Syrie : l’utilisation d’armes chimiques en quatre hypothèses

Suite à l’attaque du 21 août 2013 sur Ghouta, banlieue est de Damas, de nombreux observateurs considèrent qu’il y a certainement eu utilisation d’armes chimiques. Médecins Sans Frontières est la première source indépendante à avoir rendu compte d’observations cliniques relatives aux symptômes des victimes de l’attaque. L’ONG, dans son communiqué, se montre prudente, mais remarque que « les symptômes […] rapportés suggèrent fortement l’exposition massive à un agent neurotoxique ». Une équipe d’inspecteurs de l’Organisation des Nations Unies s’est rendue sur les lieux pour préciser les faits et confirmer irrévocablement ou non l’utilisation d’armes chimiques à la date du 21 août. Le rapport et les résultats sont appelés à paraître dans les prochains jours ou prochaines semaines.

Parallèlement à cela, les gouvernements américain, britannique et français ont publié et mis en ligne des documents déclassifiés faisant part de leurs observations et conclusions. Dans les notes américaine, britannique et française, le régime de Bachar al-Assad serait très probablement responsable des attaques chimiques lors de l’attaque du 21 août 2013. Toutefois, toutes les hypothèses ne sont pas explicitement posées et certaines rapidement écartées. Ci-dessous les hypothèses que nous jugeons encore vraisemblables à la lumière des informations disponibles :

Hypothèse 1 : Les forces pro-Assad ont utilisé des armes chimiques lors de l’attaque du 21 août 2013, suite à une opération planifiée et réalisée par l’armée qui obéissait aux directives des instances dirigeantes du pays.

Hypothèse 2 : Les forces pro-Assad ont utilisé des armes chimiques lors de l’attaque du 21 août 2013, suite à une opération planifiée et réalisée par l’armée sans concertation avec les instances dirigeantes du pays.

Hypothèse 3 : Des membres de l’opposition ont utilisé des armes chimiques lors de l’attaque du 21 août 2013.

Hypothèse 4 : L’une des deux parties utilise des armes chimiques et les a utilisées lors de l’attaque du 21 août 2013, mais l’autre partie les utilise et les a aussi utilisées dans d’autres théâtres d’opérations.

Si les hypothèses 1 et 2 sont jugées plus probables que l’hypothèse 3 en raison, notamment, de l’envergure de l’attaque du 21 août 2013 – même s’il convient aussi de nuancer la portée de cet argument —, on ne peut pour l’instant réfuter la troisième hypothèse. Par ailleurs, la confirmation d’une des trois premières hypothèses n’implique pas l’invalidation de la quatrième. C’est d’ailleurs l’hypothèse 4 qui semble pour l’heure la plus vraisemblable. Dès lors, la décision la plus courageuse à prendre n’est pas dans l’intervention militaire, mais dans la priorisation de l’option politique et dans une augmentation considérable des efforts diplomatiques pour résoudre le conflit syrien.

Pour de plus amples détails et une analyse fouillée des hypothèses énoncées ainsi que des éléments de preuve évoqués dans les différents documents gouvernementaux déclassifiés, voir la note de recherche publiée sur le site de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM : De l’utilisation des armes chimiques à une potentielle intervention militaire : « une ligne rouge » en pointillés.

 

Adib Bencherif

Chercheur en résidence, Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord

Chaire @RDandurand @UQAM

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