Stratégie économique : Flaherty préfère évidemment celle des PDG

Chaque année, à cette époque, le ministre des Finances, Jim Flaherty, organise une séance de «réflexion stratégique» pour parler économie et lancer son processus d’élaboration du budget. Un groupe trié sur le volet a ainsi le privilège de se livrer, à huis clos, à un remue-méninges de deux jours avec le ministre des Finances et à espérer qu’il en retienne quelque chose. Celui de cette année se termine aujourd’hui.

L’idée n’est pas mauvaise, mais l’exercice est très biaisé, quoi qu’en dise le communiqué du ministère des Finances. Selon ce dernier, cette retraite réunit toujours «divers éminents Canadiens – notamment des représentants de petites et de grandes entreprises, des universitaires et autres experts». La liste fournie pour cette année offre toutefois un autre portrait.

Sur les 22 participants, trois sont universitaires, un est syndicaliste, un autre, journaliste et une dirige un organisme d’appui à l’éducation des autochtones (et un seul francophone). Tous les autres dirigent des entreprises, la plupart très grosses. C’est sans surprise qu’on ne trouve personne des secteurs de l’éducation ou de la recherche fondamentale, du milieu coopératif ou de l’économie sociale.
Voici la liste complète, en ordre alphabétique :

– André Bisson, président du conseil d’administration, Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations;
– Robert Blakely, directeur des affaires canadiennes, Département des métiers de la construction, FAT-COI ;
– John Brace, président-directeur général, Northland Power;
– Deborah Brown, directrice générale, EMD Serono, Canada;
– Bob Cartmel, président et chef de la direction, Est du Canada, Lafarge Canada;
– Connie Clerici, fondatrice, présidente et chef de la direction, Closing The Gap Healthcare Group;
– Paul Douglas, président et chef de la direction, PCL;
– Dawn Farrell, présidente et chef de l’exploitation, TransAlta Corporation;
– Bruce Flatt, associé directeur principal et chef de la direction, Brookfield Management;
– Linda Hasenfratz, chef de la direction, Linamar Corporation;
– Roberta Jamieson, présidente-directrice générale, Indspire; ONG autochtone
– Darby Kreitz, chef de la direction, Allnorth Consultants;
– James Lopez, président et chef de la direction, Tembec;
– L. Ian MacDonald, Rédacteur en chef sortant, Options politiques;
– Calvin McDonald, président et chef de la direction, Sears Canada;
– Francis P. McGuire, président et chef de la direction, Major Drilling Group International;
– Marcus New, président, Stockhouse Publishing;
– Paul Romer, professeur d’économie, Leonard N. Stern School of Business;
– Reza Satchu, associé directeur, Alignvest Capital Management;
– Barbara Stymiest, président du conseil d’administration, Research in Motion;
– William Watson, professeur agrégé et directeur du Départment d’économie, Université McGill;
– Zoe Yujnovich, présidente et chef de la direction, Compagnie minière IOC.

Cela a pour effet de faire lourdement pencher la balance d’un seul côté, comme le relève le Globe and Mail qui a obtenu, en vertu de la Loi d’accès à l’information, un résumé des discussions de l’an dernier. Il cite aussi Andrew Jackson, l’économiste en chef du Congrès du travail du Canada, qui a participé à la rencontre de 2009. Il note que les discussions sont très largement dominées par les représentants des employeurs et de groupes de réflexion associés à la droite.

Les suggestions de l’an dernier sont éloquentes. Selon le document cité par le Globe, le ministre a été invité à adopter des mesures pour réduire le coût de la main-d’œuvre, limiter le pouvoir des syndicats et permettre un système de santé à deux vitesses. On lui aurait aussi suggéré de hausser l’âge de la retraite et de favoriser la concurrence étrangère dans plusieurs secteurs, dont ceux des télécommunications et du transport aérien.

Tout cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose? Un certain C-38 peut-être…

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Au début j’aimais pas les conservateur dutout. Surtout sur l’axe de la liberté civile.

Cependant à vous lire les décrier je me surprend de les apprécier de plus en plus. Surtout sur l’axe de la liberté économique.

Je me rend compte que les thèmes normalement conservateurs québécois (tout ce qui tend à contrôler nos comportement civil par les valeurs et moralité) tel que le nationalisme, la langue, etc me répugne tout autant.

« le ministre a été invité à adopter des mesures pour réduire le coût de la main-d’œuvre, limiter le pouvoir des syndicats et permettre un système de santé à deux vitesses. On lui aurait aussi suggéré de hausser l’âge de la retraite et de favoriser la concurrence étrangère dans plusieurs secteurs, dont ceux des télécommunications et du transport aérien. »

et le problème étant? s’il applique toutes ces mesures, alors l’économie s’en portera mieux à long terme

@lemoutongris

C’est sûre qu’en réduisant la masse salariale de la très grande majorité des employés, ça va relancer l’économie à long terme!!!

L’important est que les PDG aient la liquidité nécessaire pour investir dans des nouvelles entreprises produisant des produits que les gens n’auront pas les moyens d’acheter….

À titre d’exemple, Ford a d’ailleurs doublé les sous la logique que des employés ayant un meilleur salaire vont avoir les moyens d’acheter des voitures.

Oups, mauvais exemple….

« C’est sûre qu’en réduisant la masse salariale de la très grande majorité des employés, ça va relancer l’économie à long terme »

ça a fonctionné en 1920.

qu’est-ce qui est mieux : diminuer les salaires et continuer de travailler ou les laisser tels quels, créer du chômage structurel et possiblement congédier lesdits employés qui réussissent à travailler?