L’indépendance énergétique et le déficit commercial du Québec

«Il n’y a pas d’activité économique plus rentable que de réduire les importations de pétroles.»

Photo: Getty Images
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Après la prise de conscience, le diagnostic et le déploiement de 10 actions pour grignoter le déficit commercial, il est temps de prendre une grosse bouchée, celle de l’indépendance énergétique.

Indépendance énergétique et sécurité nationale

Ce concept d’indépendance énergétique fait habituellement référence à la sécurité nationale. Il s’agit pour les États d’assurer leur approvisionnement énergétique — un élément névralgique de la sécurité économique et militaire — en évitant de se retrouver dans une position de vulnérabilité.

Pour la Chine, la sécurité de ses approvisionnements énergétiques est un enjeu stratégique de première importance. Impossible en effet de poursuivre sur la voie de la croissance sans un apport toujours plus important d’énergie dans l’économie. Pour assurer sa sécurité énergétique, la Chine multiplie les ententes et les achats partout sur la planète, comme cette transaction de 15 milliards pour l’achat de Nexen, une entreprise pétrolière albertaine. L’autre volet consiste à produire le plus d’énergie possible en Chine même, à partir de toutes les sources possibles.

Pour les États-Unis, la sécurité énergétique a longtemps reposé sur l’approvisionnement de pétrole en provenance du Moyen-Orient, une région instable. Aujourd’hui, à la suite de l’explosion de la production de pétrole et de gaz de schiste, nos voisins visent rien de moins que l’indépendance énergétique et bientôt, à devenir des exportateurs net de pétrole.

L’indépendance énergétique du Québec: enjeu économique stratégique

Pour le Québec, l’indépendance énergétique représente avant tout un enjeu économique et, dans une moindre mesure, écologique. C’est à la lumière du monstre que nous pouvons le mieux mesurer l’importance de cet enjeu stratégique pour notre économie.

Comme l’a écrit Pierre Gouin dans une étude de l’IREC:

«Les mesures visant à remplacer des importations par des produits locaux ne sont généralement pas optimales, mais dans le cas des produits pétroliers, les rentes payées sont tellement élevées qu’il n’y a pas d’activité économique plus rentable que de réduire les importations de pétroles

Le tiers de nos importations liées au transport

De tous les produits importés par le Québec en 2012, quatre des cinq plus importants étaient, dans l’ordre, le pétrole brut, les voitures particulières, l’essence à moteur et les camions légers (camionnettes, fourgonnettes, VUS). Ensemble, ces importations nous ont coûté plus de 26 milliards de dollars, soit l’essentiel du déficit commercial de 30 milliards à l’international. C’est près du tiers de toutes nos importations. Elles sont toutes intimement liées au transport, l’essentiel du pétrole brut importé au Québec y étant destiné.

Il est donc évident que pour réduire la croissance de nos importations, nous devons impérativement agir là-dessus, en réduisant notre dépendance au pétrole et dans une moindre mesure, aux véhicules importés.

Le matériel de transport, deuxième produit d’exportation

Mais il n’y a pas que sur les importations que nous devons agir, il nous faut aussi augmenter nos exportations dans le domaine des transports. On entendra les «nés pour un petit pain» nous dire que c’est impossible pour le Québec de bâtir une industrie des transports électriques, comme nous les avons entendu déclarer que c’était impossible pour le Québec de devenir un des pôles mondiaux de l’industrie aérospatiale. Pourtant, jusqu’ici en 2013, le premier produit d’exportation du Québec, avant l’aluminium, ce sont les avions. En 2012, la fabrication de matériel de transport (avions, trains, bus, composantes) figurait au deuxième rang des secteurs d’exportation, tout juste derrière la première transformation de métaux.

Secteurs d'exportation

Réduire notre dépendance au pétrole

Selon une étude du ministère des Finances, une augmentation de 20% du prix du pétrole entraînerait un recul de 0,8% du PIB du Québec après un an et de 1,4% après deux ans. Il s’agit d’un impact gigantesque. Or, depuis 2005, le prix du pétrole a augmenté de 90%!

L’augmentation du prix du pétrole ralentit notre croissance économique, et donc il réduit les revenus de l’État québécois, il gonfle notre déficit commercial et il représente une forte proportion de nos émissions polluantes. C’est sans parler évidemment des accidents, comme celui, tragique, de Lac-Mégantic. Réduire nos importations de pétrole nous permettrait de faire d’une pierre trois coups:

  1. Augmenter la croissance économique et les revenus de l’État;
  2. Réduire le déficit commercial;
  3. Réduire nos émissions polluantes, y compris les gaz à effet de serre

Ça passe beaucoup par les transports

Pour réduire nos importation de pétrole, il n’y a que deux grandes voies possibles, qui ne s’excluent pas l’une l’autre:

– Réduire notre consommation de pétrole

– Produire nous-mêmes du pétrole

Cette deuxième avenue n’est pas pour demain. Si le Québec en vient un jour à produire du pétrole à grande échelle, ce ne sera pas avant plusieurs années. Les deux gisements potentiels les plus prometteurs se trouvent à Old Harry, près des Îles-de-la-Madeleine et à Anticosti. Un débat a cours sur la pertinence de produire ou non du pétrole au Québec, si on en trouve. Les arguments des pour et des contre ont leur mérite, mais au bout du compte, je ne connais aucune société avec du pétrole sur la planète qui ait refusé de l’exploiter. C’est encore plus vrai lorsque le prix du baril atteint 100 $ ou plus.

