Suggestions de lecture: Kevin Page et le voile

Deux suggestions de lecture sans aucun rapport entre elles.

D’abord, un texte de l’ancien directeur parlementaire du budget (DPB) Kevin Page, paru sur le site d’iPolitics et dans lequel il se prononce sur plusieurs sujets. Mais il y invite surtout les parlementaires à ne pas se laisser complètement absorber par le scandale du Sénat et à garder les yeux rivés sur les enjeux de fond et tirer parti du prochain discours du Trône pour ce faire. L’intérêt de ce texte vient du fait qu’il est le premier que publie M. Page depuis plusieurs mois et qu’il le fait quelques jours à peine après l’entrée en fonction de son successeur. Une nouvelle belle-mère? Ça risque de plaire à ceux qui craignent déjà que le nouveau DPB Jean-Denis Fréchette soit trop timoré.

Le second texte, écrit par Sayed El-Qemani, a d’abord paru sur le site arabe Shaffaf (Transparence) pour être repris dans le Courrier international. Il offre un éclairage pertinent – et historique – sur le voile porté par des femmes musulmanes en Égypte. Intéressant. (Merci Marie-France Bazzo.)

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Je cite le meilleur bout:

http://www.courrierinternational.com/article/2010/01/07/le-voile-n-est-pas-une-obligation-religieuse

« Si le voile était un élément essentiel de l’islam, celui-ci se serait effondré le jour où les femmes égyptiennes – et, plus généralement, arabes – l’ont enlevé. Ce qui mérite également d’être souligné, c’est que le renoncement au voile a eu lieu lors de la période du renouveau et des Lumières, tandis que la reprise du port du voile va de pair avec la décadence de la nation arabe et se produit à l’époque des régimes militaires, qui, en établissant leur tyrannie au nom des causes nationales, ont provoqué des défaites historiques et un désenchantement si violent qu’il a entraîné des réactions tout aussi violentes, à savoir l’islam politique et terroriste. Celui-ci avait besoin pour s’imposer de symboles tels que le voile, dont le retour est allé de pair avec l’essor pétrolier. C’est ce qu’on appelle la sahwa [l’éveil], un mouvement au parfum de pétrole et à l’esprit aussi sec et rude que le désert d’où il vient.

On voit avec quelle facilité tout un peuple passe d’un consensus social à un autre, de l’adoption d’un vêtement à son rejet. Si un peuple fait une chose et son contraire à quelques années d’intervalle, cela signifie qu’il est perturbé et incertain sur la voie à suivre. Il ne va jamais jusqu’au bout et ne fait jamais de pas en avant sans ensuite en faire autant en arrière.

Cette valse-hésitation prouve que les musulmans ne sont plus sûrs de rien. Nous savons parfaitement pourquoi nos mères et grands-mères ont piétiné leur voile en public. A l’époque, les idées des Egyptiens étaient ouvertement laïques. Ils voulaient qu’un contrat social affirme que la patrie est commune à toutes les communautés et confessions, que tous les citoyens sont égaux en droits et en devoirs. Ils voulaient un Etat moderne avec des institutions civiles et un système parlementaire au sein duquel la volonté populaire aurait pu imposer des alternances entre des partis politiques forts. Bref, il s’agissait d’emprunter le modèle occidental, qui était jugé supérieur malgré le rejet du colonialisme, qui, en 1919, dominait le pays. C’était une volonté collective de s’accrocher au train de la modernité des pays développés. Ce qui est étrange, c’est que le voile fait son retour quand la nation est vaincue et humiliée, au moment précisément où elle aurait besoin de respirer un air de liberté afin de sortir de son marasme, de son sous-développement et de l’insoutenable défaite de sa civilisation.

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