Taxi : non à la professionnalisation

La création d’un ordre professionnel des chauffeurs de taxi ne règlerait pas le problème réel de l’industrie, soit la détérioration généralisée du service : elle provoquerait la recrudescence d’un corporatisme crasse qui mine déjà ce secteur.

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Photo : Graham Hughes/La Presse Canadienne

L’industrie du taxi a encore beaucoup de chemin à faire avant d’arriver au XXIe siècle, comme en témoigne le résultat du sommet à huis clos tenu cette semaine.
Politique

Pour contrer la concurrence inédite d’UberX, un nouveau service de covoiturage qui évolue en marge des règles établies, le Regroupement des intermédiaires en taxi du Québec (RITQ) a proposé la création d’une association professionnelle à adhésion forcée pour les chauffeurs de la province. «On pense qu’une association professionnelle obligatoire nous aiderait à sortir de nos problèmes», a dit le porte-parole du RITQ, Abdallah Homsy.

La proposition, bancale, dénature le concept de la professionnalisation. La création d’un ordre professionnel des chauffeurs de taxi ne règlerait pas le problème réel de l’industrie, soit la détérioration généralisée du service : elle provoquerait la recrudescence d’un corporatisme crasse qui mine déjà ce secteur.

Les chauffeurs de taxi, c’est connu, s’opposent à toutes les formes de concurrence, réelle ou imaginaire, rencontrée sur leur chemin. Au fil des ans, ils ont pesté contre BIXI, la navette reliant l’aéroport Montréal-Trudeau (un service essentiel), les voies réservées.

Une fois réunis au sein d’un ordre professionnel, ils profiteraient de leur nouveau statut pour revendiquer la quasi-exclusivité du transport de personnes, en dehors du réseau public, en brandissant leur carte de «professionnels» comme un badge. Ce nouveau statut renforcerait un oligopole déjà bien enraciné en raison d’un système de quotas des permis.

Au Québec, il y a présentement 53 professions régies par le Code des professions. Les avocats, les notaires, les médecins et les ingénieurs, notamment, entrent dans ce club relativement fermé. Tous les métiers ne sont pas des professions, et les critères pour former un ordre professionnel sont plutôt stricts, à savoir :

– Il existe un socle commun de connaissances pour exercer la profession ;

– les professionnels bénéficient d’une grande autonomie, et il est difficile pour des novices de porter un jugement sur leurs activités ;

– la relation de confiance et les rapports personnels avec les clients sont au cœur de l’activité professionnelle ;

– les faits et gestes posés par les professionnels comportent un risque pour la sécurité ou la vie des personnes, ce pourquoi ils doivent être encadrés par un ordre ;

– les professionnels obtiennent des renseignements confidentiels de leurs clients dans l’exercice de leurs fonctions.

Ces facteurs ne sont pas exclusifs, et chaque demande de création d’un ordre professionnel est analysée par le Conseil interprofessionnel du Québec.

À vue de nez, on voit bien que l’industrie du taxi ne répond à aucun des cinq critères. Même si certains chauffeurs sont de folkloriques dangers publics, il n’y a pas un enjeu de protection du public dans le fait de griller les feux jaunes et de freiner brusquement jusqu’à en donner la nausée aux clients.

Prétendre qu’un chauffeur de taxi pose un acte professionnel est totalement farfelu. À ce rythme, il faudra reconnaître aussi un statut professionnel aux chauffeurs d’autobus, aux conducteurs du métro, aux pompistes et peut-être même aux cordonniers.

À l’évidence, les chauffeurs de taxi n’ont pas fait leurs devoirs avant de réclamer la création d’un ordre professionnel. Le système en place au Québec vise à protéger le public, et non pas à résoudre les problèmes structurels et conjoncturels d’une industrie qui n’a pas évolué depuis la disparition de la Mercury Meteor.

Faciliter le paiement par carte de crédit, garder son véhicule propre, connaître minimalement la géographie de Montréal, freiner en douceur, partager la route dans un esprit de civilité, offrir au client un minimum de quiétude et de sérénité dans la voiture : voilà autant de petites et grandes attentions qui ne nécessitent pas la création d’un ordre professionnel.

L’industrie du taxi souffre de la concurrence d’UberX parce qu’elle n’est pas concurrentielle. Quiconque réfléchit un tant soit peu à l’état lamentable du service finit par se demander : à quoi sert le Bureau du taxi ?

Les chauffeurs ont raison sur un point lorsqu’ils critiquent la concurrence déloyale d’UberX. Leur industrie est très règlementée, tandis que le service de covoiturage ne l’est pas du tout. Les chauffeurs ont déboursé un total de 1,2 milliard de dollars pour acquérir des permis, tandis que les conducteurs d’Uber n’ont à peu près pas de frais fixes.

Les chauffeurs de taxis ont le droit de gagner leur vie, mais en même temps, les clients ont le droit de refuser un service minable et d’exiger mieux. Ce n’est pas en freinant à tout prix la nouvelle concurrence, mais en faisant mieux, que l’industrie sera en mesure de se relever.

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Je ne vise pas à faire de chauvinisme, mais je n’habite pas Montréal et les 4 ou 5 fois où j’ai utilisé un taxi en dehors de la métropole : l’expérience était drastiquement différente (et j’avais l’option de payer par carte de crédit). Sont-ce des problèmes uniques à Montréal? Ou bien c’est simplement plus généralisé par chez vous?

La façon dont fonctionne l’industrie du taxi actuellement est passée date et me fait penser aux livreurs de pain et de lait qui utilisaient un cheval pour faire leurs livraisons domicile. Cela a fonctionné pendant un certain temps jusqu’à l’apparition de l’automobile et des dépanneurs.

Vous pensez que Uber est une menace? Ce n’est rien en comparaison de ce qui s’en vient.

« Les chauffeurs ont déboursé un total de 1,2 milliard de dollars pour acquérir des permis… », tout l’enjeu est là! À qui est allé cet argent et inévitablement, le paiement d’un permis de taxi vient augmenter les coûts pour son acquéreur et rendre son service moins concurrentiel vis-à-vis les autres options ou moins profitable pour lui-même.

Le problème du coût des permis de taxis a été créé entièrement par l’intervention étatique. En fait, l’État toujours aussi tentaculaire et interventionniste a décidé de créer des permis de taxi et en a limité le nombre.

À l’époque, le permis se vendait autour de $15,000.00 mais le temps, l’inflation et SURTOUT le racket de la protection engendré par la limitation du nombre des dits permis a fait son oeuvre maléfique.

Si l’état n’avait pas mis ses pattes sales dans ce dossier, rien de tout cela n’aurait eu lieu.

Qu’arriverait-il si les villes avaient laissé tomber les permis de taxi et elles avaient laissé le marché libre ? Le résultat serait le même qu’aujourd’hui, c’est-à-dire il se serait former un petit groupe de compagnies de taxi qui auraient eu les reins assez solide pour éliminer les petits joueurs (les travailleurs indépendants) en « cassant » les prix, la concurrence « nuisible » ayant disparu, ils auraient fixé les prix à leur guise, vers le haut.

Ca me fait tellement pensé aux producteurs laitiers. Ils ont payé une fortune pour un monopole et là, la mondialisation vient jouer dans leur monopole.

Merci pour cet article. Le pire service que j’aie jamais reçu est celui de l’aéroport… Et il nous est imposé. Et les chauffeurs refusent les cartes de crédit ou utilisent maintenant l’ancien système: cette horrible machine qui en passant par-dessus la carte, écrasent la puce. Certains taxis répondent au téléphone en conduisant. Certaines voitures sont sales, carrément dégueulasse, la radio à fond, dans nos oreilles, pas d’air climatisé… alors quand on a un RV, les fenêtres grandes ouvertes, on arrive totalement décoiffées. Et souvent, on a l’impression que 10% de pourbore, ce n’est pas syffisant. Tout cela nous est imposé. Et c’est cher…

Un ordre professionnel a d’abord pour mission de protéger le public. Ce n’est certainement pas le cas avec les chauffeurs de taxi ! Le syndicat a au moins la prétention de protéger d’abord ses membres, le plus souvent sans tenir compte de l’intérêt public, mais c’est de bonne guerre. On sait parfaitement où ils logent, malgré tous leurs discours alambiqués voulant nous faire croire qu’ils défendent la veuve et l’orphelin, en dénonçant fortuitement toutes les petites injustices qui soutiennent la négociation.
Oui, le corporatisme est roi et les chauffeurs de taxi illustrent parfaitement là où mène l’absence de concurrence grâce au monopole qui leur est accordé: coûts élevés, piètre qualité des services, arrogance et détérioration du capital. Un chauffeur de taxi, c’est comme le service à la clientèle de Bell avant la venue de Vidéotron, Rogers et Telus.
Le gouvernement devrait réformer le système en abandonnant totalement le système actuel, celui d’un monopole où les membres « achètent » des « offices », comme on le faisait au temps des rois, avant la révolution. C’est pour le moins vieillot et dépassé !

« Un chauffeur de taxi, c’est comme le service à la clientèle de Bell avant la venue de Vidéotron, Rogers et Telus. »

J’aime tellement votre analogie.

J’ai quand même omis d’écrire que certains chauffeurs sont adorables, serviables et tout et tout. Je parle souvent avec eux et on ne parle pas assez des dangers qu’ils courent. L’un d’eux m’a raconté, et je le crois, que lorsqu’il fait du taxi la nuit, il part en cachette de ses enfants afin de ne pas les inquiéter. Certains m’ont raconté comment ils se font étrangler avec leur propre ceinture de sécurité par des malfaisants qui veulent leur voler leur argent. Rares ceux qui n’ont pas vécu un acte de violence. Il a y a donc deux facettes à cette industrie: la qualité du service aux clients…. et il est temps que ça change, mais aussi la sécurité des chauffeurs. Aussi, dans toute profession, vous avez des gens qui travaillent mal et ne sont pas à leur place dans l’industrie du taxi… et d’autres qui font bien leur «job», avec courtoisie…

Est-ce qu’ il va falloir démonopoliser l’ industrie du taxi et du lait et racheté tous les permis et permettre la libre entreprise avec réglementation bien sûr ? L’ institutionnalisation en monopole arrive toujours a une destination finale! Aujourd’ hui avec le pouvoir d’ internet m^me les gouvernements partout a travers le monde réfléchissent!!

Vos critiques M. Myles sont globaux et trop sévères.
J’utilise beaucoup les taxis à Montréal, en partie pour faciliter mes déplacements professionnels. Je donnerai une note de 7/10 pour les voitures et 8/10 pour les conducteurs. La majorité des taxis vieillots sont surtout ceux des grosses compagnies qui les louent à des chauffeurs irréguliers.

Uber tente de détruire une industrie comportant une majorité de petits travailleurs.

20% du coût des transports Uber sont transféré au moment même de la transaction directement au Pays-Bas, ce fut confirmé en Commission parlementaire par leur Directeur. Depuis quand le Gouvernement tergiverse devant tant d’illégalité! peut-être la même raison que le trafic illégal des cigarettes par les mohawks?

j’aimerais savoir si ces personnes qui se servent de uber pour faire du taxi paient les taxes , assurances , car la responsabilité civil peut leur couter tres cher s’ils n’ont pas aviser leur assureur qu’ils font du commerce avec leur véhicule , on paient déjà tres cher en assurances sans que ces personnes se donnent en faisant des voyages sans en aviser leur assureur

Premièrement….j’ai pris un taxi hier pour le festival d’été de Quebec, Taxi charlesbourg…. je demande un taxi interac.. pas de problèmes.. 15 minutes plus tard le taxi arrive, piteux état ( lumière ABS/ check engine et tout le tralala d’allumé ) , j’embarque, le chauffeur me dis de vouloir passer par dufferin, je luis demande si la route est dégagée et il me réponds par l’affirmative. il arrive de la.) on commence donc le trajet.. trappe a ours !!, et oui le chemin est bloqué par les automobilistes, je lui demande de me laisser ou je suis, il me confirme ne pas avoir d’interac , ce que j’avais précisément demandé. je ne peux sortir du vehicule, le chauffeur barre les portes par un système child-proof et les vitres sont barrées. J’essai d’appeler le Dispatch pour me pleindre de l’arnaque, on me flush la ligne au nez. Le taxi ( #7 de taxi charlesbourg) n’avait pas d’identification visible sur le vehicule tel que stipulé par leur propre loi. Super le piège a con, PLUS JAMAIS je ne ferais affaire avec eux, VIVE UBER !!!!

Votre histoire dépasse l’entendement. Le chauffeur vous a retenu de force dans sa voiture?? Est-ce parce que vous n’aviez pas de quoi le payer en liquide? Comment cela s’est-il terminé?

« Le taxi ( #7 de taxi Charlesbourg) n’avait pas d’identification visible sur le véhicule comme le recommande leur propre loi.: pourquoi être embarqué ou resté alors?
Embarrer une personne contre son gré et la garder captive est un acte criminel! Faites donc une plainte à la police.
Tout comme UBER est illégale à plusieurs niveaux.
Vous seriez offusqué de savoir que le propriétaire de ce véhicule n’a pas payé ses assurances automobiles et n’est donc pas assuré? Ou encore n’a pas payé ses permis de taxi?
Les véhicules UBER sont exactement dans la même position et dans bien d’autres tout aussi condamnables voir illégales…
UBER ne paye pas d’impôts dans les pays où il est installé? Les chauffeurs, eux, comment peuvent-ils déclarer des revenus aux impôts?
En cas d’accident, alors que des clients sont blessés, qui paye? Leurs assureurs refuseront! Ou bien les chauffeurs n’ont pas déclaré qu’ils faisaient du taxi même qu’occasionnellement, ou bien n’ayant pas de permis de taxi, aucun assureur n’acceptera de les assurer.
Avec UBER, le chauffeur affiche ses identifications, celles du véhicule?
Dans le cas que vous décrivez, le dispacth vous a raccroché. N’y a-t-il pas un bureau du taxi à Québec ou un autre organisme?
Avec UBER, à qui rapportez-vous vos doléances? UBER étant qu’un organisme qui redirige les courses, il ne gère certainement pas la discipline des chauffeurs ni la qualité des véhicules?

Si j’étais le gouvernement, je ferais appliquer toutes les règles et toutes les lois qui peuvent s’appliquer dans ce cas de UBER avec rigueur. Si cela n’est pas suffisant, je renforcerais les règles et les lois au plus vite. Non seulement en ce qui concerne UBER mais aussi pour les taxis actuels. Ça inclus les lois municipals, les impôts et le reste…
Aussi tout comme si vous décidez de transporter des gens en vous rendant dans un lieu quelconque en « partageant » les frais ou encore en chargeant une compensation, et que si vous vous faites attrapez vous devrez payer de fortes amendes, on devrait appliquer la même médecine à UBER et aux chauffeurs qui utilisent ce service. Non seulement, mais en plus j’instituerais une loi qui donnerait aussi une amende à ses utilisateurs…illégaux.
Quiconque n’est pas censé être au-dessus des lois!