C’est tout simplement irrésistible au plan économique et puisque le Québec devra encore en consommer  pour plusieurs années à venir, il serait difficile de justifier le refus d’exploiter du pétrole québécois alors même que nous continuons d’en importer de grandes quantités. Et surtout, produire nous-mêmes du pétrole n’empêche en rien de lancer une grande offensive pour réduire immédiatement nos importations.

La voie la plus porteuse, que nous pouvons mettre en oeuvre immédiatement, c’est la réduction de notre consommation de produits pétroliers. Il y a deux façons d’y arriver:

– La réduction de notre consommation d’énergie en matière de transports;

– Le remplacement du pétrole par des sources d’énergie domestiques, produites au Québec, donc.

Réduire notre consommation de pétrole en matière de transports

Pour atteindre cet objectif, beaucoup de moyens sont déjà en oeuvre:

Augmenter l’offre et l’utilisation des moyens de transport collectifs avec la construction d’un trolleybus, de voies réservées, d’un lien rapide sur rail sur le nouveau pont Champlain, la prolongation des lignes du Métro, l’ajout de trains de banlieue et l’achat de centaine de bus hybrides;

Freiner l’étalement urbain. Un problème politique difficile qu’il faudra bien résoudre un jour ou l’autre. Pour le moment, ce sont surtout les villes qui oeuvrent à la densification du territoire;

Substituer le rail et le cabotage maritime au camionnage pour le transport des marchandises. Le transport ferroviaire et maritime consomme beaucoup moins de carburant par tonne de marchandise que le camionnage. Des projets de transport intermodal sont en cours, dont celui-ci, à Valleyfield;

Améliorer l’efficacité énergétique des véhicules. Cette avenue aura permis depuis quelques décennies d’économiser des milliards de dollars en carburant au Québec, mais aussi partout dans le monde. Le gouvernement du Québec offre de nombreux programmes pour les particuliers et les entreprises désireuses de se procurer des véhicules à faible ou à zéro consommation de produits pétroliers.

Punir. Cette façon de faire prôné par plusieurs consiste à punir les automobilistes et en particulier les banlieusards par des hausses de taxes sur le carburant, des péages et en maintenant des goulots d’étranglement routiers. C’est absolument illusoire d’un point de vue politique, puisque ça signifie la défaite assurée pour un parti politique. En outre, les automobilistes banlieusards sont déjà «punis» fortement par les prix à la pompe, les taxes et les embouteillages.

Remplacer le pétrole par l’électricité

L’autre voie à suivre, c’est de remplacer le pétrole par l’électricité partout où c’est possible et économique.

Le gouvernement du Québec propose des programmes de conversion du mazout vers l’électricité, la géothermie, l’éolien ou le solaire. Selon l’Association des indépendants du pétrole, dans les années 60, environ 80 % des ménages québécois chauffaient leur maison au mazout, contre environ 11 % aujourd’hui. Avec le programme Rénoclimat, la politique économique rajoute un fort incitatif pour passer à l’action.

Évidemment, c’est en matière de transports qu’il y a le plus de chemin à parcourir.

D’abord et avant tout dans les transports collectifs. Comme je l’ai déjà mentionné, les projets de prolongement du métro, le train léger sur rail, le trolleybus et les bus hybride-électriques sont autant de moyens de remplacer le pétrole par l’électricité. La politique économique du gouvernement Marois contient tous ces éléments dans sa stratégie d’électrification des transports (lire les pages 105 à 134).

En 2012, nos importations de pétrole brut ont atteint 13,6 milliards de dollars. En réduisant ces importations de 5%, 680 millions de dollars serviront à autre chose qu’à l’achat de pétrole étranger et une bonne partie demeurera ici, sera investie au Québec. 10% de réduction, c’est 1,4 milliard de dollars. 30% de réduction de nos importations de pétrole brut, c’est quatre milliards de dollars et 50%, c’est près de 7 milliards de dollars, par année. Et si le prix du brut devait augmenter à 150 ou même à 200 dollars le baril, les sommes en jeu deviennent tout simplement colossales.

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Bâtir une filière industrielle des transports électriques et exporter

Déjà fort garnie, la filière industrielle québécoise des transports électriques pourraient fort bien devenir un secteur majeur d’exportations. On l’oublie souvent, mais de grandes entreprises comme Nova Bus ou Bombardier sont déjà des joueurs importants de l’industrie du transport électrique.

Le gouvernement se donne les moyens de ses ambitions pour favoriser son essor, avec une somme de 221 millions sur trois ans.

Les critiques de cette vision font valoir que  miser sur l’auto électrique est une erreur, puisque peu de ces véhicules sont vendus et qu’il n’y a donc pas d’avenir de ce côté. C’est une erreur à mon sens d’envisager les choses par une si petite lorgnette.

D’abord, la filière du transport électrique ne se réduit pas à la Volt de Chevrolet. C’est bien plus que ça: ce sont les trains, les tramways, les métros, les autobus, les autocars, les trolleybus, les bateaux et les camions.

Ce sont les batteries, la motorisation, les réseaux intelligents, d’information, le design, les matériaux, l’électronique et j’en passe.

Quant aux véhicules des particuliers, même s’ils n’accaparent encore qu’une fraction du marché, ce sont ceux mus par les technologies hybrides et électriques qui ont la croissance la plus forte.

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Si on adopte une vision de long terme, on voit bien que les carburants fossiles vont coûter de plus en plus cher, les énergies fossiles, non renouvelables, étant par nature limitées. Le pétrole d’aujourd’hui et de demain est de plus en plus coûteux à produire et la demande en provenance des pays émergents en forte croissance.

En conséquence, la demande pour des véhicules hybrides ou électriques sera de plus en plus forte. Il s’agit donc d’un domaine d’avenir, qui a tout le potentiel pour devenir un gros secteur d’exportation pour le Québec.

Importer moins, exporter plus 

Nous avons vu au départ que les principaux produits d’importation du Québec sont le pétrole et les véhicules de transport. En réduisant notre consommation de pétrole importé et en fabriquant des véhicules et/ou des composantes de véhicules électriques, nous pourrons réduire nos importations et augmenter nos exportations.

L’indépendance énergétique, c’est plus que du grignotage, c’est une grosse bouchée stratégique dans cette offensive visant à terrasser le monstre du déficit commercial.

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Je crois qu’il faut ajouter un point à votre plan pour faire le pont en attendant la mise en place d’un parc de véhicules électriques. Cela peut passer par la production d’éthanol au Québec pour les voitures et la conversion de camions vers l’utilisation de gaz naturel. D’abord, l’entreprise québécoise Enerkem exploite une technologie permettant de produire de l’éthanol à partir des déchets auparavant enfouis. On peut ainsi produire du carburant à partir d’une matière première pour laquelle on doit habituellement payer pour se débarrasser. Il y a aussi l’éthanol cellulosique qui peut être une solution. De plus, il est reconnu que le remplacement du diesel par le gaz naturel permet des économies et réduit les GES.

Est-ce qu’il y a plus brésilien que Copacabana? Plus précieux pour le tourisme que les plages de Rio?
Qu’à celà ne tienne. Le Brésil va mettre à l’enchère cette semaine ses sites de pétrole situés au large des plages sacrées!

Le Brésil a fait son choix: on va exploiter nos ressources naturelles pour s’enrichir. Pour devenir l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde. On parle de 8 à 12 milliards de barils. A peu près un tiers de l’Ile Anticosti…
Anticosti pourrait faire du Québec le pays le plus riche au monde. Mais les verts sont inquiets pour la faune. L’eau. Les poissons. Les verts haissent le monde. Le vrai monde.

http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424127887324853704578585222945058416
The Libra field, which is being auctioned on Oct. 22 in Rio de Janeiro, is Brazil’s largest oil discovery. It lies in the Santos basin off the country’s southeast coast and has recoverable reserves of between 8 billion and 12 billion barrels of crude.

S’agissant d’Anticosti, vous et Stéphane Gobeil avez le feu, mais je risque avec ce qui suis d’éteindre votre flamme. Aucune goutte n’est sortie d’Anticosti et pour cause, selon plusieurs experts géologues et le rapport Sproule, le pétrole sous l’île d’Anticosti aurait disparu à cause d’une forte érosion à la fin du Permien (époque bien avant les dinosaures). Le peu de pétrole qui reste serait non rentable.

Vous en avez des scoops, vous!

Qu’à cela ne tienne il y a un bon demi-milliard de barils autour de la Gaspésie et 2 milliards dans Old Harry.

A 100$ le baril, c’est 250 milliards. Presque 4 fois le budget annuel du Québec.

Bonne conclusion : «En conséquence, la demande pour des véhicules hybrides ou électriques sera de plus en plus forte. Il s’agit donc d’un domaine d’avenir, qui a tout le potentiel pour devenir un gros secteur d’exportation pour le Québec.»

D’ici environ 10 jours, Mme Marois doit annoncer une politique qui irait dans ce sens, peut-être même, pour la fabrication d’autos électriques au Québec. Notre électricité propre en abondance ainsi que nos usines d’aluminium sont des atouts importants.pour y arriver solidement, en choisissant bien un type de véhicules utiles et abordables à la majorité de citoyens.

je ne comprends pas pourquoi en 2013, que l’on n’utilise pas plus le fleuve comme moyen de transport?

la renaissance de tout les petites villes cotieres qui en beneficirais et l’economie d’energie pour tous

M Gobeil je vous lis et acev ces notion dépassée d’auto suffisance j’ai l’impression de retourner 40 ans an arrière, quand, comme en URSS on croyait que nos valeureux fonctionnaires pouvaient construire une économie!

Un p’tit plan quinquennal avec ça?