ? Ah bon…), le gouvernement ne vous espionne pas : il est «à l’écoute».

Questionné sur le sujet en chambre, le ministre conservateur Tony Clement a eu cette réponse :

«Monsieur le Président, que ce soit par une lettre, une pétition, un gazouillis ou un cri dans la rue, ce gouvernement est toujours prêt à écouter les Canadiens qui veulent se faire entendre.»

Que vous soyez en train de crier dans la rue ou en train de poster quelque chose sur Twitter, le gouvernement Harper est là et vous écoute. Êtes-vous rassurés ? (Vous pouvez répondre à voix haute chez vous, l’information devrait se rendre jusqu’à la colline du Parlement.)

Surtout, n’allez pas dire que vous trouvez ça étrange et inquiétant, Tony Clement va vous traiter de dinosaure :

«À une époque où les Canadiens sont tout à fait disposés à diffuser de l’information sur leurs opinions et leurs convictions et où ils veulent interpeller le gouvernement, le NPD souhaite inversement mettre fin à de tels échanges. Nous qualifierions son attitude d’antédiluvienne. Nous ne voyons pas du tout du même œil les moyens modernes de communiquer avec les Canadiens.»

«Nous continuerons de communiquer avec les Canadiens qui souhaitent communiquer avec nous.»

C’est un argument intéressant, que je compte bien réutiliser un jour. «Non, je ne suis pas en train de fouiller dans tes vieilles photos de vacances en espérant en trouver une où tu es en bikini : je suis en train de communiquer avec toi.»

Apprendre que le gouvernement nous espionne sur Facebook, ça fait un peu le même effet que lorsqu’un ami qu’on ne connaît pas tant que ça clique «J’aime » sur une photo qu’on a publiée il y a trois ans. Oui, on savait que tout le monde pouvait la voir, la photo, mais quand même… Malaise.

Sommes-nous fichés quelque part, selon nos publications sur les médias sociaux ? Existe-t-il une liste de gens qui disent du mal du gouvernement ? Un dossier «Foodies qui mettent des photos de leur souper sur Instagram / À cibler dès que l’utilisation de drones est autorisée» ? Une liste de Canadiens qui aiment la page Facebook de Dunkin Donuts, mais pas de celle Tim Hortons (un crime d’État, selon Harper) ?

Nul ne le sait.

Moi, cette année, je n’ai pas envoyé mes impôts par la poste. J’ai tout mis sur Facebook, ils viendront chercher ça eux-mêmes.

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. Il est aussi chroniqueur musique pour le magazine L’actualité depuis 2011 et collabore au webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.

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S’ils aiment communiquer autant, comment se fait-il qu’ils ne répondent jamais quand on leur écrit, par exemple Mme Glover? La dernière réponse que j’ai eu de leur part, était un message de M. Baird, à propos de la défense des homosexuels. Eh, Mme Glover, la preuve que vous n’avez pas de courage, celui requis pour défendre Radio-Canada, vous n’en avez pas pour me répondre de vous le reprocher!!!

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