Thomas Mulcair : bulletin de l’an 1

En politique, la ligne de démarcation entre un chef à l’allure invincible et un leader mal-aimé est vite franchie — surtout lorsque celui-ci est dans l’opposition. Un an après son arrivée à la tête du Nouveau Parti démocratique du Canada, Thomas Mulcair frôle dangereusement cette frontière.

Thomas Mulcair : bulletin de l'an 1
Photo : A. Vaughan / PC

Selon un sondage Ekos mené en février, seulement 56 % des électeurs néo-démocrates ont une bonne opinion de l’efficacité de leur chef. C’est nettement moins que pour Stephen Harper, dont la performance rallie les trois quarts des conservateurs, ou Justin Trudeau, qui jouit de l’approbation des deux tiers de l’électorat libéral.

Sur le front des intentions de vote, les résultats ne sont pas moins partagés. D’un sondage à l’autre, le NPD se maintient en deuxième place à l’échelle canadienne, mais il n’est en réelle position de force dans aucune des régions du pays.

Au Québec, l’écart entre le NPD et ses rivaux s’est (inévitablement) rétréci depuis le raz-de-marée de 2011. Ailleurs, les néo-démocrates se classent systématiquement en deuxième place derrière les conservateurs ou les libéraux, ou encore en troisième place.

Mais avant de refuser la note de passage à Thomas Mulcair pour sa première année à la tête du NPD, il faut mettre les chiffres en perspective. Sur le plan de l’appréciation du travail de leur chef, par exemple, les électeurs – moins nombreux que jamais – qui s’identifient encore au PLC ont tendance à être des libéraux purs et durs pour qui le nom Trudeau a une résonance affective très particulière.

Victoires électorales aidant, surtout si elles sont à répétition, un premier ministre en exercice est généralement davantage apprécié par son parti qu’un chef de l’opposition. Stephen Harper, qui a fait la périlleuse traversée de l’opposition au pouvoir, pourrait en témoigner.

D’autre part, les Harper et Trudeau sont issus du sérail de leurs formations respectives. Par comparaison, Thomas Mulcair est le fruit de la greffe très récente du Québec au tronc commun du NPD canadien.

Sous son leadership, le NPD a largement gagné la bataille de la crédibilité parlementaire. Un an après l’arrivée de Mulcair à la tête du parti, personne ne doute qu’il possède les compétences d’un premier ministre.

Au total, pour sa première audition dans un rôle de premier plan aux Communes, le parti offre une performance à la hauteur des exigences de la fonction d’opposition officielle.

Mais les néo-démocrates ont le désavantage d’occuper cette position stratégique au terme d’un cycle de gouvernements minoritaires. À tout prendre, le NPD avait davantage d’influence sur le cours des événements lorsqu’il était en quatrième place sous des gouvernements minoritaires qu’à titre de principal critique d’un premier ministre majoritaire.

Contrairement à Jack Layton, qui avait systématiquement l’occasion de bien s’en tirer au jeu parlementaire, Thomas Mulcair mène ses troupes au front dans des batailles perdues d’avance aux Communes.

Après un demi-siècle dans un rôle permanent d’opposition, bien des néo-démocrates composent difficilement avec le changement de mentalité que leur impose la conquête du pouvoir.

Sous Thomas Mulcair, le NPD a entrepris d’étoffer son discours économique, quitte à nuancer son activisme social. On n’a pas vu le chef néo-démocrate en première ligne du printemps érable au Québec l’an dernier ni des manifestations contre la réforme conservatrice de l’assurance-emploi cet hiver. Dans une entrevue-bilan qu’il a donnée à la CBC à la fin février, il a été davantage question de sables bitumineux et de pipelines que de programmes sociaux.

La forte présence québécoise dans les rangs du NPD rend également incontournables des débats qui ne sont pas toujours porteurs dans l’ensemble du Canada. La discussion récente des règles d’un éventuel référendum sur la souveraineté gagné – ou perdu – avec 50 % des voix plus une est un cas d’espèce. Ironie de la chose, c’est un dossier sur lequel la position de Thomas Mulcair colle davantage à la tradition du NPD et à l’héritage de Jack Layton que celle de ses critiques néo-démocrates.

Les 12 prochains mois verront le Parlement actuel franchir la ligne de mi-mandat. Ils détermineront si le verre du leadership de Thomas Mulcair est à moitié plein ou à moitié vide. En attendant, en comparaison du bulletin de l’an 1 de Jean Chrétien ou de Stephen Harper, celui du chef néo-démocrate se situe dans la très respectable moyenne.

 

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