Tendances 2015 – La classe moyenne à toutes les sauces

Les politiciens n’en ont que pour elle. À Québec, on cherche comment la faire payer davantage. Au fédéral, à l’approche des élections, on est plutôt en mode séduction.

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Photo : Rachel Côté

Ils ont pris une petite pause au tournant des années 2000, quand l’économie roulait à fond de train. Mais la crise boursière de 2008 et la récession qui a suivi ont ramené les mots « classe moyenne » dans le vocabulaire des politiciens, autant à Québec qu’à Ottawa. Maintenant, les élus ne semblent plus vouloir s’en passer. Et la tendance restera forte dans un avenir prévisible.

Or, il y a ceci de pratique dans ce concept élastique : tout le monde s’identifie à la classe moyenne, des moins nantis aux gens plus fortunés. Particulièrement au Québec, où l’on ne souhaite pas trop sortir du lot. « Quand le politicien dit “classe moyenne”, tout le monde se reconnaît ! C’est très pratique », dit Mathieu Arès, professeur d’éco­nomie politique à l’Université de Sherbrooke.

Il n’existe pas de consensus autour d’une définition de la classe moyenne, qui est davantage un concept politique qu’éco­no­mi­que. Dans une étude récente, François Delorme, Suzie St-Cerny et Luc Godbout, de l’Université de Sherbrooke, ont tenté de la cerner. Selon eux, en 2010, 46,7 % des ménages qué­bécois en faisaient partie, si on tient compte du salaire après impôts, transferts et crédits d’impôt.

Par exemple, le revenu annuel médian du ménage québécois avec deux enfants était alors de 95 794 dollars. Ce qui signifie que 50 % des ménages gagnent plus et 50 % touchent moins. Les ménages qui gagnent entre 75 % et 150 % du revenu médian, soit entre 72 000 et 144 000 dollars, font partie de la classe moyenne.

Si cette appellation a toujours été relativement populaire, « on l’entend davantage actuellement », convient Mathieu Arès.

D’abord, parce que les politiciens ont de moins en moins de temps pour capter l’attention. Leurs citations retransmises à la radio ou à la télévision ne durent que de 10 à 12 secondes en moyenne. Les mes­­sages sur les réseaux sociaux — 140 caractères sur Twitter, c’est court ! — doi­vent être bien résumés.

Ensuite, la situation économique difficile des dernières années a ramené à l’avant-scène les débats sur le sort de cette classe de la société. Les revenus d’emploi ont peu bougé depuis 35 ans, mais des programmes comme les garderies au rabais, l’assurance médicaments ou la hausse du salaire minimum ont élevé le revenu disponible d’une partie de la classe moyenne, comme le démontrent les chercheurs de l’Université de Sherbrooke. « Le filet social fonctionne au Canada et au Québec, ajoute Mathieu Arès. La redistribution de la richesse n’est pas parfaite, mais elle existe. »

Cependant, la croissance étant au ralenti, la richesse collective ne grossit plus aussi rapidement, ce qui provoque des tiraillements et des choix difficiles. « La base du contrat social, c’est l’équité. Entre les travailleurs et entre les générations. Le monde change et il faut renouveler ce contrat social », affirme Alban D’Amours, ancien président du Mouvement Desjardins.

Le gouvernement du Québec, coincé financièrement, est en train de redéfinir son rôle dans la société, et donc dans la vie de la classe moyenne : réforme des régimes de retraite des employés municipaux, révision de la con­tri­bution des parents aux services de garde, modification du programme de procréation assistée… La précarité des finances publi­ques force à mettre un frein aux dépenses et à chercher des moyens d’engranger de nouveaux revenus.

« Le gouvernement a besoin de l’argent de la classe moyenne, mais il cherche aussi à la protéger pour ne pas qu’elle souffre trop, car son poids pèse lourd aux élec­tions. C’est le paradoxe », expli­que Mathieu Arès. C’est pourquoi Québec demande aussi aux entre­prises de fournir leur part, en dimi­nuant leurs crédits d’impôt de près d’un milliard de dollars par an.

À Ottawa, la « classe moyenne » est aussi à l’honneur, mais dans un tout autre registre : celui de la séduction. Les déficits budgétaires ont fait place aux surplus à l’approche des élections fédérales. Quelles mesures proposer pour attirer son vote ?

Justin Trudeau a fait de l’aide à cette classe l’épine dorsale de sa future plateforme électorale, avec l’éducation et les infrastructures comme axes principaux.

Le NPD de Thomas Mulcair la vise également, même s’il remplace parfois dans ses interventions « classe moyenne » par « tra­vailleurs » ou « familles ». De plus généreux transferts aux provinces en santé, un service national de garde au rabais et une hausse du salaire minimum fédéral sont notamment au menu.

Dans le camp de Stephen Harper, on souhaite dépenser les surplus différemment. La classe moyenne voudrait des baisses d’impôt — fractionnement du revenu pour la classe moyenne supérieure et crédit pour l’activité physique des enfants — et une diminution de la dette de l’État, estime le premier ministre.

Que ce soit pour la séduire, la protéger ou lui soutirer encore quelques dollars, la « classe moyenne » n’est pas près de disparaître du discours des élus.

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La ou les classes moyennes existent-elles encore ou sont-elles de plus en plus vouées à devenir le dernier vestige d’une civilisation en voie d’extinction, comme le fut en d’autres temps l’Atlantide et leur règne des géants ?

Les géants se sont faits moyens et les moyens redeviendront petits. Ainsi va la vie.

Si la tendance devait se maintenir (pour paraphraser « à peine » Bernard Derome), eh bien la « classe moyenne » devrait avoir presqu’entièrement disparue d’ici la fin de ce siècle. Cédant le pas à une classe neutre (comme rime la neutralité de l’État), laquelle ne sera plus une classe ; plutôt une masse formelle composée d’individus qui partageront de manière plus ou moins égale une manne commune.

Le rôle des États se sera peu à peu estompé ; ces derniers ne seront à toutes fins pratiques plus en mesure de fournir ces services — qui nous tiennent tant à cœur -, lesquels auront perdu toute forme d’universalité. La nature ayant horreur du vide, les gens se regrouperont plus par affinités et en complémentarité pour parer à ces services perdus ; offrants eux-mêmes du temps et des services contre d’autres services.

Cette forme d’organisation est en train de prendre forme ici et ailleurs. Il n’y aurait rien d’époustouflant à voir cette tendance devenir la norme d’ici 30 ou 40 ans ou peut-être moins.

Quand on se porte à l’observation des chiffres, nous voyons que depuis 1980, le revenu des travailleurs les plus choyés n’a augmenté que de quelques 16% en tenant compte de l’inflation. Cette augmentation n’a rien de mirobolante, surtout lorsqu’on la compare à celle du « 1% ». Dans le même temps les employés parmi les moins bien rémunérés, virent leurs revenus baisser de plus de 20%, malgré une valorisation constante du salaire minimum.

Rien d’étonnant que le taux d’endettement des ménages ait triplé dans le même temps ; pas plus surprenant si le niveau d’épargne des citoyens ait été laminé au fil des ans, pour ne plus être aujourd’hui réduit qu’à une peau de chagrin.

Peut-on objectivement penser que dans les 25 prochaines années, qu’un quel qu’État soit en mesure d’offrir à plus de la moitié de sa population un quelque rattrapage quantitatif, quand la compétitivité des entreprises ne le supporterait pas ? Lorsqu’en plus de devoir jongler pour réduire les déficits publics, les services coûtent de plus en plus chers. Lorsque le maintien de l’endettement public à un niveau raisonnable reste un assommoir qui n’est pas sans rappeler le tonneau des Danaïdes, emprunté comme il se doit à la mythologie des grecs.

Alors… évidemment les classes moyennes seront adorées, adulées, louangées, encensées, cajolées, sollicitées au cours de la prochaines année (élections obliges) puis… quelques temps plus tard… à un moment donné… elles seront presque entièrement oubliées… abandonnées… laissées pour compte à elles-mêmes. Tout dépendant des aléas de l’actualité internationale et encore des hauts et des bas du marché.

Pour conclure sur une note positive :

— Il ne me reste plus, cher Alec Castonguay qu’à vous souhaiter une bonne et surtout heureuse année que vous saurez certainement partager avec celles et ceux que vous aimez. Un égal bonheur pour tous vos lecteurs réguliers.

Très intéressant d’abord le texte d’Alex Castonguay et le commentaire de Serge Drouginsky concernant la classe moyenne.

Dans la classe moyenne, faut-il oublier les aînés qui y font aussi partie? On parle souvent de ménage qui font partie de cette classe ayant des enfants. Souvent des grands-parents sont dans l’obligation de prendre à charge les enfants de leur propre enfant.

Merci de nous amener à réfléchir sur la classe moyenne appelée presqu’à disparaître et qui a été introduite grâce à la syndicalisation. Lorsque j’étais jeune et que j’étais pensionnaire parmi les plus nantis de notre société québécoise, il n’y avait pas de classe moyenne. Cette classification a vu le jour grâce aux efforts de l’instruction, l’éducation et de la syndicalisation. La classe moyenne est prise entre deux pôles celui des riches et des pauvres et l’État qui essaie de garder son équilibre au point de se demander s’il est en train de faire basculer la classe moyenne en corvée solidaire ou influence solidaire.

La classe moyenne est-elle appelée à disparaître? C’est une bonne réflexion qui termine bien l’année et qui porte aussi à réflexion pour la nouvelle année.

Simplecitoyenne