Terrorisme : même Stephen Harper parle de prévention

Si Harper tient un discours musclé dans ses points de presse, à la Chambre et devant ses partisans, il peut adopter un ton, disons, plus nuancé quand il se retrouve parmi ses pairs. On l’a vu mercredi lors de son passage au Conseil de sécurité des Nations Unies.

PolitiqueDès le début du débat autour de la participation du Canada aux efforts militaires contre le groupe armé État islamique en Irak, le premier ministre Stephen Harper et ses ministres ont tenu un discours musclé qui laissait présager qu’on ne se contenterait d’envoyer des soldats d’élite agir comme conseillers des militaires irakiens et kurdes.

Comment en rester là quand on estime, comme l’a dit le premier ministre hier en conférence de presse, « que la situation dans cette région est une menace directe à la sécurité de notre pays », que « ces gens extrêmement dangereux vont tenter de commettre des attentats contre des cibles à travers le monde, incluant notre pays », qu’« il faut contrer cette menace ».

« Nous n’allons pas rester dans les estrades et regarder la parade. Nous allons faire notre part, comme nous l’avons toujours fait », a-t-il poursuivi.

Au début du mois de septembre, devant le comité des affaires étrangères, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, parlait de « l’un des groupes de terroristes les plus barbares que le monde ait connu jusqu’à présent ». « Il ne s’agit pas ici du problème de quelqu’un d’autre, avait-il poursuivi. Ces terroristes sont un groupe d’individus qui veut imposer ses méthodes barbares partout, du sud de l’Espagne jusqu’en Inde. Sa vision du monde tente de remettre en question les valeurs de l’Occident et représente une menace envers la sécurité et la stabilité internationales. Nous avons tout intérêt à ne pas permettre à ce groupe d’individus de prendre pied et de lancer l’assaut d’ailleurs dans le monde. Cette lutte contre le terrorisme est l’une des plus importantes de notre génération. »

On ne pouvait donc pas être entièrement étonné que M. Harper annonce, depuis New York, que le Canada envisage accroître sa contribution en envoyant des avions de chasse en Irak. L’opposition ne s’y est pas trompée. C’est justement la peur de voir le Canada mettre le bras dans le tordeur qui avait fait hésiter les libéraux et reculer le NPD.

Mais si M. Harper tient un discours musclé dans ses points de presse, à la Chambre et devant ses partisans, il peut adopter un ton, disons, plus nuancé quand il se retrouve parmi ses pairs. On l’a vu mercredi lors de son passage au Conseil de sécurité des Nations Unies. Il a parlé de prévention. « Naturellement, le terrorisme et la criminalité terroriste ne peuvent pas – comme on l’a reconnu ici – être empêchés uniquement au moyen de mesures de sécurité et de l’application de la loi. Il est aussi essentiel d’appuyer l’effort de prévention pour lutter contre l’extrémisme violent avant que certains ne deviennent des combattants étrangers », a-t-il dit.

Encore aux Nations Unies, devant l’assemblée générale cette fois, il a indirectement invoqué la nécessité de s’attaquer aux racines du problème de la violence. Dans son discours consacré pour l’essentiel à l’aide au développement et aux programmes pour la santé maternelle et infantile auxquels il est très attaché, il a défendu la nécessité de cette aide en disant ceci:

« Aujourd’hui, dans de nombreuses régions du monde, des populations souffrent et les menaces qui pèsent sur la sécurité mondiale méritent une attention urgente de notre part. Je pourrais facilement consacrer tout mon temps ici à parler de n’importe laquelle d’entre elles. Il y a toutefois d’autres moyens de rendre service à l’humanité. C’est de certains de ces moyens que je veux parler ce soir. En effet, la paix ne se résume pas à l’absence de guerre. Là où la misère humaine est grande, où une pauvreté tenace règne, où le refus de la justice est systématique, il n’y a pas vraiment la paix, seulement le germe de futurs conflits ».

Il a poursuivi en disant que, « bien entendu, la misère et l’injustice ne sont pas les seules racines de la guerre », mais il reconnaît qu’elles en sont. Et que s’y attaquer peut aider à prévenir le pire.

Le fait est à noter car les conservateurs aiment vilipender le chef libéral Justin Trudeau pour avoir eu l’audace de dire, tout de suite après les attentats de Boston, qu’il fallait s’interroger sur les causes de la radicalisation de jeunes vivant au Canada et aux Etats-Unis si on souhaitait la prévenir.

Ce rejet des « root causes » (les racines du problème) est répandu chez les tenants de la loi et de l’ordre. M. Harper les a lui-même écartées dans le dossier des femmes autochtones tuées ou disparues en affirmant qu’il ne s’agissait pas d’un phénomène sociologique, mais de crimes devant être punis. Il a omis de mentionner que certains programmes de son propre gouvernement ciblent pourtant ces fameuses racines du problème.

Voici une suggestion de lecture sur cette crise fort complexe:

Deux excellentes analyses d’Agnès Gruda, dans La Presse, qui décortiquent en quelque sorte l’origine de ce groupe ÉI et les limites d’une solution militaire. Vous trouverez le premier texte ici et le second, ici.

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À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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Grand parleur, petit faiseur. C’est le même gouvernement Harper qui a coupé dans l’aide internationale qui visait justement à réduire la pauvreté et les abus aux droits humains. Ils ne subventionnent que les programmes internationaux qui soutiennent l’industrie canadienne à l’étranger. Adieu vaux vaches, cochons pour l’aide à Haïti promise à la suite du séisme alors que le grand oeuvre du grand timonier Harper est une prison construite à Croix-des-Bouquets (où il y a eu des évasions notoires dans les derniers mois) et pour le reste, la reconstruction du pays, on repassera.

C’est ce même Harper qui voulait justement que le Canada se mette le bras dans le tordeur quand les ÉU ont déclenché la guerre en Irak en 2003 – s’il avait été PM, on aurait été en guerre là-bas avec les résultats qu’on connaît maintenant.

Vous avez parfaitement raison qu’on devrait s’occuper des causes du terrorisme mais il faudrait être bien naïfs pour croire que ce gouvernement Harper va le faire – je crois plutôt qu’on doit se préparer a voir nos troupes partir en guerre… Malbrough (Harper) s’en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine…